Affichage des articles dont le libellé est gauche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est gauche. Afficher tous les articles

29 septembre 2012

Le pour et le contre

 

Depuis quelques jours et quelques billets, j'essaie de me positionner par rapport aux perspectives offertes par le hollandisme naissant, et surtout celle de ce TSCG qui se profile. Le problème, c'est ce que, comme dirait Zuckerberg, "c'est compliqué".

Tentative de tout démêler.

(Note aux lecteurs non-blogueurs : quand je n'écris pas, je peux avoir des idées très floues sur toutes ces questions ; c'est seulement quand il faut commencer aligner des mots et des arguments que les choses se précisent dans mon esprit, fût-ce provisoirement. C'est une grosse partie de l'intérêt du bloggage. Au risque de paraître comme un vieux grincheux, le tweet, parcellaire par essence, ne provoque pas le même processus.)

25 septembre 2012

Absence de gauche

 

La pression à gauche monte sur François Hollande. Dagrouik l'exprime très bien :

[Hollande] passe donc de AAA en AA- , AA- avec perspective négative. Pourquoi donc ? Bien sur on observera quand les textes de lois seront votés, les décrets.. Les fameux détails que personne ne veut voir. Par exemple, le principe de la taxe à 75% est garanti, mais on regardera les détails techniques. ..

Sur le fond les premiers signaux ne rassurent pas : rien sur le statut de la BCE (cf déclaration de campagne: elle doit financer les états au lieu des banques), le TSCG qui devait être rénégocié (et soumis à referendum selon les députés PS) et quel fut le message envoyé aux grecs sur le perron de l’Elysée avec Merkel a coté: “faites des efforts”.

Qu’on le veuille ou non c’était sur le fond le même message que Sarkozy. Seule la forme change, y’a moins de coups de menton et moins d’agressivité dans le propos, mais celui-ci reste identique. les resultats de tout ça sont connus en Grèce.

En plus de la règle d'or qu'il va falloir avaler, on savait déjà que les 120 milliards de croissance n'étaient plus ou moins que symboliques. Le 75% a du mal à émerger.

C'est décevant, mais inévitable.

Pourquoi ?

24 septembre 2012

Navire

C'est rare que je mette des images ici, mais celle-ci me plaît bien.

Le pétrolier, c'est le Seawise Giant ou Knock Nevis, l'un des plus gros bateaux jamais construits. Il déplaçait plus de 600.000 tonnes et pouvait contenir 550.000 tonnes de brut. Pointé vers le ciel, il aurait dépassé l'Empire State Building. Il était tellement gros qu'il ne pouvait pas passer la Manche.

Lancé à sa vitesse maximale, il fallait presque 9 kilomètres pour l'arrêter. Pour faire demi-tour, il faisait une boucle de 3 kilomètres.

Une campagne présidentielle va vite. Marketing événementiel. Après, l'État, c'est du lourd. Changer de cap n'est pas facile. Encore faut-il en avoir envie, avoir une idée claire de la nouvelle direction une fois qu'on aurait pris son courage à deux mains pour donner un coup de gouvernail.

Tout cela semble manquer pour l'instant. Dans un prochain billet qui est déjà en chantier, j'essaierai de mettre un point ou deux sur certains des "i". En version 140 caractères (environ), je dirai seulement que ce n'est pas la personalité ou la compétence de Hollande qui est en cause, mais une dérive de la gauche bien au-delà d'un seul bonhomme.

21 juillet 2012

Boulette transparente

 

Les détails sont importants, mais l'image publique les ignore, et la politique oblige à prendre en cet écart. Qu'est-ce qui s'est passé avec l'amendement proposé par Charles de Courson, député centriste ayant navigué, depuis 2007, entre Bayrou, le Nouveau Centre et Sarkozy ?

La fin de l'épisode est désormais bien connue :

La proposition de l'élu de la Marne n'a guère soulevé l'enthousiasme de ses collègues : l'amendement n'a obtenu que trois votes favorables sur une vingtaine de députés présents en commission.

Et le resultat fut l'expression de beaucoup saine colère, de tous bords d'ailleurs. Par exemple, sur Atlantico :

Une erreur parce qu’une représentation nationale qui ne fait pas corps avec le peuple qui l’a élue, qui n’en partage ni les efforts ni les épreuves, est une représentation nationale sans aucune légitimité. Au moment où chacun sent bien qu’il faut « prendre sur soi », l’écoeurant spectacle de ces petits marquis qui refusent de se soumettre aux rigueurs qu’ils imposent au peuple français n’est pas admissible, et sape pour longtemps le droit de cette assemblée à parler en notre nom.

Par exemple…

Pendant le Président de la République et le gouvernement se font critiquer parce qu'ils ne voyagent pas en avion, la mesquinerie de la Commission des Finances n'a pas bon effet.

25 avril 2012

Les électeurs du Front National et la gauche

Depuis longtemps, sur ce blog, je fustige la xénophobie et son exploitation par le pouvoir sarkozyste. Puisque je parlais de Sarkozy, de l'UMP, d'Hortefeux, Besson et Guéant, et surtout de la communication et des idées, je ne me suis pas préoccupé de ceux qui vote réellement pour Marine Le Pen. Ce qui m'interessait, c'était la responsabilité des responsables politiques qui exploitaient certains sentiments.

Et avant de commencer, il faut savoir que je crois beaucoup à la dimension pédagogique des discours politiques. Sarkozy et Le Pen ne s'alignent pas sur une xénophobie qui est simplement là déjà ; ils apprennent à leurs électeurs à être xénophobes, à comprendre l'ensemble des questions sociales et économiques à travers la lentille de l'islamophobie, qui a remplacé l'antisémitisme dans les rouages du populisme de droite.

Cela ne veut pas le racisme et la peur de l'autre n'existeraient pas sans Sarkozy et la famille Le Pen. Le rôle est de valider, d'encourager ce sentiment, de le nourrir et d'enrichir son application à une vision du monde. Ainsi va le trafic des raccourcis habituel : insécurité ? immigation ; chômage ? immigration ; déficits ? immigration ; Europe ? fermer les frontières (ou sortir de l'euro). Tous les bouleversements des vingt dernières années -- mondialisation, désindustrialisation, deuil des Trente Glorieuses -- sont remplacés dans ces représentations par un équivalent en carton-pâte où tout tourne autour de la figure de l'immigré et la nostalgie d'un passé d'avant la décolonialisation. (Car, comme je l'ai dit tant fois déjà, "l'immigré" qu'on voudrait empêcher de penétrer dans l'espace Schengen, est en fait ce Français dont les grand-parents sont nés au Maghreb.)

Mais les électeurs eux-mêmes ? Et Hollande et le PS, que doivent-ils faire devant ce 19% ? Aujourd'hui Marc Vasseur touittait ceci :

à la louche FN : 1/3 fachos (un peu moins je pense) 1/3 réac droitards 1/3 déclassement/oublié (un peu plus)

Cela me paraît assez raisonnable. (Voir aussi ZeRedac.) Ce qui voudrait dire que la différence entre un FN à 12% et un FN 19%, c'est ce gros tiers qui, si tout était transparent et logique, ne serait pas à sa place chez Le Pen.

La démarche de Hollande me semble parfaitement claire et justifée à cet égard :

Sur l'immigration, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je m’adresse à ceux qui ont fait le choix et qui l'ont fait par colère, par frustration, souvent des ouvriers, des employés, à ceux qui connaissent le chômage. Et quand vous regardez une carte sur le vote FN et une sur le chômage, vous avez parfois coïncidence. Je ne dois pas les laisser de côté.

