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29 septembre 2012

Le pour et le contre

 

Depuis quelques jours et quelques billets, j'essaie de me positionner par rapport aux perspectives offertes par le hollandisme naissant, et surtout celle de ce TSCG qui se profile. Le problème, c'est ce que, comme dirait Zuckerberg, "c'est compliqué".

Tentative de tout démêler.

(Note aux lecteurs non-blogueurs : quand je n'écris pas, je peux avoir des idées très floues sur toutes ces questions ; c'est seulement quand il faut commencer aligner des mots et des arguments que les choses se précisent dans mon esprit, fût-ce provisoirement. C'est une grosse partie de l'intérêt du bloggage. Au risque de paraître comme un vieux grincheux, le tweet, parcellaire par essence, ne provoque pas le même processus.)

24 septembre 2012

Navire

C'est rare que je mette des images ici, mais celle-ci me plaît bien.

Le pétrolier, c'est le Seawise Giant ou Knock Nevis, l'un des plus gros bateaux jamais construits. Il déplaçait plus de 600.000 tonnes et pouvait contenir 550.000 tonnes de brut. Pointé vers le ciel, il aurait dépassé l'Empire State Building. Il était tellement gros qu'il ne pouvait pas passer la Manche.

Lancé à sa vitesse maximale, il fallait presque 9 kilomètres pour l'arrêter. Pour faire demi-tour, il faisait une boucle de 3 kilomètres.

Une campagne présidentielle va vite. Marketing événementiel. Après, l'État, c'est du lourd. Changer de cap n'est pas facile. Encore faut-il en avoir envie, avoir une idée claire de la nouvelle direction une fois qu'on aurait pris son courage à deux mains pour donner un coup de gouvernail.

Tout cela semble manquer pour l'instant. Dans un prochain billet qui est déjà en chantier, j'essaierai de mettre un point ou deux sur certains des "i". En version 140 caractères (environ), je dirai seulement que ce n'est pas la personalité ou la compétence de Hollande qui est en cause, mais une dérive de la gauche bien au-delà d'un seul bonhomme.

23 juillet 2012

Le non-cumul fait-il perdre des élections ?

 

Réponse rapide : on ne sait pas, personne n'a jamais essayé.

Pourtant, c'est une inquiétude réelle, dans la classe politique : François Patriat, sénateur (Côte-d'Or) et Président de Conseil Régional de Bourgogne, voit un danger :

"La droite souhaite reconquérir le pouvoir grâce aux municipales. Alors, ce n'est pas le moment de retirer tous nos élus compétents. Ca serait se tirer une balle dans le pied!"

Finalement, c'est pratique : quand un homme politique est dans l'opposition, il est contre le cumul, ou du moins il ne dit rien ; quand son parti est au pouvoir, son sens du devoir le pousse à changer d'avis, pour protéger sa majorité. Je caricature un peu, car les sénateurs PS n'ont jamais été de féroces critiques du cumul.

Nous ne sommes plus sur le plan des grands principes démocratiques, comme avec Gérard Collomb (sénateur, maire, président de communauté urbaine), hier, mais plutôt dans les tranchées et l'esprit collectif.

21 juillet 2012

Boulette transparente

 

Les détails sont importants, mais l'image publique les ignore, et la politique oblige à prendre en cet écart. Qu'est-ce qui s'est passé avec l'amendement proposé par Charles de Courson, député centriste ayant navigué, depuis 2007, entre Bayrou, le Nouveau Centre et Sarkozy ?

La fin de l'épisode est désormais bien connue :

La proposition de l'élu de la Marne n'a guère soulevé l'enthousiasme de ses collègues : l'amendement n'a obtenu que trois votes favorables sur une vingtaine de députés présents en commission.

Et le resultat fut l'expression de beaucoup saine colère, de tous bords d'ailleurs. Par exemple, sur Atlantico :

Une erreur parce qu’une représentation nationale qui ne fait pas corps avec le peuple qui l’a élue, qui n’en partage ni les efforts ni les épreuves, est une représentation nationale sans aucune légitimité. Au moment où chacun sent bien qu’il faut « prendre sur soi », l’écoeurant spectacle de ces petits marquis qui refusent de se soumettre aux rigueurs qu’ils imposent au peuple français n’est pas admissible, et sape pour longtemps le droit de cette assemblée à parler en notre nom.

Par exemple…

Pendant le Président de la République et le gouvernement se font critiquer parce qu'ils ne voyagent pas en avion, la mesquinerie de la Commission des Finances n'a pas bon effet.

