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28 juin 2012

Pauvre NKM...

 

À droite, les regrets laissés par la campagne de Nicolas Sarkozy s'expriment en fonction des vues des uns et des autres sur la tête de l'UMP et l'élection présidentielle de 2017. Nathalie Kosciusko-Morizet a sans doute dépassé la plupart de ses camarades en souplesse, ce qui est une qualité essentielle en politique. Déjà, dans son rôle de porte-parole, elle avait signé des performances qui ne méritent pas l'oubli dans lequel elles sont déjà tombées. Ma préférée, au tout début de la campagne de Sarkozy, était quand elle disait :

"Je peux faire la liste des sujets sur lesquels on ne sait pas aujourd'hui ce que pense ou ce que propose François Hollande. La vraie violence, elle est là"

C'est une sorte de trouvaille dans la langue de bois trop enthousiaste de quelqu'un qui n'a pas encore acquis le vernis un peu luisant d'un Jean-François Copé, pour qui respirer la mauvaise foi n'entrave l'apparence de logique.

7 février 2012

La guerre des classes et la guerre des civilisations

C'est un titre un peu marxisant, je sais. Il ne faut pas s'affoler, ce n'est pas mon sur-moi marxiste-léniniste qui prend le contrôle de mon clavier. Je m'explique.

Dans une démocratie, pour se faire élire, la droite qui représente les intérêts économiques d'une minorité puissante. Celle-ci doit trouver le moyen d'utiliser sa supériorité économique et sociale pour convaincre une grande partie de la population, qui ne fait pas partie de cette élite, de voter contre ses propres intérêts. On penserait que c'est difficile de le faire, mais les succès répétés des droites dans les démocraties du monde montrent bien que c'est presque plus difficile de faire voter les gens pour leur propre intérêt.

Rien de bien neuf, là, bien sûr. Mais les événements récents montrent que le même tour de passe-passe est en train de se préparer. Pouvait-il en être autrement ? Les choses pourraient être un peu moins claires, sans doute, mais sarkozyzme ne rime pas avec subtilité, donc on y va.

Le TGH veut augmenter la TVA. On trouve même le moyen d'augmenter les impôts des pauvres tout en ayant l'air de combattre les impôts. Concrètement, la droite RPR-UMP n'a, historiquement, pas d'autre véritable programme que de transférer les charges de l'État providence vers les classes moyennes et et les classes populaires, en allégeant celles qui pèsent sur les riches et les entreprises, notamment les très grandes entreprises. (Les PME, bof.) Hollande, dans son projet, propose de rétablir un peu de la progressivité dans la fiscalité. A droite, il y a la droite ; à gauche, il y a la gauche.

La promesse de la droite, et l'un de leurs arguments principaux depuis vingt ou trente ans maintenant, c'est que les intérêts du prolétariat (voilà, je l'ai dit) et du capital sont liés : si vous faites la grève, on ferme l'usine et c'est les chinois qui feront votre boulot… mais, si on s'arrange, et si vous acceptez des concessions, vous pourriez travailler encore pendant six mois, au moins. Bien sûr, le socialisme jospiniste n'est pas étranger à ce type de raisonnement : socialisme d'accompagnement, etc. Et les dominés d'aujourd'hui sont moins misérables que ceux du XIXe, et ont un peu plus que leurs chaînes à perdre. Les contours deviennent flous, et surtout il devient difficile de fonder une idéologie politique forte, fondée sur une opposition facile à saisir.

Les gauches, fût-elles timides et pâles, continuent à élaborer un discours fondé plus ou moins dans la réalité des intérêts économiques. Mais c'est compliqué, les gens ne suivent pas vraiment. Les droites, qui doivent dissimuler la réalité des intérêts pour que la majorité vote contre le sien, a une facilité naturelle à détourner l'attention. C'est comme dans les tours de magie : il faut attirer le regard sur une main (la gauche ? la droite ?) qui ne fait rien, pendant que l'autre agit. C'est peut-être encore plus comme les pickpockets, qui inventent une ruse pour que vous regardiez ailleurs pendant qu'ils vident vos poches.

