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10 novembre 2013

Le déficit est trop petit

 

Françoise Fressoz exprime la doxa économique :

Le candidat socialiste a fait campagne sur la réduction des déficits publics et il n'a pas tardé, une fois élu, à mettre en place le crédit d'impôt compétitivité, qui ne figurait pas dans ses propositions. Seulement, il a biaisé avec les Français. Il ne leur a pas tout dit de la gravité du mal. Il a espéré que le retour de la croissance qu'il chiffrait, lorsqu'il était candidat, à 2,5 % en 2013 (on sera en réalité plus proche de 0,2 %), lui donnerait un utile coup de main pour redresser le pays.

21 novembre 2012

L'austérité en courbes

L'un des blogueurs de The Economist a publié ces courbes récemment, où l'on voit l'évolution des PIB de quatre grandes forces économiques qui ont toutes subi la ou les crise(s) de façon assez semblable (sauf pour le Japon, avec ses catastrophes naturels et nucléaires, et sa récession interminable qui était déjà bien en place).

Ce qui ressort, évidemment, c'est que les Etats-Unis sont les seuls à ne pas suivre la courbe moribonde de l'Europe (et du Japon), en évitant le deuxième dip de la récession qui est en train de s'abattre sur l'Europe.

Et The Economist semble dire, si j'ai bien suivi l'article avec sa métaphore automobile, que si les USA s'en sortent, c'est que le (ou les) conducteur(s) ont su conduire en douceur, en évitant les a-coups.

Pour nous, l'explication qui saute aux yeux, c'est que des quatre "pays", les Etats-Unis sont celui qui a conduit une politique de relance (presque 800 milliards de dollars), secourant au passage l'industrie automobile. Comme le Royaume Uni, ils ont également procédé à du quantitative easing, dont les effets sont moins clairs. En tout cas, des politiques parfaitement opposées à la rigueur d'Angela Merkel.

17 novembre 2012

Le problème européen : la domination commerciale allemande

 

En 2011, les exportations françaises vers l'Allemagne totalisaient 69,1 Md€. Les importations dans l'autre sens s'élévaient à 85,2 Md€. La France était donc déficitaire de 16,1 Md€. En gros, la France domine l'Allemagne en produits agricoles et energétiques, tandis les voisins teutons nous dominent par l'automobile, l'électronique, l'informatique, produits chimiques, et même pharmaceutiques, domaine où la France l'avantage jusqu'en 2003.

Et pourtant, sur l'échelle européenne, la France est une grosse économie. La quasi-totalité (sauf les Pays-bas) des pays de l'Eurozone sont déficitaires vis-à-vis de l'Allemagne :

Les pays de l’UE contribuent à ¾ du solde commercial positif de l’Allemagne ; les pays de la zone euro à la moitié.

Je me souviens d'un article de journal que je ne retrouverai pas, où un Grec disait : "ils nous vendent des BMW, nous leurs vendons des tomates".

27 septembre 2012

Pendant ce temps, en Italie...

 

Evidemment, on parle de l'Espagne, à juste titre. Comme exemple, l'Italie est sans plus proche de la France. D'abord par la taille de son économie, mais également par sa chronologie, étant encore posée au bord du précipice.

  • Novembre 2011 : "Italie : nouvelle vague de mesures d'austérité votées au Sénat" (celles de Berlusconi)
  • Décembre 2011 : "Le gouvernement italien adopte un nouveau plan d'austérité." (celles de Monti)
  • Juillet 2012 : "Une piqûre de rappel d'austérité pour l'Italie"

On ne se contente pas non plus de couper les dépenses, on fait dans la réforme structurelle aussi :

  • Janvier 2012 "Rome adopte un plan de libéralisation pour relancer la croissance"

Et le résultat ?

1 juillet 2012

Sommet : changement ou pas ?

 

Tout ce qui se passe au niveau européen sera toujours nimbé de confusion, tant les enjeux sont complexes et les intérêts communicationnels des uns et des autres sont doubles, triples. Le sommet d'hier soir et ce matin, avec ses moments dramatiques, quand les chefs d'État décident ne pas se coucher à 2h, les bras de fer, l'attaque surprise par l'Espagne et l'Italie : tout est là pour nous faire espérer un changement profond. Le changement promis, par le candidat qui disait qu'il allait faire renégocier les accords présidés par Merkozy.

Qu'en est-il ? Marc Vasseur est très pessimiste :

On savait déjà que la question des eurobonds était déjà tranchée, on espérait que cet abandon pouvait au moins se « marchander » contre un effort conséquent en matière de croissance… en vain à moins de se réjouir de cette énorme enveloppe de 120 milliards consacrée à cette dernière. Pour situer l’ampleur de ce soutien, il convient de mettre en parallèle les 1.500 milliards pour sauver les banques. Je n’ose même pas souligner que sur ces 120 milliards, la moitié est confiée à la Banque Européenne d’Investissement sous la forme d’une augmentation de sa capacité à prêter. Au final, nos dirigeants européens ont réussi à mobiliser 60 milliards d’euro pour dynamiser une croissance anémique voire moribonde… c’est juste risible.

Marc a raison sur les 120 milliards : c'est loin d'être une révolution.

Il s'inquiète également pour la souveraineté, y voyant la plus grande et grave concession de François Hollande :

Ne nous y trompons pas, la finalité de cette démarche est de donner pouvoir à la Commission de donner son avis et par la suite son aval aux budgets et aux orientations en matière économique des Etats Membres et probablement le cas échéant de sortir le baton si d’aventure un Etat prenait trop de libertés vis à vis de la doxa néo-libérale – en clair Roosevelt et Keynes ont été abattus lâchement dans une courée sombre cette nuit.