Mais le message peut-il passer ? C'est là que revient le problème "pédagogique". Hollande a beau dire : si on combat la précarité, vous allez être mieux, vous aurez moins peur de l'Islam. Celui qui a ainsi succombé aux mystifications du Front National ne peut plus comprendre les choses ainsi, et ne croit pas de toute façon à la capacité des instances politiques de résoudre ses problèmes concrets. Reste donc l'immigré comme "problème" fantasmatique, dans une immédiateté qui prend le dessus sur les subtilités de la macroéconomie.

Il y a donc un effort à faire envers ceux que Marc désigne par "déclassement/oubliés", un effort de communication, certes, mais c'est seulement sur le long terme. L'État Français et le Front National, ensemble, font leur propre "pédagogie" depuis cinq ou dix ans, pour le premier, et des décénnies pour le second. Il sera difficile d'effacer cela rapidement.

Pour la droite (ancienne droite républicaine), les choses sont plus compliquées encore, ce que montre le très fort rejet de Nicolas Sarkozy, justement chez les électeurs de l'extrême droite. On parle de 44% seulement de report de voix en faveur de ce dernier. C'est faible. Le succès de Sarkozy en 2007 était fondé dans l'illusion qui consiste à faire croire que les défenseurs du grand capital vont améliorer la vie des déclassés simplement en chassant les Arabes. La dérive actuelle du chef de l'État montre que pour maintenir l'illusion, il doit aller de plus en plus loin dans le sens de la xénophobie. Comme un héroïnomane qui sans cesse besoin d'augmenter sa dose. Chantons avec Carla : tu es ma came….

29 mai 2011

Retour sur Terra

Au risque d'aller contre la quasi-totalité de la classe politique et l'intégralité de la blogosphère, je vais dire du bien du fameux rapport Terra Nova sur les classes populaires. Pourtant, je suis loin d'être un fan de Terra Nova.

Au lancement du think tank, je me souviens de l'un des responsables en train d'expliquer qu'ils allaient travailler trouver des solutions, dossier par dossier. À la fin il faudrait trouver un slogan pour les résumer. C'est la concrétisation de l'une des plus grandes faiblesses de la mentalité PS, à savoir cette conviction qu'il suffit, pour convaincre et pour gagner des élections, d'avoir raison sur les dossiers. C'est la religion de la démocratie technocratique, la foi que la science va se traduire par une adhésion populaire. Ensuite, quand Sarkozy l'emporte avec "travailler plus pour gagner plus" et "tous propriétaires de vos HLM", ou leurs équivalents pour 2012.

Pire encore, le rapport en question semble valider l'abandon effectif par le PS, depuis au moins 2002, de l'électorat populaire. (J'en ai déjà parlé en mars.) Ainsi, donner l'impression, comme le dit Marc Vasseur, d'"abandonner les classes populaires" est une erreur de communication monumentale qui en plus arrivait peu de temps après l'épisode Porsche de DSK qui avait gravement atteint l'image du directeur du FMI.

En somme, je ne suis pas spécialement fan de Terra Nova et rien ne me prédispose à être conciliant avec leur rapport.

Et pourtant, je pense que, sur le fond, nous avons tort de critiquer ce rapport, même si, niveau comm', c'est très moyen.

Tout d'abord, il y a une confusion dans la quasi-totalité (il y a des exceptions) des réactions, entre vote ouvrier et vote populaire. Si je puis résumer le propos du rapport, c'est ça : le vote populaire n'est plus le vote ouvrier ; l'ouvrier et sa situation, son rapport au travail et au capital, ont servi pendant plus d'un siècle comme socle de l'imaginaire politique de la gauche, à tel point que, quand on dit : le PS ne peut plus courrir après le vote ouvrier, on entend, tout naturellement, le vote populaire. Puisque Terra Nova est visiblement un truc de bo-bos, il n'est pas difficile de voir dans le rapport une sorte de consécration du bo-bo comme électeur type.

Sans les compétences nécessaires, je ne peux pas évaluer toute la démarche du rapport. Philippe Cohen, par exemple, insiste au contraire que le petit salarié rejoignent de fait l'ouvrier, préservant ainsi l'identité d'une classe ouvrière/populaire à l'ancienne :

dès lors que le salaire de l’employé se confond avec celui de l’ouvrier, et il n’y a plus lieu de distinguer ces deux catégories dans une perspective sociale, politique ou électorale. Du coup, loin d'être affaiblie, la classe ouvrière sort au contraire renforcée de cette évolution économique.

Mon sur-moi marxiste me souffle à l'oreillette que ces deux catégories ne peuvent pas tout à fait se rejoindre, tant les rapports de forces (positionnement vis-à-vis du Kapital et du travail, structure du marché du travail, cultures) qui déterminent leurs situations sont différents.

Ainsi, le rapport Terra Nova me semble assez convaincant avec des développements comme celui-ci :

L’explication passe sans doute par l’absence de toute incarnation politique de cette population dans le discours de gauche. La gauche est ouvriériste : quand elle s’adresse aux travailleurs populaires, elle fait référence à l’ouvrier du XXème siècle. Son imaginaire est celui du travailleur industriel à la chaîne : homme, syndiqué, porteur historiquement de la fierté de la classe ouvrière. Elle ne parle pas de l’ouvrier du tertiaire, qui ne bénéficie plus du collectif de classe à l’usine, et encore moins de l’employé : femme, souvent seule avec un enfant à charge, désyndicalisée et sans identité historique de classe, précarisée le plus souvent (temps partiel subi). (Page 49)

Ce paragraphe explique aussi comment le PS peut avoir autant de succès dans les élections municipales, où la question des crèches par exemple peut être centrale pour justement ces employées qui, sur le plan national, ne trouve rien de particulier pour elles dans le message global du PS. Dans le programme du PS il y aura, bien entendu, des mesures qui concernent l'école et l'emploi, mais on peut se demander si l'ensemble est ficelé pour attirer de ces ouvrières du tertiaire.

Le modèle de l'ouvrier comme socle de l'imagerie de gauche peut également conduire à cette situation paradoxale où la seule façon d'aider les ouvriers en empêchant les délocalisation, c'est d'entrer dans ce jeu de séduction avec les très grandes entreprises, ce qui aboutit à un socialisme de l'entreprise où le PS perd sa différence avec la droite. Depuis que « l'État ne peut pas tout », courir après les entreprises est devenue une nécessité, mais je parle là du symbolisme politique.

Et c'est là où l'on rejoint l'un de mes thèmes préférés quand j'essaie d'imaginer un meilleur socialisme : le fractionnement du pouvoir économique et politique. Ce billet est déjà trop long, mais je voudrais au moins suggérer que la prise en compte du nouveau visage de l'électorat pourrait être le point de départ d'un socialisme fondé sur un fractionnement du pouvoir politique et économique, plutôt que sur une consolidation productiviste. J'y reviendrai.

26 mai 2011

En 2012, le second tour se passe au premier tour (Unité 2012)

Les amis ont lancé un très bel appel, une belle lettre, et ils ont raison. C'est ici mais je la recopie également, puisque c'est comme ça que ça se fait :

Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011

Chers camarades,

Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter l’élection présidentielle de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.

Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.

Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de coeur » au premier tour. Mais c’est comme ça.

Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.

Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?

Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?

Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.

Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.

D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.

Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. N’attendez pas.

Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !

Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 mots, Cycee : bahbycc, Dominique Darcy : dominiquedarcy, Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël : De tout et de rien, Jean-Claude : Slovar – Les nouvelles, Jean Renaud Roy : @jr_roy, Jon : @blogiboulga, Juan : SarkoFrance, Jules Praxis : @jules_praxis, Le Coucou : Le coucou de Claviers, Melclalex : A Perdre la raison, MrsClooney : La femme de George (s) , Nicolas : Partageons mon avis, Nicolas : La rénovitude, Nicolas Cadène : Débat socialiste, Richard Trois : Richardtrois, Rimbus : Rimbus le Blog, Romain Pigenel : Variae, Ronald : Intox2007, Jacques Rosselin : @rosselin, Seb Musset : Les jours et l’ennui de… , Stef : Une autre vie, Sylvie Stefani : Trublyonne, Valérie de Saint-Do : Microcassandre, Vogelsong : Piratages, Yann Savidan Carnet de notes de…, Zeyesnidzeno : La France a peur

Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez (députés, maires, sénateurs, responsables de parti, etc). N’hésitez pas à nous envoyer leur réponse. Vous pouvez pour commencer retrouver les mails de vos députés en cliquant ici. Et faites tourner !

17 mai 2011

Post-DSK

Deux choses sur la fin (avant le début) de la candidature de Strauss-Kahn :

  1. Une aubaine pour… le centre.
  2. Le PS devra s'éloigner rapidement de Strauss-Kahn si son procès s'enlise et s'il est jugé coupable.

Pour ce qui est du centre en 2012, ce n'est pas un scoop, mais c'est important. Nous risquons d'avoir un hybride étrange entre 2002 et 2007 : 2007, sauf que le FN prend aussi 20% et s'impose au second tour. Avec Sarkozy affaibli par son bilan et par Marine Le Pen, un candidat centriste peut espérer s'imposer devant lui et devant un candidat PS affaibli par des divisions à gauche (candidat écologiste, Front de Gauche ; il ne manque plus que Chévenement et Taubira).

Autrement dit : François Hollande a beau remonter dans les sondages, il ne sera pas la réincarnation de DSK, et son emprise sur l'ensemble de la gauche et du centre sera beaucoup plus contestable. Si les centristes arrivent à se mettre d'accord sur un candidat, ce qui n'est pas évident, celui-ci sera très dangereux pour la gauche. Et s'ils restent divisés, ils peuvent grignoter des voix au candidat PS et/ou de gauche, voix qui seront peut-être nécessaires pour passer devant Sarkozy ou Le Pen.

Sur le plan rhétorique et symbolique, il va être important, aussi crucial que difficile, pour le PS de prendre ses distances avec DSK. Si ses embrouilles judiciaires se prolongent sans donner de réponse définitive, le PS va être de plus en plus embarassé, va vouloir montrer sa solidarité avec le pauvre Dominique et va être de plus en plus embêté d'avoir l'air de défendre quelqu'un qui paraîtra comme coupable aux yeux du public.

15 mai 2011

DSK, NYC

Nous ne savons pas grand'chose de concret sur la réalité de l'affaire. Je n'avais pas envie de m'occuper des querelles entre prétendants socialistes ici et donc n'avait pas d'avis tranché sur la candidature de Strauss-Kahn, même si son jospinisme pro-entreprise n'est pas tout à fait ma tasse de thé. L'essentiel reste la défaite de cet autre « sauteur » (comme le disait son ex-femme), Nicolas Sarkozy.

Il paraît probable que Strauss-Kahn va devoir renoncer à sa candidature. Malgré mes réserves sur lui, cela risque d'affaiblir un peu plus la gauche, en apportant un peu plus de désordre. L'ombre d'un DSK absent planera au-dessus des prétendants socialistes qui ne pourront plus se mesurer contre celui qui devait tout gagner facilement.

Quoique… parfois le désordre peut faire avancer les choses. Juan est assez optimiste :

Si DSK est effectivement disqualifié, il n’est pas sûr que cela profite à Nicolas Sarkozy. La campagne sera « normale« . Et Sarkozy n’a plus, à l’heure actuelle, de se positionner en candidat de la rupture contre la normalité.

En tout cas, les événements à New-York vont permettre de clarifier rapidement les choses. La candidature fantôme de Strauss-Kahn, ainsi que sa puissance sondagière, étouffe le débat à gauche, et fait perdre du temps. Il va y avoir du désordre : toute l'énergie des supporters de Strauss-Kahn va devoir aller quelque part ; les non-strauss-kahniens vont s'y croire désormais, cela va attirer l'attention des téléspectateurs. Espérons que ce ne sera pas seulement de la confusion, mais que les idées et les arguments vont aller quelque part.

Espérons aussi que l'on puisse parler d'autre chose que le soap-opera new-yorkais pendant les mois à venir. Si j'étais Sarkozy et si je contrôlais les médias, je m'assurerais que l'on ne perde pas une miette de cette histoire de fesses.

8 mai 2011

Ma campagne (4) - Échec

L'autre jour Juan a parlé de mon billet, celui où je dis que Sarkozy sera un adversaire coriace et difficile. Juan a surtout dit ceci :

A gauche, Mitterrand excepté, les candidats sont habituellement des bisounours qui se font mangés tous crus. Localement, certains candidats socialistes savent être aussi ignobles que leurs collègues de droite. Nationalement, ils se tiennent. Les coups volent rarement bas. Les cellules « riposte », quand elles sont écoutées, ne servent qu’à de l’argumentaire sérieux.

Sans tomber dans le graveleux (il n’y aurait pourtant qu’à se baisser parfois), il faudra prévoir, cette fois-ci, à riposter au bon endroit.

Comme je suis en train d'exposer cette campagne que je ne ferai pas, il est sans doute important d'insister sur ce qui devrait être évident, mais qui risque d'échapper au (à la) futur(e) candidat(e) de gauch(e), à savoir qu'il faut taper fort sur Sarkozy. Zéro pitié.

Cela ne veut pas dire qu'il faut raconter des saloperies, il suffirait d'être direct parfois. Dire, par exemple, que le quinquennat de Sarkozy était un échec. Le dire souvent. Une présidence ratée. Cela paraît simple, mais c'est le genre de chose qui, bizarrement, ferait scandale. Est-ce qu'on a le droit de dire du Président de la R. que son mandat était un échec ? Est-ce bien ?

Des gens comme Brice Hortefeux passent leur temps à sortir des ignominies qui font couler de l'encre pendant des jours et des jours. Parfois dire la vérité simplement peut avoir le même effet. « Échec » et « raté » ne sont peut-être pas les mots les plus stratégiques. C'est au candidat de trouver ceux qui feront le plus d'effet.

28 avril 2011

Ma campagne (2) - Fret (1)

J'ai commencé une série de billets pour détailler ce qui serait pour moi un bon programme de gauche pour 2012. Le programme s'appelle « Les énergies de la France » et il est axé autour de l'écologie, la décentralisation et le fractionnement du pouvoir, à la suite des « gauchitudes » que j'avais proposées il y a deux ans.

Je voudrais parler du fret (un blogueur n'est pas obligé de présenter son programme dans un ordre alléchant), du transport ferroviaire des marchandises. C'est un sujet qui me tracasse depuis les années Jospin : la gauche avait le pouvoir, il y avait une ministre Vert et un ministre des transports communiste. C'était, me semblait-il, le moment idéal pour créer une politique du fret qui arrangeait à la fois les cheminots, peuple de gauche s'il en est, et les écologistes. Évidemment il n'en était rien, et depuis j'attends.

Pour mon programme, je pensais ne faire qu'un seul billet sur le fret, mais je vois que je vais être obligé de faire un ou plusieurs détours pour y arriver. Commençons donc par les PME et la désindustrialisation de la France. L'idée de fractionner le pouvoir économique et politique est une façon de s'adapter à un monde plus complexe, moins centralisé que celui de papa et maman (ou papy et mamie) pendant les trente glorieuses, quand la fumée montait des cheminées des usines et le modèle social français marchait à fond.