15 juillet 2012

L'unique chance pour mettre fin au cumul des mandats

 

Hier, lors de son entretien télévisé, François Hollande a annoncé qu'il confiait à Lionel Jospin une commission sur "la moralisation et la rénovation de la vie politique". Jospin n'aurait pas été mon premier choix, ni même dans mon Top 10, pour ce travail. Son rôle dans l'affaire Falorni ("On a beaucoup trop parlé de la 1re circonscription de Charente-Maritime") est plus une question de feuilleton ; en revanche, le quinquennat qu'il nous à légué ne témoigne pas en sa faveur pour une réflexion sur la modernisation de la démocratie.

Certes, Jospin, oui, bof.

Ce qui est paradoxalement rassurant, c'est que pour la mesure la plus importante, la personalité du président de la commission importe peu. Car la mesure la plus importante est aussi la plus simple : le non-cumul des mandats. Toute tentative de rendre plus compliqué, subtile, moderne, technique le passage du cumul généralisé au non-cumul ne sera qu'un affaiblissement du principe.

12 juillet 2012

Blogs de gauche : un contre-pouvoir quand même ?

 

Ou plutôt contre-média.

Récemment, j'ai rencontré, en chair et en os, Marc Vasseur, que connais depuis cinq ans, virtuellement, comme tous mes amis blogueurs. C'était la première fois que je serre la main à une personne que je connais grâce à la blogosphère. C'était la confirmation que les amitiés virtuelles ne sont pas, en fait, virtuelles, du moins quand il s'agit de gens qui s'engagent dans l'écriture et la durée.

En tout cas, l'un des sujets que nous avons abordés, c'était celle de la raison d'être du blog de gauche, dès lors qu'il n'y a plus un pouvoir de droite à combattre. Bien sûr, personne ne sait quel est le véritable poids des blogs à l'intérieur du grand jeu de la démocratie : quelque part entre "aucun" et "on ne sait pas". Je finis par conclure qu'en l'état actuel les blogs (et leurs blogueurs) ne constituent pas une force politique, mais sont plutôt un média, et c'est pour cette raison que les politiques et les médias ne peuvent pas nous ignorer, et sans pour autant nous reconnaître quoi que ce soit. On finit même par se rendre compte que les "réseaux sociaux" finissent par alimenter les blogs, ou s'alimenter avec le contenu des blogs.

Admettons donc que cela sert à quelque chose d'avoir une blogosphère. Ce n'est pas si fantaisiste : le fait que sommes lus, parfois courtisés ou exploités laisse quand même penser que tout ce bruit aboutit quelque part.

3 juillet 2012

Je suis socialo-traître et j'aime ça

 

À vrai dire, je ne suis pas socialiste : je n'ai jamais pris ma carte au P"S". Je suis juste socialo-traître sympathisant, pire encore que les socialo-traîtres encartés, car même pas engagé corps et âme pour Laurent, Dominique ou Martine.

Quelques jours après le second tour des législatives, ou quelques heures peut-être, je ne me souviens plus, j'ai eu deux pensées successives.

  • D'abord je me suis dit : "ça y est, la droite est défaite, maintenant on va passer notre temps à se disputer avec les Front de Gauche".
  • Un peu plus tard, je me suis dit : "ça y est, le pouvoir est assuré pour cinq ans, on va revenir à l'occupation habituelle d'un blog de gauche, c'est-à-dire qu'on va tirer le PS."

20 juin 2012

Une majorité normale : est-ce possible ?

 

Les commentateurs étaient unanime pour dire que l'affaire du tweet de Valérie Trierweiller était le premier faux pas du mandat de François Hollande, et la première entorse à la "présidence normale", cette présidence. Nous l'avons dit aussi, à peu près : les médias ont besoin d'histoires faciles à raconter, la tentation médiatique, la tentation du buzz, celle d'être sur le devant de la scène, est trop forte, pour les médias, les journalistes comme pour les hommes et femmes politiques. François Hollande a été, jusqu'à présent, exemplaire, hormis bien sûr un gravissime dépassement de vitesse sur l'autoroute entre Paris et Caen. Devant la tentation du raccourci qui passe par la personalité, le glamour, l'individu plutôt que la fonction, il faut, pour rester "normal".

13 juin 2012

Du ségolénisme

 

Ceci est un billet que je projetais d'écrire depuis longtemps, mais le moment ne se présentait. Il faudrait de meilleurs exemples et citations, mais si je me mets de telles exigences, le billet ne sera jamais écrit. Ce sera un peu impressioniste. Tant pis. Voilà, je me lance.

Au lendemain de sa défaite en 2007, et avant aussi, il y avait des cris pour dire que Ségolène Royal était à droite, pas vraiment à gauche. On pensait au drapeau, à l'encadrement militaire des jeunes délinquants. (La gauche n'était prête pour "l'ordre juste" qui a finalement réussi pour François Hollande.) À d'autres moments, on l'entendait dénoncer les dérives de la finance, la vie chère, telle une vraie camarade gauchiste. Elle est reconnue comme l'un des seuls responsables socialistes à être acclamée dans les quartiers populaires.