Aujourd'hui, la ruse, la main que tout le monde regarde, c'est Claude Guéant. La main qui vous fait les poches, vous savez bien à qui elle appartient. L'offensive dans les mois à venir va être sur le plan des valeurs. Ce sont elles qui font voter les masses contre elles-mêmes, et Sarkozy, inquiet, ne va pas s'en priver.

La guerre des civilisations cache la guerre des classes. L'enjeu, jusqu'au 6 mai, est de ne pas se laisser distraire.

31 janvier 2012

Pauvre Sarkozy



A la liste des raisons que j'ai d'être heureux de ne pas être Nicolas
Sarkozy, quelques nouvelles viennent s'ajouter.

Une crise économique n'est jamais bon pour un président sortant, et
c'est donc déjà une bonne raison de ne pas vouloir se trouver à sa
place. Pire encore, cette crise vient contredire toutes les certitudes
du jeune Très Grand Homme (TGH) de 2007, si confiant en sa capacité
de bouleverser toutes ces vieilles habitudes qui pesaient sur la
France, si sûr qu'il suffisait de libérer la croissance pour que le
pognon coule de partout, pour l'ouvrier comme pour le
capitaliste. Dommage, en somme, que cette crise ait non seulement
effacé absolument tout ce qui aurait pu servir de bilan, mais même
fait craquer l'idéologie du bonhomme. Taxe Tobin ? Ah bon ?

Tout cela, encore, n'est pas forcément fatal. Les téléspectateurs ont
la mémoire courte et confuse, la communication peut faire des
merveilles, Sarkozy est malin. D'ailleurs, ces vérités font qu'il peut
très bien nous surprendre encore d'ici peu, je ne serais même pas très
surpris.

Ce qui est dommage pour notre TGH, c'est que les choses (et pas
seulement la crise) font qu'il doit encore se plier en quatre pour
se montrer présidentiel, alors qu'il est, malgré tout, déjà
président. Je me souviens, quand Chirac était élu en 1995, d'avoir
pensé, avec d'autres, que Mitterrand avait ses défauts, mais que
Chirac aurait toujours l'air léger à côté de lui. Douze ans de Chirac
plus tard, on pense la même chose, mais à propos de son jeune
successeur. Le gravitas de Sarkozy ne passe pas à la télé, il n'y
peut rien. Le pauvre.

Depuis combien de temps parle-t-on de sa "représidentialisation" ?
C'est encore un work in progress, paraît-il, car il va tout miser
sur justement l'image d'homme d'Etat, fort, décidé, dans l'abnégation
et le sacrifice :

« Le bras ne doit pas trembler à quelques semaines de l'échéance
présidentielle », a-t-il plaidé, se posant une fois encore en «
président courage ». (source)

Cela fait partie des nouvelles raisons de se congratuler de ne pas
être Nicolas Sarkozy.

Le rôle du rempart fait partie, pourtant, de son répertoire. Je
continue de penser que, dans le scénario prévu il y a deux ou trois
ans, Sarkozy, Guéant et Hortefeux devaient souffler sur les braises
suffisamment, à propos de la prière de rue, de la burqa, des minarets
ou d'autres broutilles gardées sous le coude justement pour le
printemps 2012, pour que l'élection présidentielle se transforme en
grand référendum sur l'Identité Nationale, l'incompatibilité de la
France avec l'Islam et la suprématie de la race blanche. (Enfin, pour
celle-ci, ils ne l'auraient pas présentée tout à fait en ces termes.)
Et là, Sarkozy-le-rempart se serait présenté en défenseur de nos
valeurs Républico-Chrétiennes et aurait noyé son opposant dans
d'infinies surenchères rhétoriques.

C'était en tout cas une stratégie comme une autre pour arriver au
second tour.

Aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression que Sarkozy ne peut plus
s'aventurer sur ce terrain, au risque de paraître inconséquent,
dangereux, en dessous de cette image de Grand Homme d'Etat, voire
Très Grand Homme d'Etat, qu'il doit désormais adopter. Mais pour
jouer le rôle de ce rempart-là, il aurait fallu s'y coller dès mai
2007…


PS: (je veux dire "Post-Scriptum") – La bonne blague dans le papier
cité plus haut, c'est ici :

Nicolas Sarkozy en a profité pour tacler François Hollande, qui s'est
engagé à abroger la TVA sociale s'il est élu, qualifiant
l'augmentation de la TVA de 1,6 point d'« inopportune, injuste,
infondée et improvisée ». « On ne va pas se laisser donner des leçons
par ceux qui ne proposent que des impôts », a fustigé le chef de
l'État […]

Bon, la TVA est une taxe, pas un impôt, mais j'éviterais, si
j'étais Nicolas Sarkozy, de fonder ma campagne sur cette distinction.


27 mai 2011

Unité 2012, vos conditions

Hier, les amis gaucho-blogueurs ont lancé leur appel, Unité 2012, afin de pousser les partis de gauche à se mettre d'accord sur un candidat unique au premier tour de la présidentielle.

Marc Vasseur, un réaliste, a des réserves sur l'efficacité de cette initiative, et on comprend : nos chers hommes politiques ont déjà du mal à se mettre d'accord sur des questions mineures, on se demande d'où pourrait venir l'inspiration ou la pression nécessaires pour les pousser à un tel sacrifice. Surtout, Marc souligne le fait que l'appel ne donne pas de détails sur comment on va arriver à un tel résultat.

D'autres ont surtout souligné le fait qu'une candidature unique à gauche revient à supprimer celles des petits parti en faveur du PS, avec l'appauvrissement du débat démocratique habituel. Je comprends cette objection (et je mettrais un lien mais je ne retrouve pas le billet), même si depuis 2002 je considère que le premier tour ne doit pas être utilisé pour servir des petits intérêts entre les partis.

Quand on a un gros problème, parfois il est utile de le diviser en sous problèmes. Voici donc ma proposition. Nous devons inviter chaque parti (ou, à défaut, ses blogueurs) à répondre à la question suivante :

À quelles conditions votre formation politique accepterait-elle de renoncer à présenter une candidature à l'élection présidentielle ?

Tout peut être sur la table bien sûr : programme, postes, ministères etc. Et le PS doit répondre aussi !

26 mai 2011

En 2012, le second tour se passe au premier tour (Unité 2012)

Les amis ont lancé un très bel appel, une belle lettre, et ils ont raison. C'est ici mais je la recopie également, puisque c'est comme ça que ça se fait :

Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011

Chers camarades,

Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter l’élection présidentielle de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.

Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.

Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de coeur » au premier tour. Mais c’est comme ça.

Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.

Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?

Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?

Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.

Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.

D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.

Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. N’attendez pas.

Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !

Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 mots, Cycee : bahbycc, Dominique Darcy : dominiquedarcy, Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël : De tout et de rien, Jean-Claude : Slovar – Les nouvelles, Jean Renaud Roy : @jr_roy, Jon : @blogiboulga, Juan : SarkoFrance, Jules Praxis : @jules_praxis, Le Coucou : Le coucou de Claviers, Melclalex : A Perdre la raison, MrsClooney : La femme de George (s) , Nicolas : Partageons mon avis, Nicolas : La rénovitude, Nicolas Cadène : Débat socialiste, Richard Trois : Richardtrois, Rimbus : Rimbus le Blog, Romain Pigenel : Variae, Ronald : Intox2007, Jacques Rosselin : @rosselin, Seb Musset : Les jours et l’ennui de… , Stef : Une autre vie, Sylvie Stefani : Trublyonne, Valérie de Saint-Do : Microcassandre, Vogelsong : Piratages, Yann Savidan Carnet de notes de…, Zeyesnidzeno : La France a peur

Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez (députés, maires, sénateurs, responsables de parti, etc). N’hésitez pas à nous envoyer leur réponse. Vous pouvez pour commencer retrouver les mails de vos députés en cliquant ici. Et faites tourner !