Aujourd'hui la fumée et les cheminées sont chinoises. La gauche a perdu la plupart de ses moyens pour faire pression sur les « grands patrons », et même le rapport de forces s'est inversé : dans l'intérêt des ouvriers, des salariés, la gauche ne voit pas d'autre alternative que de séduire les entreprises, surtout les grosses. D'où ce consensus jospino-chiraquien (« l'État ne peut pas tout faire »), que l'on retrouve d'ailleurs un peu partout dans les autres pays dont on disait il n'y pas si longtemps qu'ils étaient « industrialisés ».

Tout cela vous le savez aussi bien que moi, sinon mieux. L'important est de comprendre pourquoi il faut changer de modèle et changer d'échelle. Le rêve de rétablir le schéma social et industriel des années avant « La Crise » (c'était quand ça ? 1982 ?) bloque la gauche dans une position défensive, Sarkozy dirait « conservateur » même. L'issue est un changement d'organisation du pouvoir économique, en allant vers tout ce qui ne peut pas se délocaliser, et vers des plus petites structures, notamment les PME.

Ségolène Royal, en 2007, avait proposait quelque chose allant dans ce sens, et Dagrouik a raison de dire:

Je l'ai déjà expliqué plus d'une fois sur mon blog, 70 milliards d'aides à re-orienter sur PME : ABSENT ! Alors que c'était présent dans discours de Ségolène Royal en 2007. Les PME qui font 80% de l'emploi, ne bénéficiaient que de 13% du montant des aides en 2007, ça se trouve dans un rapport de la cour des comptes. Abordé par Ségolène Royal en 2007. Oublié par le PS.

C'est sans doute plus qu'un oubli, mais un problème de culture politique.

Revenons donc au fret. L'intérêt écologique du fret ne fait pas de doute, mais c'est le camion qui gagne depuis bien des années :

La part du fret ferroviaire, fluvial et maritime est passée de 42% en 1984 à seulement 14% en 2007, tout en ne parvenant pas à trouver un modèle économique équilibré.

Ce n'est pas difficile d'imaginer que le fret et l'industrie traditionnelle se sont effondrés ensemble, puisqu'ils ont également grandi ensemble. Incapable de s'adapter aux besoins de souplesse et à l'échelle plus réduite des transports modernes, le fret est peu à peu délaissé.

Voilà pour le diagnostic. Prochain épisode : les échecs des relances du fret.

21 avril 2011

Comment faut-il que le PS réponde à la question de l'immigration ?

Visiblement, le cocktail idéologique à base de xénophobie que la droite nous prépare pour 2012 continue d'être le grand sujet du moment. C'est ce qui me préoccupe alors que, paradoxalement, je pense que l'enjeu essentiel pour la gauche va être de pouvoir parler d'autre chose. Ce qui ne sera pas évident.

Les sondages continuent de mettre Marine Le Pen au centre des choses, et, en raison des considérations géométriques de l'élection à deux tours, les grandes questions et fantasmes idéologiques se heurtent à la grande passion, assez maladive, de la presse : qui va être le candidat du PS ?

Une chose me paraît certaine : le candidat de la gauche se fera massacrer au second tour s'il n'a pas une stratégie efficace vis-à-vis des questions d'« immigration » et d'« Islam ». Je mets des guillemets parce que ce n'est pas vraiment l'immigration qui inquiète les gens qui sont inquiets par l'immigration, et la même chose vaut, ou presque, pour l'Islam. Il y a deux ans je parlais d'une «purification symbolique de la Nation », et c'est encore à peu près ça.

Nicolas J. pose le problème clairement:

La campagne est lancée. Deux thèmes : le pouvoir d’achat et l’immigration.

Comme en 2007. Comme en 2002. Comme en 1995.

[…]

C’est reparti.

La gauche doit répondre. Sur ces thèmes.

Et dans un billet où Juan interroge, avec une maîtrise et un franc-parler réjouissants, Philippe Cohen, celui-ci souligne bien l'urgence idéologique de la situation :

Mais je crois que cette polémique renvoie à des questions qui se posent à toute la gauche et, au-delà à tous les républicains : pourquoi la gauche ne profite-t-elle pas vraiment de la plus grosse crise financière de puis 1929 ? Pourquoi l’affaiblissement de Nicolas Sarkozy profite-t-il davantage au Front national qu’à la gauche ou au centre ? Pourquoi les gens du peuple, et notamment les classes d’âge actives (les 24-49 ans) sont-ils si séduits par Marine Le Pen ? Nous ne pourrons éviter de répondre sérieusement à ces questions si nous ne voulons pas laisser un boulevard à quatre voix au Front national.

Au lieu de répondre à ces questions, une partie de la gauche préfère stigmatiser ceux qui osent aborder les thématiques du FN. Ainsi, il ne faudrait parler ni de l’immigration, ni de l’insécurité grandissante, ni des excès de l’islamisme radical. Déjà stupide en soi, cette logique aboutit aujourd’hui à une impasse : puisque Marine Le Pen parle du chômage et de la crise de l’euro, il faudrait aussi éviter ces questions ? Il faut que les responsables de la gauche se réveillent !

(En passant: il me semble inutile d'aborder la dispute assez stérile avec Sophia Aram. Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas plusieurs façons de réagir et résister au Front National.)

Les remarques de Philippe Cohen sont effrayant et je suis à peu près d'accord avec son analyse de l'échec du PS auprès de l'électorat populaire. Il y a un malaise profond chez ces électeurs, et il est bien triste que ce malaise se manifeste dans cette réaction xénophobe. Je continue à penser, néanmoins, que la forme inacceptable que le malaise à finir par prendre est surtout due au fait qu'aucun autre discours politique n'était adressé à cette tranche de la population. (J'ai abordé cette question l'autre jour.) Le PS n'a jamais était un parti populaire, et, après l'évaporation du PCF, n'a jamais entrepris de le devenir. Depuis 2002, exactement neuf ans aujourd'hui, donc, il paie le prix de cette incapacité à s'adapter.

Tout cela pour dire que « l’immigration », « l’insécurité grandissante », ou les « excès de l’islamisme radical » ne sont les vrais problèmes. D'où le problème de la gauche : si elle se montre « dure » sur l'immigration, l'Islam etc., elle ne l'est jamais assez pour ceux qui sont vraiment dans la paranoïa, et elle perd sa crédibilité de gauche. Et si elle reste dans la logique de la condamnation morale et le front républicain, elle passe complètement à côté de cet électorat qui, plus qu'aucun autre, a besoin de la gauche. C'est vraiment à pleurer.

L'enjeu, pour 2012, et après, va être de trouver une manière de neutraliser la question (la « bonne question » à laquelle ils apportent des « mauvaises réponses »). Je le dis en gras : *la gauche ne doit pas valider l'idée selon laquelle c'est la faute des « immigrés »*. C'est suicidaire, répugnant et tout le reste. Mais je suis d'accord qu'il faut répondre, quand même. Faut trouver. Il reste quelques mois.

20 avril 2011

Ma campagne (1)

Finalement, je ne me présenterai pas à l'élection présidentielle. Je ne participerai pas aux primaires socialistes. C'était une décision lourde à prendre, mais je veux prendre mes responsabilités et éviter d ajouter à la confusion à gauche.

Libéré de cette perspective, je peux dors et déjà essayer de contribuer aux efforts de toute la gauche en vous livrant les grandes lignes de ce qui aurait été ma campagne. Cela prendrait peut-être plusieurs billets, on verra.

Le titre d'abord : « Les énergies de la France » Gros clin d'oeil, évidemment, à l'écologie, énergies alternatives, sortie du nucléaire, économie verte, mais aussi l'idée d'une économie plus dynamique, plus inventive, plus décentralisée, passer moins par les grands groupes et plus par les PME, mettre l'accent sur le local, etc. Plus encore, les « énergies » en question seraient celles de tous ces talents brimés par le centralisme, le copinage, les castes, mais aussi par la crispation d'un racisme subtile et silencieux.

