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30 octobre 2008

Inénarrable

C'est par Gaël, lui-même alerté par Marc, qui j'ai appris la nouvelle : après le procès contre Fansolo, c'est l'estimé Olivier Bonnet qui est mis en examen pour ses activités blogistiques. Allez voir chez lui si vous ne l'avez pas encore fait.

Je le qualifie d'abord d' "inénarrable". La belle affaire. "Inexprimable, inracontable, indicible, incommunicable", donne le dictionnaire comme sens premier, suivi de "cocasse, bizarre, comique, drôle, grotesque, fantaisiste". Bon. Plus loin, j'écris : "On peut donc légitimement s'interroger, connaissant le CV de ce magistrat, sur son « indépendance » dans le cadre d'un tel procès, tant il est évident qu'il est en « coma professionnel avancé »" "Injures publiques", prétend mon adversaire.

On savait, grâce à la jurisprudence Yves Jégo qu'il était interdit sous la Cinquième République de traiter un homme politique d'"apparatchik". Désormais, il faut faire attention avec "inénnarable". Bon à savoir : on ne dit pas "l'inénnarable Nicolas Sarkozy", on dit... Nicolas Sarkozy est un grand défenseur de la liberté d'expression.

Tout de même, en ce moment, les règles qui gouvernent la parole politique sont en train de subir certaines pressions :

Excusez-moi, mais ça commence à devenir inénarrable, tout ça.

Oh ! Pardon...

17 mai 2008

Le sarkozysme est une politique révélée

L'année dernière Rachida Dati avait expliqué que la justice elle-même tenait sa légitimité de l'élection magnifique de celui qui n'est pas fils naturel de Jacques Chirac. (Source)

Sur le même ton, Xavier Darcos fait le dur-à-cuire devant les enseignants:

"Il y aurait de la provocation à reculer par rapport aux promesses électorales au motif que les gens défilent dans la rue. Ce n'est pas ça la démocratie", a ajouté le ministre.

Chez Mediapart dans un papier de Gérard Desportes :

Drapé dans les habits du président courageux et après la phase du retrait post élection municipale, Nicolas Sarkozy a décidé de se remettre en avant et il y a fort à parier qu'on le verra à nouveau très vite sur les écrans. «Les Français n'ont mis qu'un bulletin dans l'urne, celui de Nicolas Sarkozy. Il n'y a qu'un repère de la politique en France, un responsable, c'est lui. Il a pris des engagements auprès d'eux, il les rappellera tant que de besoin», dit un de ses conseillers, prenant comme exemple l'intervention présidentielle, jeudi, jour de grève, pour annoncer l'instauration d'un service minimum dans l'éducation.

"Les Français n'ont mis qu'un bulletin"... Autrement dit, François Fillon n'existe pas. Le parlement n'existe pas. Les syndicats n'existent pas. L'élection du Très Grand Homme (TGH) est l'élection suprême, qui dépasse toutes les autres. Car même François Fillon a reçu la confiance de l'Assemblée, élue, elle, par tout un tas de petits bulletins différents, mais qui, dans un état de droit (et pas seulement de droite), existent également.

Mais dans la démocratie sarkocentrique, il n'y a qu'une élection, mystique dans sa splendeur, là où fut révélée la divine puissance de Nicolas Sarkozy.

13 juillet 2007

La droite contre la droite (encore)

Quand je parlais de la paranoïa sarkozÿenne l'autre jour, je me demandais si le Président de la R. avait plus peur de la droite, de sa droite, que de la gauche. C'est l'un des mystères des temps modernes : comment la droite peut-elle contenir autant de rivalités, de mesquineries, de sales coups ? La gauche fait ce qu'elle peut pour rivaliser, mais comment rivaliser avec des gens capables de monter l'affaire Clearstream. Ça demandais de l'imagination, du dévouement...

Bref.

Tout le monde parle de l'hyperprésidentialisme, de la disparition de Fillon. En même temps, tout le monde parle de la politique d'"ouverture", la chasse au têtes de gauche. On parle même des déçus à droite, comme le pauvre Pierre Lelouche, qui auraient tant aimé faire partie de ce majestueux gouvernement qui va tout réformer.

Sauf que, ce gouvernement, Sarkozy n'en a, visiblement, rien à foutre. Le vrai gouvernement est à l'Elysée. Chaque ministre a son double à l'Elysée, qui lui dicte sa vraie marge de manoeuvre. Au tout début du mandant du TGH, on avait noté les manoeuvres pour centraliser certains pouvoirs à l'Elysée, la police et la diplomatie notamment (j'en ai parlé ici par exemple). Cette tendance se confirme : il y a, à l'Elysée... j'allais dire un "shadow gouvernement". Mais en réalité, le "shadow gouvernement" c'est Matignon et les ministres. L'authentique est à l'Elysée.

