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18 juillet 2012

Bruits et bruitages : le nouveau niveau du débat politique à l'UMP

 

Cécile Duflot se fait chahuter à l'Assemblée Nationale à cause d'une robe, alors qu'avant les mêmes désapprouvaient son jean. Bien sûr, c'est du machisme, qui ne prend même plus peine de se déguiser avec quelque grand principe.

Au-delà de la bassesse, il y a la stupidité de la manoeuvre, et c'est là qu'on reconnaît facilement la marque de Jean-François Copé, dont l'originalité profonde émerge peu à peu, sous la forme d'une utilisation savante de la bêtise. Au-delà de cet incident révélateur, donc, une stratégie de communication se met en place.

24 mai 2012

Exploiter la xénophobie

 

L'autre jour je parlais du problème que nous avons aujourd'hui pour communiquer ce pour quoi la xénophobie politique n'est pas acceptable. Jusqu'à la prise de fonction de Nicolas Sarkozy en 2007, il y avait Les repères historique et moraux qui servaient encore récemment pour fonder un consensus qui plaçait le Front National et ses idées dans un hors champ politique. Depuis le fameux "siphonnage" des électeurs du Front National, et la poursuite d'une politique xénophobe censée garder ces électeurs dans le giron de l'UMP, et depuis que Marine Le Pen a mis en sourdine l'antisémitisme et négationisme qui étaient les marques de fabrique de son parti, ce n'est plus une évidence, pour une partie significative des hommes politiques de droite, ainsi que pour une partie signficative de l'électorat, qu'il est repréhensible d'exploiter politiquement et de valider la xénophobie.

22 mai 2012

La religion du pouvoir

 

Ce matin, Jean-François Copé a dit ceci (Source : variae.com) :

« je vais vous dire, je plaide coupable avec regret mais c’est un arbitrage que nous avons eu à rendre et qui était difficile, dès lors que nous avions 317 députés sortants et qu’une bonne part d’entre eux se représentent et ont un ancrage très remarquable sur leur territoire, il était extrêmement difficile de les sacrifier. Voilà pourquoi j’ai pris avec mes amis de l’UMP cette décision qui nous coûtera en termes d’amende, et chacun doit comprendre que dans la période qui est la nôtre, il nous faut absolument avoir le maximum de députés et que cela passe par le poids, l’ancrage local de beaucoup d’entre-nous […] je suis moi un grand militant de la parité, j’ai été l’auteur d’une loi qui avec Marie-Jo Zimmermann prévoit qu’il y ait la parité dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises ».

20 mai 2012

Apprenez la communication politique avec Jean-François

 

La semaine dernière nous avons proposé deux leçons de communication politique à partir d'exemples fournis par ce maître du Verbe et de la Logique, Jean-François Copé. Aujourd'hui nous nous demandons s'il ne faudrait carrément lancer une longue série de billets, tellement l'activité de Monsieur Copé est riche en enseignements pour les communicants débutants.

La semaine dernière, les élèves ont surtout retenu le principe du "c'est celui qui le dit qui y est", ce qui est, certes, un excellent point de départ. La communication copéïste dans sa riche complexité, pourtant, ne saurait en rester là. Nous allons étudier cette fois le principe philosophique des inversions de réalités, qui est présent dans "c'est celui qui le dit qui y est", mais qui a un champ d'application bien plus large.

18 mai 2012

La droite se droitise

 

Repartons de cette citation, de Rioufol, que j'ai mentionnée dans un billet précédent :

En réalité, le scrutin était gagnable, dans une société convertie majoritairement aux valeurs de la droite. Mais deux millions de Français ont préféré voter nul ou blanc, souvent dans le but de sanctionner un président ayant redécouvert trop tardivement son intérêt pour la nation.

Rioufol voit dans la victoire de François Hollande la preuve que la société "se droitise", puisque les gens qui auraient pu voter droite ont préféré voter blanc. La logique est imparable, vous en conviendrez. Seule une victoire de Mélenchon aurait pu signifier un plus radical virage à droite.