Je continuerais de dévoiler les éléments de ce programme, élaboré en secret depuis des mois et qui poursuit un peu mes « gauchitudes », au fil des billets.

16 avril 2011

Redresser l'avenir

Il y a quelque chose d'étrange dans le langage du PS depuis que le projet est officiellement lancé, un rapport étrange au passé et au futur. La phrase de Martine Aubry nous met la puce à l'oreille : « l'avenir aimera de nouveau la France ». D'accord c'est paradoxal et accrocheur, légèrement publicitaire ; il faut s'attendre à ce genre de chose. Mais qui est vraiment cet avenir qui aime et n'aime pas ?

Dans un dossier PS intitulé justement L'avenir aime la France (qui n'est pas trop mal en analyse, assez faible en propositions) :

Après quatre siècles d'hégémonie, les nations occidentales vieillissent et semblent résignées à cultiver leur passé plutôt qu'à se projeter dans l'avenir. (page 7)

On dirait qu'ils ont réfléchi pas mal à ces histoires de passé-présent-futur-futur antérieur. Les grandes lignes du projet ont quelque chose d'étrange aussi, de ce point de vue :

  • Redresser la France et proposer un nouveau modèle de développement
  • Retrouver la justice pour bâtir l’égalité réelle
  • Rassembler les Français et retrouver la promesse républicaine

« Redresser », « retrouver » (x2) : n'est-ce pas un peu : c'était mieux avant ?

La promesse de « changement » (nom officiel du programme) Avec « l'avenir » et , suggérer que l'avenir va nous faire revenir au passé. L'idée d'un protectionisme européen va dans ce sens, par exemple : recréer les circonstances (industrielles) où le bon vieux socialisme serait à nouveau pertinent (Sans mentionner que c'est une idée parfaitement impratiquable puisqu'un consensus européen sur la question est impossible, et que la guerre économique qui s'ensuivrait ne serait pas forcément bonne pour tout le monde : on aime oublier notre dépendance vis-à-vis de la Chine…)

Et après ce retour redressé et retrouvé, revenons à cette France et l'avenir qui l'aime. Je n'ai rien contre cette formule ; elle est accrocheuse, paradoxale et maligne. En même temps, et c'est pour ça que c'est malin, elle fait la synthèse entre une idée de progrès (l'avenir) et quelque chose de vaguement patriotique : aimer la France. Ce n'est pas répréhensible, bien entendu, mais cela m'inquiète un peu. C'est comme s'il fallait que la gauche réagisse au succès de Marine Le Pen aux cantonales et à l'obsession xénophobe du pouvoir actuel. Ce n'est pas pour dire que le PS est devenu xénophobe à son tour (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit), mais qu'il est souvent coupable, depuis des années, d'une sorte de molesse, un suivisme qui essaie de prendre en compte tout l'éventail des points de vue politiques. C'est un peu comme si le succès de Marine Le Pen et les mesures et déclarations islamophobes et xénophobes du gouvernement finissaient pas persuader les médias et les politiques que ces questions (prières de rue, etc.) passionnaient toute la population, mais à des degrés différents.

C'est une erreur, parce que cette bagarre-là concerne le FN et l'UMP. Il y a un groupe d'électeurs qui peuvent basculer entre les deux camps s'ils perçoivent que l'un ou l'autre va mieux convertir leurs vagues peurs de l'altérité en réelles mesures politiques. C'est la théorie, en tout cas, de Nicolas Sarkozy, qui semble savoir que sa réélection dépend de sa victoire dans cette lutte. Or, cela ne concerne pas le PS : ces électeurs là ne viendront pas au PS, même s'il affiche des timides petits signes patriotiques. Le reste de la population n'est pas obligatoirement hypnotisé par ces manoeuvres.

Mais, vous me direz, il y a beaucoup d'électeurs de gauche qui ont été tentés par l'extrême droite (et par le Très Grand Homme (TGH) lui-même en 2007). Bien sûr, et c'est un problème. Mais le problème n'est pas que le PS n'est pas assez xénophobe pour faire jeu égal avec la droite. Le problème, c'est que le discours populaire du PS n'existe plus, n'est plus lisible, ne porte plus. Peu à peu, on en vient à penser que le mythique électeur populaire ne veut que du racisme. Evidemment, si c'est tout ce qu'on lui propose… D'où l'urgence de fabriquer un discours populaire et de gauche pour combattre la diversion haineuse.

(PS: Le « coup du drapeau » et les autres effets chévènementestes étaient à mon avis l'erreur idéologique principale de la campagne de Ségolène Royal : ce type démarche énerve les gens de gauche et ne convainc personne à droite.)

12 avril 2011

La burqa, suite et début

Mes amis s'énervent contre les provocatrices en burqa. Il y a quelque chose de violent dans leurs propos qui m'attriste un peu.

Juan écrit :

Cette loi ne sert pas à grand chose, mais ces deux provocatrices ne méritent que le mépris. Voir l’une des deux s’exprimer à la télévision, le visage voilé intégralement, réclamer sa liberté de religion est exaspérant. Une vraie connerie qui n’a rien à faire dans notre France laïque et républicaine.

Casse-toi, ma chérie. Casse -toi.

Jegoun est plutôt Law & Order :

Si vous voulez vous habiller en Burqa, allez dans des pays où s’est toléré…

Vous avez le droit de préférer vivre en Afghanistan ou en Iran, c’est votre droit, votre liberté, je m’en fous. Dans mon pays, on ne s’habille pas en burqua. On ne se déguise pas en prison.

Alors je m’associe à mes camarades blogueurs Juan, Marc et Dagrouik et je dis : cassez-vous.

Marc fait un billet pour dire qu'il est d'accord avec Juan et pour rappeller sa position : interdire la burqa c'est résister au communautarisme.

Dagrouik est d'accord aussi:

Moi je lui dit plus directement : Casse toi pauvre conne! Va faire la leçon là où il manque la démocratie que tu nies et que tu utilises en meme temps.

Je sais que mes amis sont motivés par la laïcité, par des considérations sur l'égalité des femmes, mais cette idée que ces femmes, provocatrices, certes, doivent « se casser » me trouble quand même. Car c'est ce qui se dit le plus souvent à propos des « immigrés » : si vous n'aimez pas la France, rentrez chez vous !

Dagrouik regrette l'instrumentalisation prévisible de l'affaire par la droite xénophobe:

Et non, chers lecteurs, je ne suis pas devenu Sarkozyste. Mais voir de telles bêtises qui seront en plus montées en épingle par le FNUMP ça m'énerve.

Et falconhill voudrait qu'on puisse « passer à autre chose ».

Ce qui est embêtant, c'est que maintenant qu'il y a une loi, il va suffire pour n'importe qui, femme ou pas, musulmane ou pas, d'enfiler une burqa, pour créer l'incident, engageant droits de l'homme, liberté d'expression, conflit des civilisations. La République est déormais abonnée à ce genre de provocation, car elle doit réagir. C'est la loi.

On va me dire : oui, mais la burqa c'est horrible, etc. Évidemment. Mais nous avons collectivement pris un phénomène marginal, déjà sans doute une provocation, au moins parfois, pour en faire une de ces grosses questions de société dont la presse rafolle.

Dagrouik encore :

En quoi la burqa est elle anti république ou antinomique à la laïcité ? C'est simple, son costume est une allégorie de l'univers carcéral qu'elle promeut : la femme et l'homme enfermé dans des croyances avec supériorité de l'un sur l'autre, la notion de droit divin supérieur au droit de la Nation, promeut un modèle de société basée sur des regles non égalitaires.