Royal pouvait paraître flottante dans ses prises de position qui ne cadraient pas avec les marques habituelles d'un emplacement dans l'offre des idées politiques. À y réfléchir, on peut comprendre cependant le ségolénisme en trois points.

11 juin 2012

Mélenchon, l'échec d'un discours

 

Les commentaires se multiplient sur la défaite de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont. Prenons par exemple Laurent Joffrin :

Son aventure reposait sur un postulat : pour ramener à gauche les classes populaires détournées par le vote FN ou l’abstention, il fallait radicaliser le langage, la tactique et le programme. […] il fallait en tout point déclarer la guerre au réformisme. Pour séduire les ouvriers déçus par la gauche, il fallait être beaucoup plus à gauche. C’est ce raisonnement, plus que le candidat Mélenchon, qui a échoué à Hénin-Beaumont.

Sur ce point, je suis d'accord : on a trop souvent expliqué le passage d'une partie du vote populaire de la gauche à l'extrême droite par le positionnement trop timide du Parti Socialiste. Comme si les "prolétaires" étaient naturellement à gauche, voire à l'extrême gauche, et qu'il suffisait de poser son filet au bon endroit pour les ramasser. Le double échec de Mélenchon montre que ce n'est pas le cas. Le discours traditionnel de la gauche révolutionnaire ne prend plus, en dehors du peuple de gauche, cette petite dizaine de pour cent des électeurs très politisés, qui restent fidèles à la radicalité communiste ou trotskyste.

16 mai 2012

Copé François-Jean L'envers au monde

 

Petite leçon de communication politique de la droite droitisée prodiguée par Monsieur Sincérité lui-même, le magnifique Jean-François Copé. Aujourd'hui nous allons regarder deux petits exemples survenus récemment qui montrent bien comment il faut s'en prendre à son adversaire politique.

25 avril 2012

Les électeurs du Front National et la gauche

Depuis longtemps, sur ce blog, je fustige la xénophobie et son exploitation par le pouvoir sarkozyste. Puisque je parlais de Sarkozy, de l'UMP, d'Hortefeux, Besson et Guéant, et surtout de la communication et des idées, je ne me suis pas préoccupé de ceux qui vote réellement pour Marine Le Pen. Ce qui m'interessait, c'était la responsabilité des responsables politiques qui exploitaient certains sentiments.

Et avant de commencer, il faut savoir que je crois beaucoup à la dimension pédagogique des discours politiques. Sarkozy et Le Pen ne s'alignent pas sur une xénophobie qui est simplement là déjà ; ils apprennent à leurs électeurs à être xénophobes, à comprendre l'ensemble des questions sociales et économiques à travers la lentille de l'islamophobie, qui a remplacé l'antisémitisme dans les rouages du populisme de droite.

Cela ne veut pas le racisme et la peur de l'autre n'existeraient pas sans Sarkozy et la famille Le Pen. Le rôle est de valider, d'encourager ce sentiment, de le nourrir et d'enrichir son application à une vision du monde. Ainsi va le trafic des raccourcis habituel : insécurité ? immigation ; chômage ? immigration ; déficits ? immigration ; Europe ? fermer les frontières (ou sortir de l'euro). Tous les bouleversements des vingt dernières années -- mondialisation, désindustrialisation, deuil des Trente Glorieuses -- sont remplacés dans ces représentations par un équivalent en carton-pâte où tout tourne autour de la figure de l'immigré et la nostalgie d'un passé d'avant la décolonialisation. (Car, comme je l'ai dit tant fois déjà, "l'immigré" qu'on voudrait empêcher de penétrer dans l'espace Schengen, est en fait ce Français dont les grand-parents sont nés au Maghreb.)

Mais les électeurs eux-mêmes ? Et Hollande et le PS, que doivent-ils faire devant ce 19% ? Aujourd'hui Marc Vasseur touittait ceci :

à la louche FN : 1/3 fachos (un peu moins je pense) 1/3 réac droitards 1/3 déclassement/oublié (un peu plus)

Cela me paraît assez raisonnable. (Voir aussi ZeRedac.) Ce qui voudrait dire que la différence entre un FN à 12% et un FN 19%, c'est ce gros tiers qui, si tout était transparent et logique, ne serait pas à sa place chez Le Pen.

La démarche de Hollande me semble parfaitement claire et justifée à cet égard :

Sur l'immigration, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je m’adresse à ceux qui ont fait le choix et qui l'ont fait par colère, par frustration, souvent des ouvriers, des employés, à ceux qui connaissent le chômage. Et quand vous regardez une carte sur le vote FN et une sur le chômage, vous avez parfois coïncidence. Je ne dois pas les laisser de côté.