Dans le même billet, j'ai essayé de réfuter cette affirmation, elle-même fondée sur la supposition que La Droite puisse réunir le spectre allant des bayroutistes qui ont voté blanc (et non Hollande comme Bayrou) au sarkozysme libéré de la croisade héroïque des quinze derniers jours de sa campagne, en passant par le Front National et la Droite Populaire. La question mérite qu'on y retourne.

16 mai 2012

Copé François-Jean L'envers au monde

 

Petite leçon de communication politique de la droite droitisée prodiguée par Monsieur Sincérité lui-même, le magnifique Jean-François Copé. Aujourd'hui nous allons regarder deux petits exemples survenus récemment qui montrent bien comment il faut s'en prendre à son adversaire politique.

12 mai 2012

Pour choisir La France, il faut choisir Copé ?

2

 
Pire que "Ensemble tout devient possible", pire « Ensemble pour la Majorité présidentielle » (législatives 2007), pire que "Quand l'Europe veut, l'Europe peut" (européennes 2009), pire que «La France change, ma région doit changer aussi» (régionales 2009), pire que "La France forte", le slogan UMP pour les législatives – "Ensemble choisissons la France" annonce bien la couleur de ce qui nous attend pour les années à venir. Comme à l'UMP on ne peut jamais avoir tort, car la défaite de Sarkozy était malgré tout une victoire pour ses idées, une grande victoire pour la droite du fait qu'ils n'ont pas était humiliés totalement, oubliant que le fait même d'être le candidat sortant procure un réel avantage électoral. Normalement.

9 mai 2012

Une majorité UMP-Droite Populaire : quand on y réfléchit, c'est Sarkozy

 
Jean-François Copé, qui n'a aucune difficulté avec les idées du Front National si cela peut servir une campagne présidentielle, ne veut pas du Front National dans des alliances pour les législatives. Il met les points sur les i.
La ligne de l'UMP "est très claire, il n'y aura pas d'alliance électorale ni de discussion avec les dirigeants du Front national" et si localement, certains engagent de telles démarches, "on en tirera toutes les conséquences au niveau national, car ce sera contraire à la ligne de l'UMP", déclare le secrétaire général de l'UMP.
Il y a pourtant la Droite Populaire, sorte de Front National interne à l'UMP. Et à la Droite Populaire, on ne comprend pas cette logique, surtout depuis Marine Le Pen a lâché l'antisémitisme (hors Autriche). Jean-Paul Garraud, député Droite Populaire (Gironde) se demande s'il ne faut pas être "pragmatique" plutôt que de rester "dans les blocages idéologiques".

16 mars 2012

Produit médiatique

Hyperprésidence, omni-président : il est certainement pertinent de voir en Nicolas Sarkozy un symptôme des deséquilibres du Ve République, surtout sa version quinquennassée. Sarkozy estime que son rôle est de "résoudre les problèmes". Mettre les "corps intermédiaires" dans le viseur, c'est un pas de plus vers cette vision de l'Etat où seul le Chef prend les décisions, tout le reste étant une émanation de cette volonté exécutive.

Je ne regarde pas souvent les émissions politiques, mais celle d'hier soir, Des Paroles et des Actes me fait penser que Nicolas Sarkozy n'est pas seulement un produit des dérives de la Constitution, mais aussi celui d'une culture médiatique qui existe en symbiose avec l'idéologie du super-héro, celle de l'Homme Provi-télévisuel.

Hier soir, François Hollande n'était pas à l'aise. Pourtant il avait des réponses à toute les questions, même si la plupart du temps il n'avait pas le temps de développer suffisamment sa pensée. (Et là je ne parle pas encore de la séquence de l'insupportable Jean-François Copé.) Le téléspectateur bienveillant comprenait le réalisme et la mesure de Hollande, mais les "joutes" du plateau politique ressemble de plus en plus à des jeux vidéo où la rapidité du réflexe et l'habilité avec la manette priment sur toutes les autres qualités. Réalisme et mesure passaient pour faiblesse et indécision. La machine n'admet pas que la réalité de l'exercice politique est plus complexe que ce qui peut être exprimé en une phrase de moins de six mots.