Justement, la burqa est une allégorie. Mais la connerie, c'était de légiférer sur une allégorie. Je ne veux pas voir cette allégorie là sur les trottoirs de ma ville ! Et les bikers avec le drapeau des Etats-Unis sur leurs blousons, sont-ils du coup solidaires des crimes impérialistes que la République ne saurait tolérer sur ses trottoirs ? Et si je me ballade avec une couronne sur la tête, ne serai-je pas en contradiction avec les valeurs fondamentales de la République ? Pourtant, les royalistes sont tolérés.

Du coup nous avons une loi stupide et inutile (les ventes de burqa vont sûrement monté en flèche), la probable multiplication des instrumentalisations par les Guéant et Buisson.

Sarkozy a compris comment instrumentaliser la laïcité tout en flattant les penchants islamophobes d'une certaine catégorie d'électeur qui lui sera très utile en 2012. Les gars, arrêtez de tomber dans le panneau.

14 mars 2011

Raclons-nous la gorge avec Marine Le Pen

Quand je reprend ce blog après des absences même courtes, je ressens toujours un besoin de commencer en me raclant la gorge. Quel meilleur sujet pour se racler la gorge que l'effet sondagier de Marine Le Pen sur les enjeux de l'élection présidentielle à venir. Tout le monde en a parlé déjà (Juan, Dagrouik, Marc, pour commencer), mais, sous prétexte de raclement, j'y vais aussi.

Sur le fond, je ne suis pas surpris. J'y pense depuis l'élection à Hénin-Beaumont en 2009. C'était Marc Vasseur qui y était et qui avait vu juste :

résent au siège du Front National, trois éléments m’ont particulièrement marqué: Marine Le Pen revendique la captation d’une partie non négligeable l’électorat traditionnellement de gauche sur font de crise sociale. A aucun moment, elle n’a parlé de l’immigration. Enfin, elle veut faire sienne la nécessaire remise en cause des pratiques politiques au-delà, du seul « tous pourris ».

Le laboratoire héninois peut faire apparaître un nouveau Front National en profitant de la lente déliquescence du PS à travers un discours tourné davantage vers l’électorat populaire. Celui-là même qui après avoir transité un temps vers Nicolas Sarkozy, peut demain se tourner, plus durablement et à nouveau vers le FN.

Le succès du FN version Fifille est l'échec de la gauche, et du PS en particulier, de proposer un discours audible et signifiant pour l'électorat populaire. Du temps de Mitterrand, il y avait le PCF pour faire ce travail, mais depuis rien. En disant "rien", je ne compte pas le fait d'aller serrer des mains sur les marchés.

Et mes contradicteurs PS pur jus (si j'en ai) diront, "mais si, le PS a essayé d'intégrer du sécuritaire anti-immigré" dans son discours. Enfin, non, ils ne diraient pas cela, mais ils le pourraient, en pensant à Chévènement en particulier. Et c'est là où l'on finit intégralement exaspéré. Oui, la sécurité pourrait être une question de gauche. Si la sécurité était vraiment la question. Car elle ne l'est pas, du moins lorsque la droite xénophobe – terme qui devrait servir à regrouper le Front National et une bonne partie de l'UMP – la sort à toutes les sauces, et surtout la sauce électorale. La "sécurité", version droite xénophobe, est une sorte de cruche où l'on verse tous les ressentiments, frustrations et paranoïas de l'aliénation post-industrielle. L'"immigration" est la même chose avec une dimension de nostalgie post-coloniale supplémentaire.

Bref, ni l'une ni l'autre ne sont des thèmes véritablement populaires, mais, pour une partie de la population, aussi bien de gauche que de droite paraît-il, c'est tout ce qui reste pour exprimer un désarroi grandissant. Désarroi, c'est important d'ajouter, qui n'est pas identitaire, qui ne s'explique pas par la présence de quelques burqas, mais qui est avant tout social, économique, politique. En ajoutant les pourcentages des chômeurs, de précaires et tous ceux qui se sentent économiquement menacés, il devient clair que le vivier pour un vote inquiet, égoïste et contestataire ne cesse de grandir.

Le succès de Sarkozy en 2007 était de mettre la main sur une partie de ce sentiment. Cela ne marchera pas en 2012 puisqu'il ne peut plus promettre de tout faire péter comme en 2007. Croyant toujours à sa bonne étoile et à son propre charme, il va tenter de jouer le tout pour le tout en jetant de l'huile sur le feu, avec les conséquences que l'on sait. Sarkozy perd, "son" discours gagne, mais au profit d'une autre qui est mieux placée.

J'espère que la gauche finira par comprendre que la seule solution face à ce discours est de le discréditer, et non pas d'essayer de montrer que, nous aussi on pense comme cela, juste un peu moins que l'UMP et beaucoup moins que le Front National. Le discréditer en le neutralisant : "vous êtes encore à parler de l'immigration, quelle bande d'andouilles ?" plutôt que "nous, on fera presque autant de charters, mais en classe affaires". Et, puis surtout, le discréditer en le remplaçant par un autre discours, par autre chose qui va répondre au désarroi, à l'inquiétude par quelque chose d'audible et de concret. Il ne suffit pas de savoir que le PS tente de défendre, dans la mesure du possible, les classes moyennes. Pour gagner des élections il faut proposer un grand tableau. "Tous propriétaires de vos HLM" était sans doute bébête, mais c'était surtout concret.

La fin du communisme et la mondialisation ont mis fin aux grands discours d'espérance. Il faut trouver autre chose. Pas des bêtises, il ne faut pas insulter les gens, mais une vision synthétique, compréhensible et positive.

Et, surtout, et là c'est très important car sinon tous vos efforts seront en vain, il faut absolument lancer ce discours le plus tôt possible. Il y a eu tellement de temps perdu, presque toute une génération. Il faut démarrer en 2008 si possible. 2009, c'est déjà un peu tard mais sans doute jouable. Dépêchez-vous.

19 novembre 2009

Beau travail, beau travailler

Depuis que ce blog existe, l'un des mes critères essentiels, ou principes, ou orientations, est l'efficacité : il faut d'abord battre la droite et prendre le pouvoir avant d'imaginer un monde idéal ou toutes les injustices seront réparéées. En même temps, je pense que cette "prise de pouvoir" (j'ai l'air d'un trotskyste, je sais), ne passe par une sorte de mollesse centriste, gauche-libérale-plutôt-presque-la-droite. Cette stratégie, qui a l'air merveilleuse sur le papier, quand on dit qu'on va prendre tous ces électeurs qui hésitent à voter pour l'UMP, justement en ressemblant le plus possible à l'UMP. Non seulement la gauche se fracasse en mille morceaux dans ces conditions (« c'est quoi ce P"S" !?! »), mais sa capacité à faire avancer des idées est anéantie. C'est un message qui doit gagner. Faute de quoi, on aura beau ajouté tous les pourcentages... Et un message que tout le monde peut comprendre : Sarkozy a gagné en 2007 parce qu'il a réussi à battre le PS dans les milieux populaires...

Donc... donc... après tout ça... j'en arrive à ce que je voulais dire. Enfin, presque. Le weekend dernier nous avons eu droit au grand déballage d'EAG, Espoir à Gauche (et pas En Avant Guingamp, comme le souligne Nicolas J), tempête dans un verre d'eau qui a pris des dimensions médiatiques de tsunami. Je parlerai de tout cela dans un prochain billet encore plus désespéré que celui-ci.