17 mai 2011

Post-DSK

Deux choses sur la fin (avant le début) de la candidature de Strauss-Kahn :

  1. Une aubaine pour… le centre.
  2. Le PS devra s'éloigner rapidement de Strauss-Kahn si son procès s'enlise et s'il est jugé coupable.

Pour ce qui est du centre en 2012, ce n'est pas un scoop, mais c'est important. Nous risquons d'avoir un hybride étrange entre 2002 et 2007 : 2007, sauf que le FN prend aussi 20% et s'impose au second tour. Avec Sarkozy affaibli par son bilan et par Marine Le Pen, un candidat centriste peut espérer s'imposer devant lui et devant un candidat PS affaibli par des divisions à gauche (candidat écologiste, Front de Gauche ; il ne manque plus que Chévenement et Taubira).

Autrement dit : François Hollande a beau remonter dans les sondages, il ne sera pas la réincarnation de DSK, et son emprise sur l'ensemble de la gauche et du centre sera beaucoup plus contestable. Si les centristes arrivent à se mettre d'accord sur un candidat, ce qui n'est pas évident, celui-ci sera très dangereux pour la gauche. Et s'ils restent divisés, ils peuvent grignoter des voix au candidat PS et/ou de gauche, voix qui seront peut-être nécessaires pour passer devant Sarkozy ou Le Pen.

Sur le plan rhétorique et symbolique, il va être important, aussi crucial que difficile, pour le PS de prendre ses distances avec DSK. Si ses embrouilles judiciaires se prolongent sans donner de réponse définitive, le PS va être de plus en plus embarassé, va vouloir montrer sa solidarité avec le pauvre Dominique et va être de plus en plus embêté d'avoir l'air de défendre quelqu'un qui paraîtra comme coupable aux yeux du public.

8 mai 2011

Ma campagne (4) - Échec

L'autre jour Juan a parlé de mon billet, celui où je dis que Sarkozy sera un adversaire coriace et difficile. Juan a surtout dit ceci :

A gauche, Mitterrand excepté, les candidats sont habituellement des bisounours qui se font mangés tous crus. Localement, certains candidats socialistes savent être aussi ignobles que leurs collègues de droite. Nationalement, ils se tiennent. Les coups volent rarement bas. Les cellules « riposte », quand elles sont écoutées, ne servent qu’à de l’argumentaire sérieux.

Sans tomber dans le graveleux (il n’y aurait pourtant qu’à se baisser parfois), il faudra prévoir, cette fois-ci, à riposter au bon endroit.

Comme je suis en train d'exposer cette campagne que je ne ferai pas, il est sans doute important d'insister sur ce qui devrait être évident, mais qui risque d'échapper au (à la) futur(e) candidat(e) de gauch(e), à savoir qu'il faut taper fort sur Sarkozy. Zéro pitié.

Cela ne veut pas dire qu'il faut raconter des saloperies, il suffirait d'être direct parfois. Dire, par exemple, que le quinquennat de Sarkozy était un échec. Le dire souvent. Une présidence ratée. Cela paraît simple, mais c'est le genre de chose qui, bizarrement, ferait scandale. Est-ce qu'on a le droit de dire du Président de la R. que son mandat était un échec ? Est-ce bien ?

Des gens comme Brice Hortefeux passent leur temps à sortir des ignominies qui font couler de l'encre pendant des jours et des jours. Parfois dire la vérité simplement peut avoir le même effet. « Échec » et « raté » ne sont peut-être pas les mots les plus stratégiques. C'est au candidat de trouver ceux qui feront le plus d'effet.

3 mai 2011

Ma campagne (3) - Fret (2) - Ne pas relancer

La dernière fois je parlais du fret et de sa place dans une économie dynamique et décentralisée qui est l'un des objectifs de ma campagne présidentielle « Les énergies de la France ». Mes contradicteurs, des fervents sarkozystes (ça doit exister) ou même des fervents borloosiens (ça doit exister), diraient : mais le Très Grand Homme (TGH) a déjà relancé le fret lors du Grenelle, alors rentre dans tes 35 heures, espèce de gauchiste.