La séquence Copé – je ne dis pas "débat", car ce n'en était pas un ; "confrontation" si vous voulez – était proprement pitoyable. Le Monde résume ainsi :

était venu avec – semble-t-il – une stratégie établie : ne pas laisser parler M. Hollande et le pousser dans ses rentranchements. Ce qu'il a fait avec brio, mais au détriment de la compréhension de l'émission. Les deux hommes se sont coupés sans cesse, s'envoyant des chiffres à la figure, dans un brouhaha souvent pénible.

C'est assez généreux de parler de "brio" et de dire que les "deux hommes se sont coupés sans cesse". La stratégie de Copé était effectivement de détruire toute possiblité de "débat", c'est-à-dire utiliser le format de l'émission, en le subvertissant, afin d'arriver à son objectif : débiter les éléments de langage de l'UMP ("indécis", "plaire à tout le monde", "dépensier") et priver François Hollande de trente précieuses minutes de temps d'antenne.

Que Copé ait "réussi" n'est pas tout à fait évident, malgré les félicitations du Très Grand Homme (TGH) ("Mes premiers mots seront d'abord pour dire à Jean-François Copé combien on a été fiers de lui à la télévision"). Bernard Cazeneuve a peut-être raison quand il dit que "Copé s'est blessé avec sa tronçonneuse". Espérons. Toujours est-il que son comportement est révélateur de cette tendance qui devient de plus en plus la marque de l'UMP sarkoyën, cette tendance à tout fonder sur la manipulation médiatique, le coup de comm', l'attitude. (Comment, sinon, en effet conduire une campagne, comme Hollande le disait très bien, "sans bilan et sans programme".) Quand Sarkozy lance "en tant que Président, ça je peux pas l'accepter", le journaliste n'ose pas pousser plus loin pour voir qu'elle foudre divine le TGH déploierait si sa volonté n'est pas respectée. François Hollande, en revanche, explique patiemment, mais s'il était un peu crispé, mais trop patiemment pour les journalistes qui doivent bousculer leur interlocuteur si la réponse définitive à tel ou tel problème complexe n'arrive pas au bout de quatre ou cinq seconds.

Je reste donc avec le regret que François Hollande n'ait pas pu faire la démonstration justement que c'était justement là ce qui le distinguait de son adversaire, ce refus de rester dans l'illusion et la facilité, son refus de masquer la complexité et la difficulté des problèmes, son refus d'entretenir l'illusion de la toute puissance du Président. Pour cela, il aurait fallu plus de quatre seconds, hélas.

5 mars 2012

Halal : LOL

Le coup des 75% a effectivement donné aux journalistes l'occasion de se livrer à l'une de leurs platitudes préférées, cette fois sous la forme "Hollande copie Sarkozy".

Nicolas Sarkozy battu à son propre jeu ! En proposant de créer une tranche supérieure de taxation à 75% des très hauts revenus, François Hollande a fait du Sarko à sa manière. Voilà le maître dépassé. Hollande avait si bien décortiqué le "coup d’éclat permanent" de son adversaire qu’il ne lui restait plus qu’à l’appliquer.

Tant mieux, de toute façon : il ne fallait absolument pas faire une campagne Jospin 2002 pour espérer battre Sarkozy en 2012.

Ce qui apparaît au fil des semaines dans cette campagne-ci, c'est que la capacité de Sarkozy de mobiliser les médias et l'opinion tourne en rond. Depuis cinq ans, nous avons développé des anticorps. Monsieur Poireau :

Loin d'agir sur nos consciences comme il était prévu, tout cela n'a bientôt plus été pour nos perceptions qu'une sorte de ronron, un bruit de fond sans importance. Comme nous éludons parfois d'entendre ce que nous dit la publicité télévisée, nous nous sommes échappés par distraction de cette propagnade.