Mais le message peut-il passer ? C'est là que revient le problème "pédagogique". Hollande a beau dire : si on combat la précarité, vous allez être mieux, vous aurez moins peur de l'Islam. Celui qui a ainsi succombé aux mystifications du Front National ne peut plus comprendre les choses ainsi, et ne croit pas de toute façon à la capacité des instances politiques de résoudre ses problèmes concrets. Reste donc l'immigré comme "problème" fantasmatique, dans une immédiateté qui prend le dessus sur les subtilités de la macroéconomie.

Il y a donc un effort à faire envers ceux que Marc désigne par "déclassement/oubliés", un effort de communication, certes, mais c'est seulement sur le long terme. L'État Français et le Front National, ensemble, font leur propre "pédagogie" depuis cinq ou dix ans, pour le premier, et des décénnies pour le second. Il sera difficile d'effacer cela rapidement.

Pour la droite (ancienne droite républicaine), les choses sont plus compliquées encore, ce que montre le très fort rejet de Nicolas Sarkozy, justement chez les électeurs de l'extrême droite. On parle de 44% seulement de report de voix en faveur de ce dernier. C'est faible. Le succès de Sarkozy en 2007 était fondé dans l'illusion qui consiste à faire croire que les défenseurs du grand capital vont améliorer la vie des déclassés simplement en chassant les Arabes. La dérive actuelle du chef de l'État montre que pour maintenir l'illusion, il doit aller de plus en plus loin dans le sens de la xénophobie. Comme un héroïnomane qui sans cesse besoin d'augmenter sa dose. Chantons avec Carla : tu es ma came….

29 mai 2011

Retour sur Terra

Au risque d'aller contre la quasi-totalité de la classe politique et l'intégralité de la blogosphère, je vais dire du bien du fameux rapport Terra Nova sur les classes populaires. Pourtant, je suis loin d'être un fan de Terra Nova.

Au lancement du think tank, je me souviens de l'un des responsables en train d'expliquer qu'ils allaient travailler trouver des solutions, dossier par dossier. À la fin il faudrait trouver un slogan pour les résumer. C'est la concrétisation de l'une des plus grandes faiblesses de la mentalité PS, à savoir cette conviction qu'il suffit, pour convaincre et pour gagner des élections, d'avoir raison sur les dossiers. C'est la religion de la démocratie technocratique, la foi que la science va se traduire par une adhésion populaire. Ensuite, quand Sarkozy l'emporte avec "travailler plus pour gagner plus" et "tous propriétaires de vos HLM", ou leurs équivalents pour 2012.

Pire encore, le rapport en question semble valider l'abandon effectif par le PS, depuis au moins 2002, de l'électorat populaire. (J'en ai déjà parlé en mars.) Ainsi, donner l'impression, comme le dit Marc Vasseur, d'"abandonner les classes populaires" est une erreur de communication monumentale qui en plus arrivait peu de temps après l'épisode Porsche de DSK qui avait gravement atteint l'image du directeur du FMI.

En somme, je ne suis pas spécialement fan de Terra Nova et rien ne me prédispose à être conciliant avec leur rapport.

Et pourtant, je pense que, sur le fond, nous avons tort de critiquer ce rapport, même si, niveau comm', c'est très moyen.

Tout d'abord, il y a une confusion dans la quasi-totalité (il y a des exceptions) des réactions, entre vote ouvrier et vote populaire. Si je puis résumer le propos du rapport, c'est ça : le vote populaire n'est plus le vote ouvrier ; l'ouvrier et sa situation, son rapport au travail et au capital, ont servi pendant plus d'un siècle comme socle de l'imaginaire politique de la gauche, à tel point que, quand on dit : le PS ne peut plus courrir après le vote ouvrier, on entend, tout naturellement, le vote populaire. Puisque Terra Nova est visiblement un truc de bo-bos, il n'est pas difficile de voir dans le rapport une sorte de consécration du bo-bo comme électeur type.

Sans les compétences nécessaires, je ne peux pas évaluer toute la démarche du rapport. Philippe Cohen, par exemple, insiste au contraire que le petit salarié rejoignent de fait l'ouvrier, préservant ainsi l'identité d'une classe ouvrière/populaire à l'ancienne :

dès lors que le salaire de l’employé se confond avec celui de l’ouvrier, et il n’y a plus lieu de distinguer ces deux catégories dans une perspective sociale, politique ou électorale. Du coup, loin d'être affaiblie, la classe ouvrière sort au contraire renforcée de cette évolution économique.

Mon sur-moi marxiste me souffle à l'oreillette que ces deux catégories ne peuvent pas tout à fait se rejoindre, tant les rapports de forces (positionnement vis-à-vis du Kapital et du travail, structure du marché du travail, cultures) qui déterminent leurs situations sont différents.

