Le coup des 75% a effectivement donné aux journalistes l'occasion de
se livrer à l'une de leurs platitudes préférées, cette fois sous la
forme "Hollande copie Sarkozy".
Nicolas Sarkozy battu à son propre jeu ! En proposant de créer une
tranche supérieure de taxation à 75% des très hauts revenus, François
Hollande a fait du Sarko à sa manière. Voilà le maître
dépassé. Hollande avait si bien décortiqué le "coup d’éclat permanent"
de son adversaire qu’il ne lui restait plus qu’à l’appliquer.
Tant mieux, de toute façon : il ne fallait absolument pas faire une
campagne Jospin 2002 pour espérer battre Sarkozy en 2012.
Ce qui apparaît au fil des semaines dans cette campagne-ci, c'est que
la capacité de Sarkozy de mobiliser les médias et l'opinion tourne en
rond. Depuis cinq ans, nous avons développé des
anticorps. Monsieur Poireau :
Loin d'agir sur nos consciences comme il était prévu, tout cela n'a
bientôt plus été pour nos perceptions qu'une sorte de ronron, un bruit
de fond sans importance. Comme nous éludons parfois d'entendre ce que
nous dit la publicité télévisée, nous nous sommes échappés par
distraction de cette propagnade.
Le candidat-président-candidat paraît incertain, un coup libéral, un
coup xénophobe, un coup peuple. Et il prend les pieds dans le tapis
médiatique.
On dit que Hollande fait du Sarkozy, mais Marine Le Pen y arrive
aussi, ou du moins à faire du Guéant, ce qui est déjà pas mal. Cette
histoire de viande halal sera, je l'espère en tout cas, reconnue un
jour pour la merveille de mysticification et de manipulation que
c'est. Je m'attendais, depuis des années, à ce qu'une "question de
société" visant les musulmans allait déballer sur nos écrans à peu
près maintenant. Je pensais que ce serait peut-être les prières de
rue. Le Très Grand Homme (TGH) parle de la burqa à chaque occasion,
faisant comme si le PS s'était opposé à la loi qui l'interdit. Et puis
non, finalement, ce sera la viande halal, sujet introduit dans la
sphère politique, au hasard d'une émission télé, par #MLP.
Je ne perdrai pas votre temps en exposant la stupidité de la question
(il y a quelques infos ici et bonne mise en pièces républicaine et
laïque par Mélenchon ici). Ce qui est vraiment drôle ou tragique ou
consternant ou tout cela à la fois, c'est comment, sur les
six cerveaux du Président, les quatre les plus droite se sont laissés
abuser par leurs propres méthodes.
La première de Sarkozy est assez logique. À Rungis, il se pose en
défenseur des braves gens qui bossent :
"C'est une polémique qui n'a pas lieu d'être. 200.000 tonnes de viande
sont consommées chaque année en Ile-de-France. 2,5% sont de la viande
casher et halal", explique M. Sarkozy. "Ici, les gens travaillent dur
et se donnent du mal. Il fait les respecter", poursuit le candidat
UMP, en s'engouffrant dans les salles réfrigérées des grossistes en
viande.
Le ver était déjà dans le fruit, pourtant, car qu'est-ce qu'un Très
Grand Homme (TGH) ferait à Rungis à six heures du mat', alors qu'il
pourrait être au chaud avec Carla et la petite ? Sarkozy le
communicant devait voir le potentiel de la thématique : le réflexe
islamophobe, la peur primordiale de l'empoisonnement, le cuit et le
cru… "Pourquoi cet imbécile de Guéant [n']y a-t-il pas pensé avant,
plutôt que de perdre son temps avec la prière de rue, qui n'a toujours
rien donné ?" En revanche, Sarkozy l'énervé croit que tout problème
peut être règlé avec un déplacement présidentiel et des images sur
TF1, et que prendre de la hauteur ne sert à rien. Donc il va à Rungis
pour éteindre le feu, et ce faisant, bien sûr, atteint l'objectif
inverse, jettant de l'huile de dessus. Comme d'habitude. Il doit bien
y avoir un problème avec le halal, si le Président se déplace…
Resultat des courses : le halal se retrouve dans le Programme
Présidentiel, il y aura (si je suis réélu) une nouvelle dimension
spirtuelle dans la boucherie:
La première grande proposition du jour fut « l'étiquetage des viandes
en fonction de la méthode d'abattage ». On était gêné, comme toujours,
quand on voyait l'ancien vainqueur de 2007 sombrer dans la
caricature. « Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu'il
mange, halal ou non ». (C'est Juan qui commente.)
Guéant s'en va avec son bidon d'essence pour parler halal dans les
cantines scolaires, au point que NKM le critique et que Copé trouve le
moyen de le défendre le plus maladroitement possible en le désignant
comme un extrêmiste :
Le député-maire de Meaux a néanmoins défendu le ministre de
l'Intérieur, en estimant qu'il ne fallait "pas non plus caricaturer
les propos" tenus. "C'est très facile de les sortir de leur contexte"
et avancé que "parce que c'est le ministre de l'Intérieur, il a
forcément dit quelque chose de politiquement incorrect".
Bref, les communicants se font communiqués, et on rigole.