Le candidat-président-candidat paraît incertain, un coup libéral, un coup xénophobe, un coup peuple. Et il prend les pieds dans le tapis médiatique.

On dit que Hollande fait du Sarkozy, mais Marine Le Pen y arrive aussi, ou du moins à faire du Guéant, ce qui est déjà pas mal. Cette histoire de viande halal sera, je l'espère en tout cas, reconnue un jour pour la merveille de mysticification et de manipulation que c'est. Je m'attendais, depuis des années, à ce qu'une "question de société" visant les musulmans allait déballer sur nos écrans à peu près maintenant. Je pensais que ce serait peut-être les prières de rue. Le Très Grand Homme (TGH) parle de la burqa à chaque occasion, faisant comme si le PS s'était opposé à la loi qui l'interdit. Et puis non, finalement, ce sera la viande halal, sujet introduit dans la sphère politique, au hasard d'une émission télé, par #MLP.

Je ne perdrai pas votre temps en exposant la stupidité de la question (il y a quelques infos ici et bonne mise en pièces républicaine et laïque par Mélenchon ici). Ce qui est vraiment drôle ou tragique ou consternant ou tout cela à la fois, c'est comment, sur les six cerveaux du Président, les quatre les plus droite se sont laissés abuser par leurs propres méthodes.

La première de Sarkozy est assez logique. À Rungis, il se pose en défenseur des braves gens qui bossent :

"C'est une polémique qui n'a pas lieu d'être. 200.000 tonnes de viande sont consommées chaque année en Ile-de-France. 2,5% sont de la viande casher et halal", explique M. Sarkozy. "Ici, les gens travaillent dur et se donnent du mal. Il fait les respecter", poursuit le candidat UMP, en s'engouffrant dans les salles réfrigérées des grossistes en viande.

Le ver était déjà dans le fruit, pourtant, car qu'est-ce qu'un Très Grand Homme (TGH) ferait à Rungis à six heures du mat', alors qu'il pourrait être au chaud avec Carla et la petite ? Sarkozy le communicant devait voir le potentiel de la thématique : le réflexe islamophobe, la peur primordiale de l'empoisonnement, le cuit et le cru… "Pourquoi cet imbécile de Guéant [n']y a-t-il pas pensé avant, plutôt que de perdre son temps avec la prière de rue, qui n'a toujours rien donné ?" En revanche, Sarkozy l'énervé croit que tout problème peut être règlé avec un déplacement présidentiel et des images sur TF1, et que prendre de la hauteur ne sert à rien. Donc il va à Rungis pour éteindre le feu, et ce faisant, bien sûr, atteint l'objectif inverse, jettant de l'huile de dessus. Comme d'habitude. Il doit bien y avoir un problème avec le halal, si le Président se déplace…

Resultat des courses : le halal se retrouve dans le Programme Présidentiel, il y aura (si je suis réélu) une nouvelle dimension spirtuelle dans la boucherie:

La première grande proposition du jour fut « l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage ». On était gêné, comme toujours, quand on voyait l'ancien vainqueur de 2007 sombrer dans la caricature. « Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non ». (C'est Juan qui commente.)

Guéant s'en va avec son bidon d'essence pour parler halal dans les cantines scolaires, au point que NKM le critique et que Copé trouve le moyen de le défendre le plus maladroitement possible en le désignant comme un extrêmiste :

Le député-maire de Meaux a néanmoins défendu le ministre de l'Intérieur, en estimant qu'il ne fallait "pas non plus caricaturer les propos" tenus. "C'est très facile de les sortir de leur contexte" et avancé que "parce que c'est le ministre de l'Intérieur, il a forcément dit quelque chose de politiquement incorrect".

Bref, les communicants se font communiqués, et on rigole.