En effet, la relance du fret, et même celle du fret fluvial, étaient prévues lors du Grenelle. Et pourtant, typiquement, rien n'a été fait :

Dans les autres domaines, le gouvernement a aussi multiplié les coups de canif. Dans le domaine de l'énergie, les outils mis en place pour remplir les objectifs fixés sont déficients. Le nombre de projets d'éoliennes a par exemple chuté de 60 % au premier trimestre 2010 par rapport à l'an dernier, en raison notamment d'un durcissement de la réglementation et des conditions d'implantation des champs. Dans les transports, le fret ferroviaire aurait dû représenter cette année 17,5 % du fret global. En réalité, il s'effondre à 12 %, après avoir été de 14 % en 2006, à cause des incitations au transport routier qui se poursuivent.

(En passant, j'implore le futur candidat PS de ne pas oublier de citer tous ces échecs, en utilisant le mot échec. Mais ce sera le sujet d'autres billets.)

Sur le papier, pourtant, les intentions du Grenelle 1 paraissaient assez bonnes (Lire les engagements ici.) Vu de l'extérieur, la clé semble être le développement d'un nouveau type de PME, les OFP, « opérateurs ferroviaires de proximité ». Pourtant, la vie n'est pas simple pour eux :

Seulement en France, la route des OFP est semée d'embuches : l'adaptation technique du réseau ferré et l'étau réglementaire qui verrouille le trafic ferroviaire de marchandises limite les possibilités d'organisation des flux par des opérateurs autres que la SNCF. L'obtention et le tarif des sillons (les droits de circuler) auprès de Réseau ferré de France (RFF), gestionnaire des infrastructures et des voies n'est pas une mince affaire.

Du côté de la SNCF, c'est compliqué aussi, hormis une résistance naturelle à voir des concurrents de petite taille venir les embêter. Le plan Fret annonce une réorganisation du fret et l'abandon du « wagon isolé » :

Ils estiment aussi que le plan Fret SNCF, annoncé en septembre 2009, "consacre l'abandon du wagon isolé (assemblage de wagons de clients différents) et créé des situations d'irréversibilité". "Toute la partie ouest du pays est désertée par Fret SNCF; la part modale du ferroviaire poursuit son recul; la taxe camion se fait attendre et fait l'objet d'intention d'utilisation pour les infrastructures routières et les pressions pour généraliser les camions de 44 tonnes et expérimenter ceux de 25 mètres de long pour 60 tonnes persistent", déplorent syndicats, écologistes et usagers.

En somme, on espère vainement l'arrivée de PME un peu suicidaires pour résoudre le problème ; la SNCF traîne vaguement des pieds, entre volonté de protéger ses terres et de faire des économies, et finalement on ne voit pas d'autre solution que de taxer les camions. Au risque d'avoir l'air pas tout à fait gauchiste, il est clair sans une révolution dans l'organisation du fret, dans le sens de la souplesse et la légèreté, une taxe camion ne servira pas à grand'chose. L'échec de Sarkozy sur ce dossier est culturel et idéologique. Sarkozy est censé représenter le volontarisme (tout devient possible ?), mais ici c'est justement la volonté qui manque. Surtout, et c'est là ce qui en fait un échec de droite, ce qui manque est l'esprit de coopération nécessaire pour faire avancer l'ensemble de acteurs concernés : cheminots, entreprises publiques et privées, régions, Europe, etc. Autrement dit : pour réussir le fret, il faudra être beaucoup plus ambitieux.

23 avril 2011

Teigneux

Je l'ai d'abord lu chez Juan :

A l'Elysée, Sarkozy sur-joue, comme toujours, la confiance. La semaine dernière, il disait « bien sentir » cette campagne aux députés UMP invités à l'Elysée. Il promet d'« exploser » son futur concurrent socialiste.