Donc... devant ce spectacle, ce commentaire de Martine Aubry :

«Le PS que je connais, c'est celui qui travaille», a-t-elle déclaré mercredi à la presse avant de s'adresser aux élus socialistes réunis à déjeuner, en marge du congrès des maires. «Ces milliers d'élus qui travaillent pour les Français tous les jours (…), ces sénateurs qui se sont battus contre la privatisation de La Poste la semaine dernière, ces députés qui se sont battus contre la fiscalisation des revenus des accidentés du travail et pour défendre la Sécurité sociale », a-t-elle martelé.

Le travail. Ah, le travail. C'est bien de travailler. Plutôt que de pavaner dans les médias. Un PS qui bosse, c'est un PS qui... bosse. En silence, paraît-il. La Première Secretaire cite trois exemples de ce travail :

  • lés élus qui travaillent tous les jours ;
  • les sénateurs opposés à la privatisation de La Poste ;
  • les députés opposés à la fiscalisation des revenus des accidentés du travail.

Évidemment, le travail en question est soit la gestion locale (les heureux élus de tous les jours), soit des combats nationaux d'opposition pure aux mesures de Sarkozy. C'est bien de s'opposer, bien entendu. Mais ce n'est pas ce travail là qui va, comment dire, donner espoir à la gauche. Ah, vous me direz, le travail de programme continue en même temps. Mais où ? Il n'y a aucune communication là-dessus. L'impression est que, s'il y a du « travail » dans ce domaine, il est plutôt technique : fignoler des propositions qui, une fois passées dans la moulinette médiatique des résumes de sept secondes à la radio ou de trois phrases à la télé, ne laisseront que peu de trâces dans le grand cerveau collectif. (Imaginez le décalage en termes de temps de cerveau disponible entre l'intégralité de ces travaux depuis le Congrès de Reims, et la question de jeu de mains de Thierry Henry.)

Bref, gagner ne dépend pas du choix d'un programme idéal qui, par son extrême finesse satisferont à peu près tout le monde, ou déplaira autant aux uns qu'aux autres. Il faut, au contraire :

  • communiquer (occuper l'espace médiatique et l'imagination populaire) ;
  • avancer une ligne, une pensée qui soit facile à comprendre
  • le faire maintenant, pas à trois mois d'une élection présidentielle.

Le régime présidentiel ne récompense pas le travail de fourmi, les bosseurs méritants qui rendent des bonnes copies. Les français votent pour des images, des perceptions (« sympa, pas sympa ? ») ; une éventuelle victoire devra passer par une coordination entre les images et un message réel (pas seulement un slogan de marketeux).

Dans ce billet je fais comme si c'était possible pour le PS, en l'état actuel, de réussir à faire tout cela. Je n'ai pourtant pas touché au Beaujolais ce soir, même si parfois on ne voit pas d'autre issue.

7 juillet 2009

Ce que je n'aime pas dans le socialisme actuel

Depuis le Congrès de Reims et « l'élection » de la Première Secretaire, depuis la raclée du PS aux élections Européennes je ne me considère pas obligés de défendre le PS. J'estime que le PS occupe un créneau politique dans lequel je devrais pouvoir me reconnaître, et surtout, qui devrais être décisif dans la vie politique. Occupant ce créneau, j'estime qu'ils ont une responsabilité. Si aujourd'hui rien n'indique que le PS compte prendre au sérieux cette responsabilité, même le sympathisant lambda est en droit de se montrer plus exigeant.

L'une des conséquences heureuses du score calamiteux du PS aux européennes, donc, était le succès des écologistes. Le pôle écologique n'avait pas pesé lourd à Reims Soudain, on s'intéres, alors que soudain nous apprenons que le socialisme n'a pas besoin d'être productiviste, et même qu'il a pris un tournant historique majeur :

Le socialisme est né du rapport capital-travail dans l'entreprise. Nous l'inscrivons désormais dans un rapport capital-travail-nature.

C'est Martine Aubry qui parle, dans son entretien au Monde. Après un siècle et demi d'affrontement entre le capital et les travailleurs, on invite « la nature » à la table. La formule a au moins le mérite de vaguement refleter la distribution des forces politiques en France - UMP, PS, écolos - mais dans sa formulation même annonce son échec.

Je ne suis pas au courant des théories les plus récentes de l'écologie politique, mais je suis un peu surpris de voir le terme « Nature » réapparaire dans le discours de la PremSec. Cela a quelque chose de vieux jeu. Je regarde le site du Pôle Écolo sans trouver (sur la page d'accueil) une seule fois le mot « Nature ». Ils ne parlent que de renouvelable, voitures électriques. Idem pour Les Verts : pas une seule fois « Nature » (sur la page d'accueil). Bon, Aubry veut être théorique, elle va à l'origine des choses, tant mieux, me dis-je. Mais aussitôt, à la suite de la phrase que j'ai citée :

Mais il ne faudrait pas que la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique et pour la préservation de nos richesses naturelles nous conduise vers une sorte de néonaturalisme, une société qui refuserait l'innovation, la création, la mobilité, et qui se replierait sur elle-même, sur la tradition, sur des tribus, des communautés. L'écologie est compatible avec le développement et le progrès.

Il fallait bien parler « Nature », mais voilà où le mot nous mène. Vers une société troglodyte, avec tout le Bureau National du PS en train de vivre de la cueillette, des « tribus »... Qui a parlé de tribus ? Pas les écologistes en tout cas. Mais cette image de la « Nature » montre bien que la Nature est bien extérieure à l'idéologie d'un certain PS. D'où la fantasmagorie, et, surtout, la crainte immédiate que l'écologie vienne freiner le progrès économique. Là où par ailleurs on parle même plus de « développement durable » mais de « croissance verte », Martine Aubry en est restée au stade du conflit entre les industriels et écolos. Et s'il faut freiner un peu le capitalisme, il commence à devenir de plus en plus clair pour moi que le socialisme titiniste est fondé sur un dialogue privilégié justement avec le Kapital.

Et voilà le problème de fond. J'ai fini par pouvoir mettre le doigt sur ce qui me gênait dans tout un pan du socialisme actuel. Marc Vasseur avait cette citation, issue d'un dossier de L'Express sur Aubry :

« « Je voulais que Martine Aubry leur (aux patrons du nord) dise en face ce qu’elle ne cessait de répéter dans ses discours, indique l’hôte des lieux. Que si la finance internationale avait été dirigée par des grands patrons sociaux du Nord, la crise ne serait jamais survenue. ». C’est Bruno Bonduelle qui a tenu à déclarer cela à propos d’une rencontre entre Martine Aubry et ces derniers...

La « solution » sociale serait à trouver justement dans cette entente avec des très grands patrons, un peu éclairés, guidés finalement par un PS très familier, très proche, l'interlocuteur privilégié dont le rôle est d'harmoniser les relations sociales tout en agissant systématiquement pour le bien de ces entreprises, dans un rôle pas si différent de ce que fait, je prends un exemple au hasard, Nicolas Sarkozy quand il arrange les choses pour ses amis du Medef. La distinction serait dans le poids donné au social, mais l'accent mis sur la réussite du capital à presque tout prix n'est pas ce qui permet de différencier les deux camps.

Admettons qu'une telle position était logique pendant les Trente Glorieuses, ou même jusqu'à ce qu'on se rend compte de la mondialisation de l'économie. Les grands patrons du Nord de la France ont eu quelques soucis, et sont loin, mais très très loin, d'être en mesure de gérer les finances du monde. Et c'est précisément dans ce monde mondialisé, où le travail se délocalise pour un oui ou pour un non que le socialisme doit devenir une véritable force critique. Il n'est plus question de faire confiance aux très grandes entreprises. Les arrangements ne seront plus favorables. La solution ne viendra pas d'une compromise entre ces forces. Il faut faire avec son temps, sortir de la nostalgie d'une époque où tout pouvait se négocier entre partenaires sociaux.

