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2 juillet 2007

Le PS et les univers parallèles

L'autre jour, après la réunion du Conseil national du PS que Ségolène Royal a magistralement séchée, on lisait, dans un article du Monde, parmi les commentaires des uns et des autres, ceci, qui m'avait fait rire au moment:

Benoît Hamon dénonce la "présidentialisation du PS"

Quelques jour plus tard, nous lisons dans un Rebond chez Libé, un édito d'Alain Duhamel qui se félicite d'avoir trouvé la formule imbattable pour décrire désormais Ségolène Royal : « bonapartiste de gauche ». Il est tellement plaisant de remettre la gauche devant ses propres contradictions, genre « Hollande paie l'ISF, il ne doit pas s'aimer lui-même », que Monsieur Duhamel répète quatre fois ce terme (sans compter le titre), toujours en fin de phrase, comme une conclusion sans appel : « blah blah blah. Bonapartiste de gauche », « Logique ostensiblement populiste et plébiscitaire : bonapartiste de gauche. » Et ainsi de suite. On a suffisamment comparé Sarkozy à Napoléon qu'il est sûrement très habile de renverser la vapeur de temps en temps. Mais très sérieusement, je ne crois pas trahir les mots de Duhamel en les résumant ainsi : c'est une bonapartiste de gauche parce que, primo, elle fait appel à sa popularité plutôt que de passer par les instances du PS; et, secondo, de toute façon il n'y en a que pour elle. Bref, une femme (oui, je persiste) ne doit pas manoeuvrer au sein du PS, même si elle est très populaire avec les militants.

Je suis même allé voir l'article « Bonapartisme » de la Wikipédia (assez mauvais d'ailleurs, car visiblement écrit par un pratiquant), qui confirme l'aspect populiste du mouvement, mais qui insiste beaucoup sur l'idée d'un Etat centralisé très fort. Le mélange sarkozyzte de populisme et d'autorité se conforme mieux, bien sûr, à cette définition du bonapartisme, mais de toute façon toute la Ve République en est imbibée.

Ce qui nous amène donc à la citation de Benoît Hamon par laquelle j'ai commencé. Voici l'extrait de son discours au Conseil national:

Et je termine sur ce point : je n’ai pas combattu depuis quatre ans, et je remercie Arnaud Montebourg de m’avoir éclairé sur ces questions démocratiques-là, je n’ai pas combattu depuis quatre ans la présidentialisation de la Ve République, observé dans quels excès elle nous conduit aujourd’hui pour être de ceux qui iront achever la présidentialisation du Parti socialiste en substituant le scrutin majoritaire au scrutin proportionnel.

J'avoue ne pas très bien comprendre sa « blague » sur les scrutins majoritaire et proportionnel, mais le message sur la présidentialisation est très clair.

Il y aurait des bonnes vannes à faire sur cette façon de s'exprimer. Je n'arrive pas à les formuler, mais ce sont elles qui me faisaient rire. Effectivement, pas de présidentialisation du PS : ça ne risque pas, après trois défaites consécutives ! (Gros rires gras.)

Plus grave, je trouve, est cette volonté, que l'on aperçoit également dans le papier d'Alain Duhamel, de faire d'abord du PS une sorte de modèle réduit, mais idéal, de toute la République. Vous êtes contre la présidentialisation de la Ve République ? Eh bien, soyez contre la présidentialisation du PS! Finalement, il serait presque plus grave d'être présidentiel dans le Parti, que dans l'Etat.

Je ne trouve pas cette idée grave parce que je suis pour la présidentialisation du PS, mais parce qu'elle montre que pour un fabiuso-aubryste (et non-iste, voilà pour l'esprit collectif et démocratique!) comme Hamon, la guerre à l'intérieur du parti est aussi importante, voir plus importante, que celle à l'extérieur (je veux dire celle qui oppose la gauche et la majorité présidentielle).

Nous sommes dans une présidentialisation du pouvoir en France. C'est un fait. On peut imaginer que la victoire de Ségolène Royal aurait pu renverser cette tendance, mais Sarkozy a gagné, en partie sans doute parce qu'il incarne, jusqu'à la caricature, avec son vocabulaire méssianique de la hauteur et de la grandeur, les défauts du système présidentiel. Tant que quelque chose ou quelqu'un ne réussit pas à renverser ces tendances, nous resterons dans cette image là du pouvoir, dans son exercice et dans les façons de l'acquérir.