Ainsi, le rapport Terra Nova me semble assez convaincant avec des développements comme celui-ci :

L’explication passe sans doute par l’absence de toute incarnation politique de cette population dans le discours de gauche. La gauche est ouvriériste : quand elle s’adresse aux travailleurs populaires, elle fait référence à l’ouvrier du XXème siècle. Son imaginaire est celui du travailleur industriel à la chaîne : homme, syndiqué, porteur historiquement de la fierté de la classe ouvrière. Elle ne parle pas de l’ouvrier du tertiaire, qui ne bénéficie plus du collectif de classe à l’usine, et encore moins de l’employé : femme, souvent seule avec un enfant à charge, désyndicalisée et sans identité historique de classe, précarisée le plus souvent (temps partiel subi). (Page 49)

Ce paragraphe explique aussi comment le PS peut avoir autant de succès dans les élections municipales, où la question des crèches par exemple peut être centrale pour justement ces employées qui, sur le plan national, ne trouve rien de particulier pour elles dans le message global du PS. Dans le programme du PS il y aura, bien entendu, des mesures qui concernent l'école et l'emploi, mais on peut se demander si l'ensemble est ficelé pour attirer de ces ouvrières du tertiaire.

Le modèle de l'ouvrier comme socle de l'imagerie de gauche peut également conduire à cette situation paradoxale où la seule façon d'aider les ouvriers en empêchant les délocalisation, c'est d'entrer dans ce jeu de séduction avec les très grandes entreprises, ce qui aboutit à un socialisme de l'entreprise où le PS perd sa différence avec la droite. Depuis que « l'État ne peut pas tout », courir après les entreprises est devenue une nécessité, mais je parle là du symbolisme politique.

Et c'est là où l'on rejoint l'un de mes thèmes préférés quand j'essaie d'imaginer un meilleur socialisme : le fractionnement du pouvoir économique et politique. Ce billet est déjà trop long, mais je voudrais au moins suggérer que la prise en compte du nouveau visage de l'électorat pourrait être le point de départ d'un socialisme fondé sur un fractionnement du pouvoir politique et économique, plutôt que sur une consolidation productiviste. J'y reviendrai.

27 mai 2011

Unité 2012, vos conditions

Hier, les amis gaucho-blogueurs ont lancé leur appel, Unité 2012, afin de pousser les partis de gauche à se mettre d'accord sur un candidat unique au premier tour de la présidentielle.

Marc Vasseur, un réaliste, a des réserves sur l'efficacité de cette initiative, et on comprend : nos chers hommes politiques ont déjà du mal à se mettre d'accord sur des questions mineures, on se demande d'où pourrait venir l'inspiration ou la pression nécessaires pour les pousser à un tel sacrifice. Surtout, Marc souligne le fait que l'appel ne donne pas de détails sur comment on va arriver à un tel résultat.

D'autres ont surtout souligné le fait qu'une candidature unique à gauche revient à supprimer celles des petits parti en faveur du PS, avec l'appauvrissement du débat démocratique habituel. Je comprends cette objection (et je mettrais un lien mais je ne retrouve pas le billet), même si depuis 2002 je considère que le premier tour ne doit pas être utilisé pour servir des petits intérêts entre les partis.

Quand on a un gros problème, parfois il est utile de le diviser en sous problèmes. Voici donc ma proposition. Nous devons inviter chaque parti (ou, à défaut, ses blogueurs) à répondre à la question suivante :

À quelles conditions votre formation politique accepterait-elle de renoncer à présenter une candidature à l'élection présidentielle ?

Tout peut être sur la table bien sûr : programme, postes, ministères etc. Et le PS doit répondre aussi !

26 mai 2011

En 2012, le second tour se passe au premier tour (Unité 2012)

Les amis ont lancé un très bel appel, une belle lettre, et ils ont raison. C'est ici mais je la recopie également, puisque c'est comme ça que ça se fait :

Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011

Chers camarades,

Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter l’élection présidentielle de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.

Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.

Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de coeur » au premier tour. Mais c’est comme ça.

Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.

Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?

Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?

Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.

Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.

D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.

Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. N’attendez pas.

Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !

Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 mots, Cycee : bahbycc, Dominique Darcy : dominiquedarcy, Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël : De tout et de rien, Jean-Claude : Slovar – Les nouvelles, Jean Renaud Roy : @jr_roy, Jon : @blogiboulga, Juan : SarkoFrance, Jules Praxis : @jules_praxis, Le Coucou : Le coucou de Claviers, Melclalex : A Perdre la raison, MrsClooney : La femme de George (s) , Nicolas : Partageons mon avis, Nicolas : La rénovitude, Nicolas Cadène : Débat socialiste, Richard Trois : Richardtrois, Rimbus : Rimbus le Blog, Romain Pigenel : Variae, Ronald : Intox2007, Jacques Rosselin : @rosselin, Seb Musset : Les jours et l’ennui de… , Stef : Une autre vie, Sylvie Stefani : Trublyonne, Valérie de Saint-Do : Microcassandre, Vogelsong : Piratages, Yann Savidan Carnet de notes de…, Zeyesnidzeno : La France a peur

Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez (députés, maires, sénateurs, responsables de parti, etc). N’hésitez pas à nous envoyer leur réponse. Vous pouvez pour commencer retrouver les mails de vos députés en cliquant ici. Et faites tourner !