En écumant le Canard de cette semaine, on trouve deux morceaux assez révélateurs:

  1. La Mare aux Canards : "Darcos reçoit une leçon". Où l'on apprend que la suppression de 10,000 postes était l'idée de Darcos, tandis que l'Elysée en voulait 17,000. Colère de Fillon : "Darcos a fait exprès de parler de la suppression de 10 000 postes de fonctionnaires [...]. Il tente d'éviter qu'on ne lui en impose 17 000 comme le veut la règle du un sur deux. [...] C'ets honteux de pratiquer comme cela, cette manière de faire pression pour gagner ses arbitrages." Il a raison, c'est honteux ! Colère aussi de Sarkozy, qui est toujours aussi délicat : "Certains membres du gouvernement ont l'air de se foutre de la gueule du monde [...] ils veulent oulbier la règle du un sur deux parce qu'ils ont peur de se mettre les syndicats à dos." La colère syndicale est bonne pour les ministres, moins bonne pour un Président. 10 000 postes, c'était un cadeau.
  2. Page quatre : "Benamou pousse la note à Aix" Une histoire assez drôle, assez cocasse. La ministre de la Culture est invitée, avec toutes les formes, par la mairie d'Aix pour assister à l'inauguration du Grand Théâtre de Provence. Georges-Marc Benamou, conseilller pour la Culture et l'Audiovisuel à l'Elysée, envoie une lettre à la mairie pour les prévenir qu'il comptait venir aussi, pour qu'on lui réserve voiture, hôtel (de charme) et tout le tralala. Recevant déjà la Ministre de la Culture, la mairie refuse. Benamou revient à la charge, avec une lettre signée par Sarkozy lui-même. La mairie accepte. Et pour finir, ni la municipalité, ni Benamou, ni l'Elysée ne règlent la note à la Villa Gallici où Benamou a séjourné.

Ce dernier exemple est assez étrange, car il montre que ces conseillers de l'Elysée ne veulent pas rester dans l'ombre, se contentant de tirer les ficelles du pouvoir réel, mais cherchent aussi à rivaliser publiquement avec le gouvernement. Il ne suffit pas d'avoir le pouvoir, il faut aussi que tout le monde le sache. Il faut que ce pouvoir soit symbolisé.

Quand on parle d'"ouverture", il devient clair qu'il ne signifie pas grand'chose d'être ministre sous Sarkozy. Les places sont pas si chères, finalement.

5 juillet 2007

17,000 postes. Une hypothèse.

D'abord, un délicieux billet de CSP.

Ensuite, une hypothèse : Darcozy est passé de 10,000 à 17,000 postes... parce qu'à 10,000, ils ont rencontré si peu de résistance.

1 juin 2007

Darcos : la dette envers la dette

Je lis, dans Le Monde daté d'aujourd'hui, ceci:

« Je suis membre d'un gouvernement qui a reçu mandat d'alléger la dette de l'Etat. Je ne pourrai pas m'en abstraire », affirme M. Darcos.

Ce dont il s'agit, c'est une stratégie pour rendre les enseignants plus performants, plus rentables.

Laissons, pour l'instant en tout cas, la question des réformes de l'Education Nationale. Elle va revenir sur le devant de la scène tôt ou tard. Je suis... comment dire ? ... déçu de voir que, lorsqu'il s'agit de l'éducation, par exemple, la réduction de la dette devient soudain impérative, incontournable, tandis que lorsqu'il s'agit de faire un cadeau de 2 à 5 milliards aux entreprises pour prouver qu'en effet le travail crée le travail (et pas les financements de l'Etat), ou de baisser l'ISF, nous sommes dans l'investissement, dans la « pause » d'une réduction jamais commencée.

Jusque-là, chacune des nouvelles mesures proposées par le gouvernement Sarkozy coûte cher à l'Etat, et, en réduisant « structurellement » (comme disent les économistes) les recettes possibles (baisse de l'ISF, heures non-imposables, intérêts non-imposables), limite d'autant plus la possiblité d'une réduction future. On attend la croissance, mais même la croissance sera moins rentable qu'auparavant.

Bref: la réduction de la dette sera une raison de ne pas dépenser pour payer des fonctionnaires, mais cette raison ne sera pas appliquée ailleurs. Darcos risque d'être l'un de seuls ministres à ne pas « s'abstraire » au Grand Allègement National.

(Toujours ce rêve de dégraisser... mais regardez ce qu'est devenu Claude Allègre.)