22 mai 2009

Les deux ans du sarkozysme : une réussite parfaite

Je suis tellement en retard que j'ai presque l'impression d'être en avance. Le deuxième anniversaire de l'élection de l'immense Président de la R., notre Grand Chanoine, anniversaire célébré dans la liesse générale, est passé depuis maintenant quinze jours et je n'en ai dit mot. D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup dit de mots ces derniers temps, mais c'est une autre histoire.

Depuis quinze jours je réfléchis donc à la signification profonde de l'anniversaire de cette grande date, date avec l'histoire bien entendu, l'anniversaire du jour où "un peuple s'est levé" pour se libérer de sa propre protection sociale et de tous les autres conservatismes qui avaient maintenu la France dans une sorte de torpeur médiévale.

La plupart des commentateurs, du moins dans la blogosphère de gauche, mais même au-delà, ont étrangement été assez durs avec le Très Grand Homme (TGH). Juan parlait d'une année boomerang :

Mais surtout, le président a aussi montré combien il pouvait être formidablement contre-productif: ses réformes aggravent les situations qu'elles entendaient améliorer. Heures supplémentaires, bouclier fiscal, pôle emploi, réforme de l'audiovisuel, les exemples sont nombreux de ces réformes-boomerang qui reviennent en pleine figure de ses promoteurs.

Je pourrais en citer plein d'autres. Tout le monde semble penser que le fait que Nicolas Sarkozy bat des records d'impopularité signifie qu'il y aurait un problème quelque part. Le fait que l'optimisme de ce fameux peuple qui en 2007 s'est levé (tôt, sûrement) se soit aujourd'hui transformé en pessimisme avec un brin de mépris pour l'Homme Providentiel d'alors, les commentateurs y voient même... tenez-vous bien... un échec.

Penser ainsi, c'est méconnaître la raison d'être de Nicolas Sarkozy, c'est ignorer le sens profond de sa présidence. Oui, il avait dit qu'il allait transformer la société, travailler pour gagner, chercher la croissance avec ses dents, des Rolex pour tous les quinquas, supprimer le chômage, instaurer l'éthique dans les relations internationales. Il ne fallait pas y faire attention. Le but n'était pas de faire ci ou ça, mais simplement occuper le pouvoir.

Qui n'a pas apprécié la souplesse politique de Jacques Chirac ? Tantôt "fracture sociale", tantôt écologiste, comme ces moulins qui s'ajustent selon l'orientation du vent, Chirac était également maître en l'art du dos rond. Il était tellement bon qu'il se fait rélire contre Le Pen, histoire de détacher complètement son élection de quoi que ce soit de politique.

Sarkozy est pareil : le but est de rester en pouvoir, tout simplement. Et sur ce plan, le TGH n'a aucune raison de rougir devant le bilan de ses deux premières années. Car s'il est très bas dans les sondages, ses adversaires n'en profitent pas. À l'horizon, rien de menaçant. Rien. Tel le yacht de Bolloré, Sarkozy navigue dans le calme.

  • Parti Socialiste Plus faible que jamais. En faisant cause commune avec l'appareil jospiniste du Parti, Sarkozy se protège efficacement de sa rivale de 2007, pourtant la seule figure au PS à bénéficier du moindre aura populaire. Un bon plantage aux européennes et la confusion sera totale et durable.
  • UMP C'était beaucoup plus difficile à réaliser, mais c'est fait. Sarkozy peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles gaullistes. En interne, c'est Jean-François Copé qui incarne on-ne-sait-pas-trop-quoi de non-sarkozyste. C'est pour dire qu'il n'y a pas d'opposition crédible. Villepin, l'ennemi numéro un, reste empêtré dans Clearstream et pour l'instant ne fera pas de mal à une mouche.
  • Bayrou Sarkozy n'a pas à s'en occuper, d'autres le font à sa place. En commençant par le MoDem lui-même.
  • Presse Pas de souci, même si de temps en temps il faut montrer à quelques impertinents qui est le véritable patron de la comm, quitte à faire appel aux armes policières (via Betapolitique) ou judiciaires.