19 mai 2011

Il faut oublier Dominique Strauss-Kahn (pour le moment)

L'autre jour je disais :

Espérons aussi que l'on puisse parler d'autre chose que le soap-opera new-yorkais pendant les mois à venir. Si j'étais Sarkozy et si je contrôlais les médias, je m'assurerais que l'on ne perde pas une miette de cette histoire de fesses.

Si cette affaire peut rendre service à Nicolas Sarkozy, c'est, au-delà de la question morale (mais allez voir ce billet d'Olivier Bonnet…), la possibilité de noyer un éventuel message socialiste dans une saga interminable qui, grâce à sa dimension sexuelle et la proximité avec certaines séries policières, a tout pour retenir l'attention des téléspectateurs. DSK plus des élucubrations xénophobes et identitaires et on aura de la chance si plus de 50% de la population aura retenu le nom et le prénom du candidat de la gauche.

Bien sûr, ce scandale ne va pas disparaître dans les semaines et les mois à venir. Qu'est-ce que le PS peut faire, alors ? C'est délicat, mais il me semble que la consigne minimale, pour les dirigeants et les responsables du parti, et de la gauche en général, doit être de s'en mêler le moins possible. Oublions DSK.

Dans un très bon billet (mais avec lequel je ne suis pas d'accord tout à fait), Romain insiste sur le fait qu'il faut éviter de le lâcher :

Le troisième point est justement de se rappeler les termes de fraternité et de camaraderie, si on leur prête encore un sens. J’ai vécu de près, dans l’histoire récente, le lâchage par son parti d’un camarade pourtant innocenté au bout du compte – je n’ai pas envie de voir cela une seconde fois. Les premières heures, les premiers jours sont cruciaux pour déterminer l’ambiance générale de la presse et de l’opinion : c’est maintenant qu’il faut faire bloc, serrer les coudes et rappeler sans nuance et publiquement le principe de présomption d’innocence. Sans finasser, sans en profiter pour donner des leçons de morale et disserter sur l’horreur du viol (qui en doute ?). Un silence gêné ou la profusion de qualificatifs ambigus, comme le coup de tonnerre de Martine Aubry, donneraient par ailleurs un bien mauvais signal à nos concitoyens, qui doutent toujours de l’unité réelle du parti socialiste. L’heure n’est pas aux calculs, ni aux stratégies à 1000 bandes, ni au colportage de ragots douteux pour faire parler de sa candidature aux primaires.

Moi non plus je n'aurais pas cru nécessaire de rappeler l'horreur du viol, mais les évenements et les déclarations de certains socialistes et sympathisants ont prouver le contraire, comme je le disais hier. Sur les questions de communication, oui, c'est délicat, mais le PS ne peut pas laisser les soucis de DSK remplacer ses arguments politiques et absorber toute son énergie communicationnelle qui, comme on sait, n'est pas si abondante même par beau temps. Strauss-Kahn doit redevenir un homme, simplement, qui a ou qui n'a pas commis un crime violent dans une chambre d'hôtel. DSK, la figure politique, le porte-drapeau de la gauche, le projet de l'appareil depuis peut-être le congrès de Reims, celui qui porter sur ses épaules tous les espoirs des siens, ce symbole-là, il va falloir s'en passer. Il va falloir faire comme s'il n'existait plus. On le met sur « pause » en attendant le sort de l'autre, de ce n° 09132366L, un certain Dominique S.-K., yeux marrons, etc., qui a fait, ou qui n'a pas fait.

Nicolas J. suggère d'annuler les primaires socialistes. Je pense qu'au contraire il en faut, justement pour changer de sujet et justement pour signifier l'effacement, à ce stade, de Strauss-Kahn : nous avons préparé des primaires mais il n'a pas envoyé son dossier d'inscription à temps.

Mais surtout, chers responsables qui ne me lisent pas, il faut arrêter avec les complots (oui, Claude B., je pense à vous là) et avec les pitoyables appels en faveur d'une intervention présidentielle (oui, Harlem D., je pense à vous là). Justement, le PS ne peut rien faire pour aider Strauss-Kahn, il est même urgent de ne rien faire, de s'en détacher, sans le « lâcher » en le condamnant avant la justice, mais surtout en empêchant le PS de se perdre dans la tempête médiatique qui risque d'être très long.