Je garde un petit espoir que le discours écologique fournira quelques éléments pour une position véritablement critique, mais il faudrait un PS qui veuille bien entendre.

14 juin 2009

Rénovons pour n'innover en rien

C'est connu : moins on blogue, moins on blogue. Et inversément. Dans mon dernier billet, alors même que j'en écrivais la fin, je sentais déjà qu'il allait falloir y revenir, sur cette question de rénovation. J'écrivais donc :

C'est grave, mais la solution a déjà été trouvée. Il suffit de rénover. En profondeur. Pour de vrai. Les cris à la rénovation n'ont servi jusqu'à présent qu'à étouffer les envies de changement. "La rénovation? On s'en occupe." Rénover pour être sûrs que rien ne bouge, pour contenir les changements. Étouffer avec une commission. Gérer les volontés de changement. Ce sont des bons gestionnaires, après tout.

Il faut distinguer deux choses. D'un côté, la "rénovation" éventuelle du PS ; et de l'autre les appels à la rénovation, la rhétorique de la rénovation. Celle-ci, nous savons qu'elle existe. La première, en revanche, à l'heure où j'écris ces lignes, n'a aucune existence réelle et n'est, au mieux, qu'une hypothèse, un voeu. Je ne dirais même pas une fiction, parce qu'à la différence d'un bon roman, ou même d'un mauvais, nous ne savons même pas à quoi ressemblerait ce fameux PS "rénové".

Quelqu'un m'a dit une fois que le taux de réussite des météorologues serait meilleur si, au lieu de faire des calculs, ils disaient systématiquement que chaque jour il ferait le même temps que la veille. Je ne sais pas si c'est vrai, mais il me semble que l'on pourrait appliquer le même principe au PS : il y a très fort à parier que, malgré toutes les promesses, déclarations, exhortations, admonestations, recommendations, etc., le nouveau PS sera identique au PS actuel.

Je vous entends déjà soupirer : Quel fataliste ! Il faut positiver au contraire...

C'est ça. Oui.

Non, je persiste : l'atonie actuelle, le marasme et la flacidité idéologiques du PS sont en fait la représentation parfaite du rapport de forces entre les VIP du Parti. Synthèse (anti- et pro- TCE) sur synthèse (fabiusiens et déesse-khaniens unis par leur anti-sorcièrisme). Nous savons que dans les luttes internes, les prises de positions sont des pions que l'on avance. Comment pourrait-il en être autrement pour des idées nouvelles ?

Le pire, c'est qu'au PS on est, semble-t-il, persuadé qu'il n'y a même pas besoin de nouvelles idées. Arnaud Montebourg répondait ainsi l'autre jour à un internaute qui avait commenté sa "Lettre d'un socialiste qui espère" :

Je ne crois pas qu'il faille à chaque fois traiter de toutes les questions afférentes à un programme de gouvernement ou de parti. Le PS regorge d'ailleurs de textes sur ces sujets. Le problème c'est qu'ils sont inaudibles. [Je souligne, o16o.]

Pour le diagnostic : oui, ils sont bien inaudibles, tous ces textes dont le PS regorge. Faute à qui ou à quoi ? Il y en aurait trop, finalement? Le programme du PS est littéralement "trop fort"? Simple problème de com', finalement. Pas la peine de repenser quoi que ce soit ; il suffira de trouver la bonne technique de gouvernance et le reste viendra tout seul, tout cuit?

Le PS dispose donc de toutes ces idées, de ce super-programme, dont personne ne veut. Il y aurait beaucoup à dire sur ce programme : mosaïque de micro-mesures, donc illisibles ? absence de relai chez les PS people ? contradictions soujacentes, conséquences des synthèses et des arrangements historiques ? Mais peut-être le plus grave est le fait de croire que toutes les idées sont déjà dans la boîte. Le Parti à des idées à en revendre, on ne va quand même pas commencer à réfléchir... À partir du moment où le Parti "regorge" d'idées, pourquoi changer, en effet ?

Reste donc le bidouillage : primaires ouverte à la gauche (à condition que le candidat socialiste gagne bien sûr), comité des sages. Reste surtout la rhétorique de la rénovation ("au boulot", "on rénove 24 heures sur 24"). Ce n'est pas couteux, ça n'engage à rien, on peut faire son petit effet.

11 juin 2009

Prendre de la place

Nicolas J. m'a dit qu'il fallait que j'écrive des billets, même si je n'ai plus le temps. Comme il est désormais le 24e blogueur européen, je suis obligé d'obéir. Je fais ce que je peux. Mais il y a aura sans doute moins de liens et de citations que d'habitude. À tous ceux qui me disent que bloguer ne prend pas de temps si on a envie de bloguer, je réponds : oui, mais il faut quand même se tenir au courant de l'actualité pour faire un blog politique. Mille pardons d'avance si je dis des bêtises...

Le PS se prend une veste. Un score largement inférieur à celui de Ségolène Royal au premier tour en 2007, malgré un MouDem en baisse de régime. Sans surprise, tant la configuration (j'allais dire "actuelle"...) du PS est le résultat de la concurrence interne pour la maîtrise de l'appareil, ce qui a abouti à des synthèses qui ne sont même plus molles avec des conséquences immédiates en termes de lisibilité politique, en termes de qualité du discours politique. Malheureusement, il ne suffit pas de mettre le mot "solidarité" dans une phrase sur deux pour avoir l'air de vouloir faire quelque chose.

J'ai l'air amer ? Leerdammer ? Oui, je le suis. Et pas seulement à cause de Reims 2008. Chaque jour un peu plus, le PS se révele une machine, un appareil, un machin, un truc. Un organisme qui gère et qui produit des gestionnaires. Que gère-t-il ? Il gère sa position de "principal parti de gauche", ou "principal parti d'opposition". Le PS occupe une place sur l'échiquier politique, et si je me suis toujours considéré sympathisant socialiste, c'est avant tout par pragmatisme, le PS étant le parti pouvant vraiment battre la droite, pouvant vraiment occuper le pouvoir.

Les élections européennes ont montré qu'une bonne partie de ce fameux "peuple de gauche" est prêt à lâcher le PS dès qu'une alternative crédible se présente. Le succès de Bayrou en 2007 relève finalement du même phénomène. Une partie importante des électeurs de gauche préfèrent voter pour n'importe quoi d'autre qui n'est pas à droite. D'ailleurs, Lionel Jospin avait déjà mis cette réaction au goût du jour en 2002...

Ce que je retire de ce 16%, c'est que la seule force (du moins sur le plan national) du Parti Socialiste, son seul intérêt, c'est d'occuper un emplacement de choix. L'occuper. Ils sont bien là. Mission accomplie. Il n'y aura pas de PS bis.

C'est dommage de voir que ça se résume à si peu d'ambition. Car des gens avec un projet, une vision de la société pour le XXIe siècle pourraient sans doute se servir de cet emplacement pour faire quelque chose d'utile. Il serait permis d'imaginer qu'avec l'importance que l'on accorde au PS, avec son influence et son pouvoir bien réels, malgré tout, avec toutes les voix d'électeurs qu'il a reçus, qu'il y aurait une certaine responsabilité. Si je continue à taper là, je vais finir par parler d'une culture du résultat. C'est grave.

C'est grave, mais la solution a déjà été trouvée. Il suffit de rénover. En profondeur. Pour de vrai. Les cris à la rénovation n'ont servi jusqu'à présent qu'à étouffer les envies de changement. "La rénovation? On s'en occupe." Rénover pour être sûrs que rien ne bouge, pour contenir les changements. Étouffer avec une commission. Gérer les volontés de changement. Ce sont des bons gestionnaires, après tout.