Et l'AFP : Surtout, le locataire de l'Elysée reste plus que jamais confiant dans sa capacité à battre la gauche. Publiquement, il raille volontiers le programme du PS. "Il nous dit à tous vivement que le candidat socialiste soit connu, je vais l'exploser", ajoute un de ses récents visiteurs.

Bien sûr, pour garder ce qui lui reste de maîtrise sur son parti, il est important pour le Très Grand Homme (TGH) de se projetter en futur vainqueur. Chacun pense aux postes qu'il pourrait occuper s'il reste fidèle pendant les moments difficiles. La stratégie marcherait mieux sans doute si Sarkozy n'avait pas la fâcheuse habitude de privilégier les ralliements les plus récents.

Ces fanfaronnades sont néanmoins inqiétants au vue de l'état d'indécision à gauche, et le confort trompeur des sondages. Je le disais l'autre jour : cette élection va être très dure. La faiblesse du TGH va le rendre encore plus teigneux, encore plus méchant. L'élection à deux tours met l'accent sur des détails personnels, sur une perception de la force ou de la faiblesse d'un candidat. Sarkozy tentera d'humilier son adversaire. Préparez-vous.

21 avril 2011

Comment faut-il que le PS réponde à la question de l'immigration ?

Visiblement, le cocktail idéologique à base de xénophobie que la droite nous prépare pour 2012 continue d'être le grand sujet du moment. C'est ce qui me préoccupe alors que, paradoxalement, je pense que l'enjeu essentiel pour la gauche va être de pouvoir parler d'autre chose. Ce qui ne sera pas évident.

Les sondages continuent de mettre Marine Le Pen au centre des choses, et, en raison des considérations géométriques de l'élection à deux tours, les grandes questions et fantasmes idéologiques se heurtent à la grande passion, assez maladive, de la presse : qui va être le candidat du PS ?

Une chose me paraît certaine : le candidat de la gauche se fera massacrer au second tour s'il n'a pas une stratégie efficace vis-à-vis des questions d'« immigration » et d'« Islam ». Je mets des guillemets parce que ce n'est pas vraiment l'immigration qui inquiète les gens qui sont inquiets par l'immigration, et la même chose vaut, ou presque, pour l'Islam. Il y a deux ans je parlais d'une «purification symbolique de la Nation », et c'est encore à peu près ça.

Nicolas J. pose le problème clairement:

La campagne est lancée. Deux thèmes : le pouvoir d’achat et l’immigration.

Comme en 2007. Comme en 2002. Comme en 1995.

[…]

C’est reparti.

La gauche doit répondre. Sur ces thèmes.

Et dans un billet où Juan interroge, avec une maîtrise et un franc-parler réjouissants, Philippe Cohen, celui-ci souligne bien l'urgence idéologique de la situation :

Mais je crois que cette polémique renvoie à des questions qui se posent à toute la gauche et, au-delà à tous les républicains : pourquoi la gauche ne profite-t-elle pas vraiment de la plus grosse crise financière de puis 1929 ? Pourquoi l’affaiblissement de Nicolas Sarkozy profite-t-il davantage au Front national qu’à la gauche ou au centre ? Pourquoi les gens du peuple, et notamment les classes d’âge actives (les 24-49 ans) sont-ils si séduits par Marine Le Pen ? Nous ne pourrons éviter de répondre sérieusement à ces questions si nous ne voulons pas laisser un boulevard à quatre voix au Front national.

Au lieu de répondre à ces questions, une partie de la gauche préfère stigmatiser ceux qui osent aborder les thématiques du FN. Ainsi, il ne faudrait parler ni de l’immigration, ni de l’insécurité grandissante, ni des excès de l’islamisme radical. Déjà stupide en soi, cette logique aboutit aujourd’hui à une impasse : puisque Marine Le Pen parle du chômage et de la crise de l’euro, il faudrait aussi éviter ces questions ? Il faut que les responsables de la gauche se réveillent !

(En passant: il me semble inutile d'aborder la dispute assez stérile avec Sophia Aram. Je ne vois pas pourquoi il n'y aurait pas plusieurs façons de réagir et résister au Front National.)