17 mai 2011

Post-DSK

Deux choses sur la fin (avant le début) de la candidature de Strauss-Kahn :

  1. Une aubaine pour… le centre.
  2. Le PS devra s'éloigner rapidement de Strauss-Kahn si son procès s'enlise et s'il est jugé coupable.

Pour ce qui est du centre en 2012, ce n'est pas un scoop, mais c'est important. Nous risquons d'avoir un hybride étrange entre 2002 et 2007 : 2007, sauf que le FN prend aussi 20% et s'impose au second tour. Avec Sarkozy affaibli par son bilan et par Marine Le Pen, un candidat centriste peut espérer s'imposer devant lui et devant un candidat PS affaibli par des divisions à gauche (candidat écologiste, Front de Gauche ; il ne manque plus que Chévenement et Taubira).

Autrement dit : François Hollande a beau remonter dans les sondages, il ne sera pas la réincarnation de DSK, et son emprise sur l'ensemble de la gauche et du centre sera beaucoup plus contestable. Si les centristes arrivent à se mettre d'accord sur un candidat, ce qui n'est pas évident, celui-ci sera très dangereux pour la gauche. Et s'ils restent divisés, ils peuvent grignoter des voix au candidat PS et/ou de gauche, voix qui seront peut-être nécessaires pour passer devant Sarkozy ou Le Pen.

Sur le plan rhétorique et symbolique, il va être important, aussi crucial que difficile, pour le PS de prendre ses distances avec DSK. Si ses embrouilles judiciaires se prolongent sans donner de réponse définitive, le PS va être de plus en plus embarassé, va vouloir montrer sa solidarité avec le pauvre Dominique et va être de plus en plus embêté d'avoir l'air de défendre quelqu'un qui paraîtra comme coupable aux yeux du public.

15 mai 2011

DSK, NYC

Nous ne savons pas grand'chose de concret sur la réalité de l'affaire. Je n'avais pas envie de m'occuper des querelles entre prétendants socialistes ici et donc n'avait pas d'avis tranché sur la candidature de Strauss-Kahn, même si son jospinisme pro-entreprise n'est pas tout à fait ma tasse de thé. L'essentiel reste la défaite de cet autre « sauteur » (comme le disait son ex-femme), Nicolas Sarkozy.

Il paraît probable que Strauss-Kahn va devoir renoncer à sa candidature. Malgré mes réserves sur lui, cela risque d'affaiblir un peu plus la gauche, en apportant un peu plus de désordre. L'ombre d'un DSK absent planera au-dessus des prétendants socialistes qui ne pourront plus se mesurer contre celui qui devait tout gagner facilement.

Quoique… parfois le désordre peut faire avancer les choses. Juan est assez optimiste :

Si DSK est effectivement disqualifié, il n’est pas sûr que cela profite à Nicolas Sarkozy. La campagne sera « normale« . Et Sarkozy n’a plus, à l’heure actuelle, de se positionner en candidat de la rupture contre la normalité.

En tout cas, les événements à New-York vont permettre de clarifier rapidement les choses. La candidature fantôme de Strauss-Kahn, ainsi que sa puissance sondagière, étouffe le débat à gauche, et fait perdre du temps. Il va y avoir du désordre : toute l'énergie des supporters de Strauss-Kahn va devoir aller quelque part ; les non-strauss-kahniens vont s'y croire désormais, cela va attirer l'attention des téléspectateurs. Espérons que ce ne sera pas seulement de la confusion, mais que les idées et les arguments vont aller quelque part.

Espérons aussi que l'on puisse parler d'autre chose que le soap-opera new-yorkais pendant les mois à venir. Si j'étais Sarkozy et si je contrôlais les médias, je m'assurerais que l'on ne perde pas une miette de cette histoire de fesses.

28 avril 2011

Ma campagne (2) - Fret (1)

J'ai commencé une série de billets pour détailler ce qui serait pour moi un bon programme de gauche pour 2012. Le programme s'appelle « Les énergies de la France » et il est axé autour de l'écologie, la décentralisation et le fractionnement du pouvoir, à la suite des « gauchitudes » que j'avais proposées il y a deux ans.

Je voudrais parler du fret (un blogueur n'est pas obligé de présenter son programme dans un ordre alléchant), du transport ferroviaire des marchandises. C'est un sujet qui me tracasse depuis les années Jospin : la gauche avait le pouvoir, il y avait une ministre Vert et un ministre des transports communiste. C'était, me semblait-il, le moment idéal pour créer une politique du fret qui arrangeait à la fois les cheminots, peuple de gauche s'il en est, et les écologistes. Évidemment il n'en était rien, et depuis j'attends.