La défaite de 2002 est en large partie la conséquence de cette volonté de faire comme si l'élection présidentielle était une élection législative. La Gauche Plurielle n'a pas résisté à la consolidation du pouvoir qu'exige le système actuel. Un premier tour où chacun s'exprime avant de se rassembler au second tour, cela ne marche pas. Méconnaître cette réalité, c'est préparer les défaites de demain. Se plaindre de la présidentialisation du PS, ou du bonapartisme de Ségolène Royal, vouloir d'abord faire du PS un univers parallèle dépourvu des défauts du monde réel, c'est s'ôter toutes les possiblités d'arriver à accéder au pouvoir pour agir réellement dans la société.

28 juin 2007

Quelques réflexions sur la stratégie de Ségolène Royal

Au PS, les choses se durcissent: annonce de la rupture conjuguale Hollande-Royal, intervention de Royal où elle parle de la crédibilité du SMIC à 1500 euros, Conseil National du PS très critique de la campagne présidentielle, absence de Royal à cette réunion, énervement général, Fabius qui rend Ségolène Royal responsable d'une défaite que le PS aurait pu éviter... Qu'est-ce que j'ai oublié ? Cette série d'événements devrait sans doute remonter jusqu'au fameux message téléphonique que Royal laisse sur le répondeur de Bayrou entre les deux tours des législatives, malgré l'avis du Premier Secretaire du PS. La série commence avec le premier cas de "désobéissance" de l'ex-candidate vis-à-vis des hauts responsables de son Parti.

Visiblement, Ségolène Royal cherche la bagarre, et il faudra réfléchir sur sa stratégie. On trouve une bonne analyse chez Papito, selon laquelle il y aurait plusieurs objectifs à ces manoeuvres:

  • "Eviter toute autocritique";
  • Preparer "sa prise de pouvoir au PS";
  • "Déclencher le débat";
  • "s'installer comme véritable force d'opposition au gouvernement";
  • "capitaliser sur sa 'marque'"
  • "provoque[r] ou tout au moins anticipe[r] la scission"

Il est clair que Ségolène Royal compte agir vite pour profiter de la visibilité conférée par la campagne pour solidifier sa position de grande figure du PS, et apparaître comme celle qui serait la mieux placée pour rénover et/ou refonder le parti. De plus, elle cherche apparamment à provoquer une durcissement des positions au sein du PS. C'est la finalité de ses déclarations sur le SMIC : concrétiser l'opposition; obliger la résistance anti-Ségo, plus ou moins latente jusque-là, à se cristaliser, à devenir plus rigide et donc plus fragile. Son absence au Conseil National confirme cette stratégie : laisser (ou force) ses ennemis à se montrer, à prendre position. Avant de... avant quoi ? Avant de trouver le moyen de donner la parole aux militants.

"Je ne laisserai s'installer l'idée qu'il y aurait d'un côté les responsables du parti, de l'autre les militants" disait François Hollande après le Conseil national. Pourtant, les deux dernières consultations signifiantes des militants, qui ont choisi le "oui" à la Constitution européenne et Royal comme candidat à la présidentielle, ont suscité des mouvements de fronde dans les échelons supérieurs du parti, chez les hauts responsables qui ne se sont pas sentis concernés. On objectera que François Hollande n'est pas celui qui a trahi les militants, mais c'est bien lui qui a décidé de ne pas virer Laurent Fabius (ou Montebourg!), et de rabibocher le parti malgré une différence politique énorme, mille fois plus grave que le manque de crédibilité du SMIC. Hollande écoute les militants, mais ce qu'ils disent n'est pas forcément respecté par les huiles du parti, qui agissent en fonction de leur conscience (Fabius, l'européen).

Si la stratégie de Royal est d'accentuer le conflit au PS jusqu'à la crise, pour forcer une consultation des militants qui solidifierait sa place dans le parti, sans doute comme Première Secretaire, c'est effectivement un jeu dangereux. Est-ce l'électrochoc qui pourrait faire sortir le PS de sa torpeur habituelle, où l'on épilogue sur les manières de décider comment aborder la mise en place des préalables à une urgente rénovation ?

Sur le plan psychologique, tout se passe comme dans une famille où l'on évite les sujets qui fâche. Ségolène est-elle en train de préparer le grand déballage?