27 juin 2012

La dette européenne est déjà mutualisée

 

Dans mon dernier billet, je disais que la dette dans l'Eurozone est déjà mutualisée, de fait, puisque les pays forts (l'Allemagne) sont condamnés à secourir les pays faibles. J'écrivais :

Pourtant, le problème c'est que la dette est déjà mutualisée. La structure de l'Europe et de l'euro obligent les pays forts (l'Allemagne) à venir en aide dès qu'un pays faible se trouve attaqué par le marché […].

Le désavantage de ce système, c'est qu'il ne marche que lorsque les choses se sont empirées jusqu'à un niveau de crise où l'euro lui-même est à nouveau menacé, avec de nombreux dégâts collatéraux.

23 juin 2012

Le renoncement aux eurobonds

 

Marc Vasseur s'inquiète :

Quelques signes avant-coureurs semblent modifier le slogan initial de François Hollande ‘Le changement c’est maintenant » en un « Le changement c’est pour plus tard ».

Il pense à ceci : Jean-Marc Ayrault enterre les euro-obligations.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a admis qu'il faudrait des années et davantage d'intégration politique au sein de l'Europe avant de pouvoir introduire les euro-obligations que Paris appelle de ses voeux, dans un entretien à l'hebdomadaire allemand Die Zeit. "Je souhaite que nous parlions d'eurobonds à Bruxelles. Mais il est vrai qu'une communautarisation des dettes exige nécessairement une plus forte intégration politique et nécessitera certainement plusieurs années", a-t-il dit à l'hebdomadaire à paraître jeudi

L'une des grandes originalités de la campagne de François Hollande, c'est qu'il a réussi à dire, avec crédibilité, qu'il allait bousculer l'ami allemand, renverser la logique de l'austérité.

On comprend qu'il impossible que le programme du candidat Hollande ne puisse pas être appliqué tel quel à toute l'Europe. Hollande et Ayrault semblent renoncer assez vite, sans véritable bagarre, à cette mesure.

28 mai 2012

Les lois Hartz et le contre-modèle allemand

 

Tout le monde se souvient du fameux "modèle allemand" qui allait sauver la France à l'époque où Sarkozy ignorait encore que c'était la protection contre la viande halal et la sortie de Schengen qui allaient sauver la France.

Juan écrivait en février :

Depuis bientôt deux ans, Nicolas Sarkozy a choisi le modèle allemand sans qu'on sache vraiment lequel. Il ne cherche pas tant à singer la politique économique ou sociale du gouvernement allemand que de coller au plus près de sa voisine chancelière.

Et j'écrivais :

29 mars 2012

Frapper Sarkozy sur ses points forts

Hemingway, sur l'excellent Ze Rédac (qui est arrivé sur la scène pendant l'une de ces périodes où ce blog dormait sur ses deux oreilles), dit quelque chose d'important : il faut "porter le fer sur les faiblesses de Sarkozy".

Dans un moment où le match est serré et se tend, François Hollande a besoin autour de lui d’une équipe qui n’hésite pas à monter à l’assaut pour son chef tenu à un rôle au dessus de la mêlée. Et c’est aux poids-lourds, à ceux que l’opinion entend, de jouer ce rôle. Plus on se rapproche de l’échéance et plus François Hollande a besoin que les éléphants barrissent et chargent, comme Ségolène Royal l’a fait avec son sens du moment opportun la semaine dernière en accusant Nicolas Sarkozy d’avoir peur de perdre son immunité présidentielle et d’être ainsi rattrapé par la justice.

Nous avons, ici, déjà souligné l'efficacité des interventions de Ségolène Royal. Elle a réussi, en quelques mots, à arrêter net tout une ligne importante dans les éléments de langage des sarkozystes dans les premiers jours suivant "l'annonce" de candidature, à savoir François Hollande "léger avec la vérité". Et comme le souligne Hemingway, en remettant les "affaires" sur la table, elle a frappé fort, et s'est montrée la seule, ou presque, au PS, à savoir cogner fort quand il fallait. (De là à dire que ça n'aurait pas fait de mal d'avoir quelques seconds couteaux cogneurs en 2007…)

Taper sur les points faibles de Sarkozy est important, mais il ne faut pas non plus oublier les points forts. Regardez ce que fait le bonhomme : il ne se contente pas d'exploiter les faiblesses de Hollande, il passe presque plus de temps sur les points forts de son adversaire, en miroir plus ou moins de ses propres points faibles (s'il perd, Sarkozy pourra enfin entamer une psychanalyse). Le mensonge est un bon exemple, le "flou" du programme un autre, puisque Sarkozy n'avait même pas de programme.

S'il est possible de gagner la bataille des images et des idées, dans un système médiatique pour qui Sarkozy reste le coeur même de l'actualité et la source ultime du buzz, c'est en anéantissant les points forts du candidat. Là, on se heurte bien sûr à un nouveau problème : quels sont, en effet, ces fameux points forts ? Il ne serait pas très intéressant d'expliquer que Sarkozy n'est pas assez xénophobe, par exemple. Je ne vois que le sauvetage de l'Europe. Si j'étais un second ou même troisième couteau au PS, c'est là-dessus que je concentrerais mes munitions. François Hollande a lui-même ouvert la voie, d'ailleurs, avec sa promesse de revenir sur le travail du Très Grand Homme (TGH) et de réaffronter Merkel. Si cette forteresse rhétorique pouvait tomber, je ne sais pas ce qui resterais de Sarkozy.