Les remarques de Philippe Cohen sont effrayant et je suis à peu près d'accord avec son analyse de l'échec du PS auprès de l'électorat populaire. Il y a un malaise profond chez ces électeurs, et il est bien triste que ce malaise se manifeste dans cette réaction xénophobe. Je continue à penser, néanmoins, que la forme inacceptable que le malaise à finir par prendre est surtout due au fait qu'aucun autre discours politique n'était adressé à cette tranche de la population. (J'ai abordé cette question l'autre jour.) Le PS n'a jamais était un parti populaire, et, après l'évaporation du PCF, n'a jamais entrepris de le devenir. Depuis 2002, exactement neuf ans aujourd'hui, donc, il paie le prix de cette incapacité à s'adapter.

Tout cela pour dire que « l’immigration », « l’insécurité grandissante », ou les « excès de l’islamisme radical » ne sont les vrais problèmes. D'où le problème de la gauche : si elle se montre « dure » sur l'immigration, l'Islam etc., elle ne l'est jamais assez pour ceux qui sont vraiment dans la paranoïa, et elle perd sa crédibilité de gauche. Et si elle reste dans la logique de la condamnation morale et le front républicain, elle passe complètement à côté de cet électorat qui, plus qu'aucun autre, a besoin de la gauche. C'est vraiment à pleurer.

L'enjeu, pour 2012, et après, va être de trouver une manière de neutraliser la question (la « bonne question » à laquelle ils apportent des « mauvaises réponses »). Je le dis en gras : *la gauche ne doit pas valider l'idée selon laquelle c'est la faute des « immigrés »*. C'est suicidaire, répugnant et tout le reste. Mais je suis d'accord qu'il faut répondre, quand même. Faut trouver. Il reste quelques mois.

20 avril 2011

Ma campagne (1)

Finalement, je ne me présenterai pas à l'élection présidentielle. Je ne participerai pas aux primaires socialistes. C'était une décision lourde à prendre, mais je veux prendre mes responsabilités et éviter d ajouter à la confusion à gauche.

Libéré de cette perspective, je peux dors et déjà essayer de contribuer aux efforts de toute la gauche en vous livrant les grandes lignes de ce qui aurait été ma campagne. Cela prendrait peut-être plusieurs billets, on verra.

Le titre d'abord : « Les énergies de la France » Gros clin d'oeil, évidemment, à l'écologie, énergies alternatives, sortie du nucléaire, économie verte, mais aussi l'idée d'une économie plus dynamique, plus inventive, plus décentralisée, passer moins par les grands groupes et plus par les PME, mettre l'accent sur le local, etc. Plus encore, les « énergies » en question seraient celles de tous ces talents brimés par le centralisme, le copinage, les castes, mais aussi par la crispation d'un racisme subtile et silencieux.

Je continuerais de dévoiler les éléments de ce programme, élaboré en secret depuis des mois et qui poursuit un peu mes « gauchitudes », au fil des billets.

18 avril 2011

Comment Sarkozy va gagner en 2012

« Moi, je la sens bien » dit Sarkozy de sa réélection en 2012. Je suis d'accord avec lui, sauf que je dirais plutôt que je la sens mal, très mal. Pour beaucoup de raisons : les divisions et cafouillages prévisibles de la gauche ; le fait que Sarkozy contrôle encore mieux les médias aujourd'hui qu'en 2007, surtout la télévision, et que, en tant que Président, il dispose de toutes les ressources de l'État, notamment le contrôle de l'agenda politco-médiatique. Et c'est là le plus gros problème…

Très simplement : Sarkozy fera tout ce qu'il peut (et il peut beaucoup) pour transformer l'élection présidentielle 2012 en référendum sur l'Islam. Dans les mois précédant l'élection, nous allons vivre dans un tourbillon médiatique, vacarme dirait Juan, où il n'y aurait pas d'autre question que l'Islam et « l'immigration ». On sortira tous les faits divers possibles, les seconds couteaux, genre Hortefeux, feront des déclarations qui mettront le feu aux poudres et qui occuperont l'attention des téléspectateurs pendant des jours et des jours. Cinq années d'échecs et d'erreurs ? Effacés devant le péril identitaire.