En somme, c'est le triomphe du sarkozysme. Du vrai sarkozysme, pas celui qui sert à se faire élire. Il peut garder la tête haute. Bien joué Monsieur le Président.

29 juin 2008

La France imaginaire

Il n'est même pas nécessaire d'aller chercher des liens pour citer les diatribes de Nicolas Sarkozy et/ou François Fillon contre les trente-cinq heures. Je suis en train de lire la contribution de la Nouvelle gauche alors prenons leurs exemples :

"Les Français travaillent moins que leurs voisins" affirment François Fillon et Nicolas Sarkozy.

On sait pourtant qu'il n'en est rien, que dans les pays bosseurs auxquels on compare la France fainéante, la part du travail à temps partiel fait qu'on travaille même moins qu'ici. Ici (ou plutôt ici)on voit des chiffres de l'OCDE qui donnent, pour 2006, ces fainéants de Français qui travaille 38 heures par semaine, devant les encore plus fainéants Anglais qui n'en font que 36,9.

Quand des grands hommes politiques disent que les Français, avec leurs 35 heures, travaillent moins que les voisins, c'est qu'ils ne parlent pas de tout le monde, mais seulement de ceux qui ont la chance d'avoir un boulot à plein temps. En disant cela, je ne dis rien de nouveau bien sûr. C'est juste le point de départ.

Il y a quelques mois encore, j'aurais parlé de la tendance de notre Très Grand Homme (TGH) à voir la société selon des castes définies en termes moraux. La caste des travailleurs est moralement supérieure aux autres. Celle des grands patrons comme Lagardère et surtout Bolloré est de loin supérieure à celle des travailleurs méritants, et ainsi de suite. Aujourd'hui je suis plutôt indifférent aux déformations de la réalité du TGH. Sa personnalité, ses psychismes, ne m'intéressent plus. Ce qui est en revanche intéressant, significatif, c'est qu'une partie pas du tout négligeable de la population continue à accepter ces fariboles sur le travail et les 35 heures.

Le discours UMP sur les 35 heures fonctionne parce qu'il concerne ce pays imaginaire, cette France typique où tout le monde qui le souhaite travaille au moins la durée légale, cette France de parc d'attraction qui n'a jamais été un pouvoir colonial, où pour règler les problèmes d'intégration il suffit d'empêcher l'arrivée des immigrés, cette France où les classes moyennes gagnent 4000 euros par mois comme l'affirmait l'inimitable Jean-François Copé.

Evidemment, cette France là n'existe pas, du moins pas dans la réalité, mais elle existe bien dans l'imagination des électeurs : c'est une réalité symbolique sur laquelle les statistiques comme celle de l'OCDE n'ont aucune prise. C'est pourtant sur ce terrain qu'il faut trouver les mots pour renverser les images.

14 mai 2008

Constitution : Allez, l'opposition, un peu d'opposition!

La réforme de la constitution sert à quoi?

Hormis le fait de laisser le Narcissiste-de-la-République s'exprimer devant des parlementaires, mesure symbolique qui brouille les pistes institutionnelles mais qui, concrètement, ne change pas grand'chose dans les rapports de forces, il s'agit en somme d'un ensemble de mesurettes.

Comme souvent, l'approche de Sarkozy réunit une mesure phare, parafoudre symbolique comme les tests ADN, destinée à attirer toute l'attention, tout le vacarme, tandis qu'une série de petites mesures, trop techniques pour passer au journal de 20 heures, sont avancées plus ou moins en silence. Vacarme d'un côté, brouillard de l'autre. On ne comprend pas bien à quoi sert cette grande réforme. Voilà ce qu'en l'un de nos députés :

"Nous avons une bonne Constitution, nos compatriotes, si vous les interrogez dans la rue, ne pensent pas du tout qu'il est urgent de changer la Constitution", a-t-il dit, indiquant qu'il "ne voterait pas le texte en l'état".