Pour mon programme, je pensais ne faire qu'un seul billet sur le fret, mais je vois que je vais être obligé de faire un ou plusieurs détours pour y arriver. Commençons donc par les PME et la désindustrialisation de la France. L'idée de fractionner le pouvoir économique et politique est une façon de s'adapter à un monde plus complexe, moins centralisé que celui de papa et maman (ou papy et mamie) pendant les trente glorieuses, quand la fumée montait des cheminées des usines et le modèle social français marchait à fond.

Aujourd'hui la fumée et les cheminées sont chinoises. La gauche a perdu la plupart de ses moyens pour faire pression sur les « grands patrons », et même le rapport de forces s'est inversé : dans l'intérêt des ouvriers, des salariés, la gauche ne voit pas d'autre alternative que de séduire les entreprises, surtout les grosses. D'où ce consensus jospino-chiraquien (« l'État ne peut pas tout faire »), que l'on retrouve d'ailleurs un peu partout dans les autres pays dont on disait il n'y pas si longtemps qu'ils étaient « industrialisés ».

Tout cela vous le savez aussi bien que moi, sinon mieux. L'important est de comprendre pourquoi il faut changer de modèle et changer d'échelle. Le rêve de rétablir le schéma social et industriel des années avant « La Crise » (c'était quand ça ? 1982 ?) bloque la gauche dans une position défensive, Sarkozy dirait « conservateur » même. L'issue est un changement d'organisation du pouvoir économique, en allant vers tout ce qui ne peut pas se délocaliser, et vers des plus petites structures, notamment les PME.

Ségolène Royal, en 2007, avait proposait quelque chose allant dans ce sens, et Dagrouik a raison de dire:

Je l'ai déjà expliqué plus d'une fois sur mon blog, 70 milliards d'aides à re-orienter sur PME : ABSENT ! Alors que c'était présent dans discours de Ségolène Royal en 2007. Les PME qui font 80% de l'emploi, ne bénéficiaient que de 13% du montant des aides en 2007, ça se trouve dans un rapport de la cour des comptes. Abordé par Ségolène Royal en 2007. Oublié par le PS.

C'est sans doute plus qu'un oubli, mais un problème de culture politique.

Revenons donc au fret. L'intérêt écologique du fret ne fait pas de doute, mais c'est le camion qui gagne depuis bien des années :

La part du fret ferroviaire, fluvial et maritime est passée de 42% en 1984 à seulement 14% en 2007, tout en ne parvenant pas à trouver un modèle économique équilibré.

Ce n'est pas difficile d'imaginer que le fret et l'industrie traditionnelle se sont effondrés ensemble, puisqu'ils ont également grandi ensemble. Incapable de s'adapter aux besoins de souplesse et à l'échelle plus réduite des transports modernes, le fret est peu à peu délaissé.

Voilà pour le diagnostic. Prochain épisode : les échecs des relances du fret.

18 avril 2011

Comment Sarkozy va gagner en 2012

« Moi, je la sens bien » dit Sarkozy de sa réélection en 2012. Je suis d'accord avec lui, sauf que je dirais plutôt que je la sens mal, très mal. Pour beaucoup de raisons : les divisions et cafouillages prévisibles de la gauche ; le fait que Sarkozy contrôle encore mieux les médias aujourd'hui qu'en 2007, surtout la télévision, et que, en tant que Président, il dispose de toutes les ressources de l'État, notamment le contrôle de l'agenda politco-médiatique. Et c'est là le plus gros problème…

Très simplement : Sarkozy fera tout ce qu'il peut (et il peut beaucoup) pour transformer l'élection présidentielle 2012 en référendum sur l'Islam. Dans les mois précédant l'élection, nous allons vivre dans un tourbillon médiatique, vacarme dirait Juan, où il n'y aurait pas d'autre question que l'Islam et « l'immigration ». On sortira tous les faits divers possibles, les seconds couteaux, genre Hortefeux, feront des déclarations qui mettront le feu aux poudres et qui occuperont l'attention des téléspectateurs pendant des jours et des jours. Cinq années d'échecs et d'erreurs ? Effacés devant le péril identitaire.

Pour le candidat socialiste, les journalistes n'auront pas d'autres questions : comment réagissez-vous quand le P. de la R. dit que les musulmans n'ont que… blah blah blah ? Et quand ce pauvre candidat voudra parler de telle mesure économique, tel ou tel échec de cinq ans de Sarkozy, cela va apparaître comme une sorte de détail technique à côté de la grande question passionelle du moment, cette « interrogation » sur l'Islam, sous couvert d'une laïcité de pacotille, montée de toutes pièces. Le candidat de gauche dira : Si je suis élu, j'indexerai ceci sur cela…, ça aidera les ménages etc. et la droite répondra : Voulez-vous vraiment des minarets dans votre quartier ?

La seule façon de résister, à mon humble avis, sera non d'apporter d'autres réponses aux mêmes questions, mais de ridiculiser intégralement la question. Pas facile, je sais.