Qui est ce socialo-communiste enragé, qui ose défier l'orthodoxie sarkozyënne ? C'est l'UMP Hervé de Charette.

L'impertinent UMPiste va même jusqu'à dire :

"Ce qui veut dire que la moitié des articles qui concernent le fonctionnement des institutions sont modifiés, complétés, supprimés, remplacés (...) C'est un changement très important de la Constitution, je ne crois pas que ce soit utile", a-t-il estimé.

Il a particulièrement mis en cause la possibilité pour le chef de l'Etat de venir s'exprimer devant les parlementaires. "Le fait pour le président de venir devant le Parlement ça trouble, ça met du désordre, ça rend confus cet équilibre si complexe et subtil et si intelligent de notre Constitution"

Il y a trois semaines, j'avais salué l'initiative du PS d'exiger, comme préalable à toute discussion sur cette "réforme", une démocratisation profonde des élections sénatoriales, pour rendre cette illustre institution enfin démocratique. (Actuellement, le très grand nombre de communes rurales en France donne un avantage permanent à la droite.) C'était une bonne idée et aurait été un vrai progrès démocratique, dans la mesure où le Sénat sert à quelque chose. Visiblement, ce n'est plus dans l'air du temps, et pourtant le PS continue à afficher une hésitation collective, même quand il s'agit de se montrer décidés:

Quelques instants plus tôt, Arnaud Montebourg, chef de file des députés PS sur la réforme des institutions, avait assuré que les élus socialistes auraient une attitude tranchée : ils ne choisiront pas l'abstention mais voteront «soit pour, soit contre».

Une vraie position de force, un parti vraiment décidé. C'est sûr, on ne s'abstient pas... Quel courage les gars!

La communication gouvernmentale sur cette question est tellement mauvaise que l'on ne voit pas ce qui empêcherait le PS de s'opposer, pour une fois que son vote est absolument nécessaire au Très Grand Homme (TGH). Le seul argument véritable - et je dis véritable non pas parce qu'il est fondé ou juste, mais seulement parce qu'il est audible -, et une modernisation des institutions. Ainsi, même Jean-François Copé est capable de formuler parfaitement la défense de la "réforme" :

«Je m'interroge pour savoir si, en réalité, les socialistes ne sont pas, à la faveur de ce week-end de Pentecôte, repris par leurs vieux démons en s'opposant à tout, avec force [...]. Je regrette un peu de voir, mais peut-être que je me trompe, les socialistes s' acheminer vers une position dure» (Libé, toujours le même article.)

Il s'interroge, le Copé. Parce que le PS ne voudrait pas avoir l'air une position dure. Ce serait intenable, tellement pas dans les usages...

Le sarkozysme ne supporte pas la contradiction, et souvent intègre timidement les objections prévisibles dans ses propositions. Ainsi, même si on est un présidentialiste convaincu, genre Balladur ou Lang, la "réforme" proposée paraît tiède, confuse et peu efficace. (Voir ce très bon billet sur un blog Mediapart.) Pas grand'chose de véritablement neuf, de tranché, et pourtant une modification très importante. Hervé de C., encore une fois :

"Ce qui veut dire que la moitié des articles qui concernent le fonctionnement des institutions sont modifiés, complétés, supprimés, remplacés (...) C'est un changement très important de la Constitution, je ne crois pas que ce soit utile", a-t-il estimé.

Donc, quand on est à gauche et que son vote est nécessaire pour passer cette modification de la constitution, pourquoi entre-t-on dans cette danse ? Le PS n'est pas pour une présidentialisation de la Ve République. Cela devrait suffire comme argument pour s'opposer. Cela devrait être évident. Cela devrait enlever toutes les inhibitions, la peur de paraître toujours contre, pas branché. Il suffit de dire des trucs bêtes, genre "Non à la Constitution bling-bling!". "Un an de présidentialisation, ça suffit déjà!". "La constitution n'est pas un Breitling." "Non à la constitution vanité!".

Et ainsi de suite...