Pour le candidat socialiste, les journalistes n'auront pas d'autres questions : comment réagissez-vous quand le P. de la R. dit que les musulmans n'ont que… blah blah blah ? Et quand ce pauvre candidat voudra parler de telle mesure économique, tel ou tel échec de cinq ans de Sarkozy, cela va apparaître comme une sorte de détail technique à côté de la grande question passionelle du moment, cette « interrogation » sur l'Islam, sous couvert d'une laïcité de pacotille, montée de toutes pièces. Le candidat de gauche dira : Si je suis élu, j'indexerai ceci sur cela…, ça aidera les ménages etc. et la droite répondra : Voulez-vous vraiment des minarets dans votre quartier ?

La seule façon de résister, à mon humble avis, sera non d'apporter d'autres réponses aux mêmes questions, mais de ridiculiser intégralement la question. Pas facile, je sais.

10 avril 2011

De l'huile sur la xénophobie

En 2012, Sarkozy sera un candidat formidable, dangereux, malin. Son impopularité ne doit pas nous tromper. Ce sera, bien sûr, une élection "imperdable", mais il ne suffira pas de se présenter contre lui pour ne pas perdre. En 2012, il ne pourra plus parler de rupture, il va avoir du mal à "vider" le Front National comme en 2007. Mais 2012 ne sera pas 2007. Le parti qui le comprendra va gagner. (Aux socialistes : 2012 ne sera pas 2002 ou 1997 non plus.)

Sarkozy l'a-t-il compris ? Dans un premier temps, on est tenté de voir dans gesticulations indignes de Claude Guéant (dont la mission consiste à dépasser Brice Hortefeux en xénophobie) simplement comme la preuve que le Très Grand Homme (TGH) sait que sa seule chance en 2012 est de rééditer le véritable exploit de 2007, qui était de donner toutes les preuves de xénophobie nécessaires pour séduire le vote des rétraités et des électeurs FN en mal de grand homme, sans pour autant aliéner les droites tradi, catho et républicaines, et même en prenant des voix de gauche par ci par là chez des gens qui voulaient tomber dans le panneau pour différentes raisons.

Aujourd'hui, tout cela paraît assez compliqué.

Pourquoi, alors, cette obstination à foncer dans la même direction, alors que, justement, en plus de toutes les autres différences entre 2007 et 2011, il y a Marine Le Pen, Nationale et Sociale, qui est venu siphonner sur les terres de son papa et celles du TGH ? C'est par réflexe ou par calcul ? Devant l'obstacle bleu-marine, Sarkozy s'entoure des plus xénophobes de ses amis, baisse la tête et fonce dans le tas ? C'est peut-être cela, en effet. On dit que quand les gens ont peur pour leur boulot, ils s'en prennent aux immigrés. Sarkozy arrive en fin de CDD et il commence à voir venir la précarité.

Il y a dans le personnage de Sarkozy quelque chose qui rejette la solution sage. Croyant à sa bonne étoile, à sa gnac et ses pouvoirs infinis de séduction, il ne recule pas, pense emporter le morceau justement dans l'excés.

Pourtant, je le crois plus malin que ça. Il y a un calcul derrière ce positionnement.

Premier tour

Le premier risque d'être le plus important des deux ; le plus dangereux sûrement. En se faisant plus National que le Front, Sarkozy espère limiter la progression de Fifille tout en maintenant son attrait dans l'aile amnésique de l'électorat populaire et réactionnaire qui n'est pas encore prêt à voter FN. De plus, il compte quand même sur la droite classique pour se qualifier pour le second tour. À ce stade, la confrontation avec la gauche n'a pas beaucoup d'importance, à condition d'être au second tour.

Second tour

Ah, vous me direz, en allant aussi loin à droite, il va s'affaiblir pour le second tour ! Là, on suppose que le PS arrive à qualifier son candidat. Un duel à l'intérieur de la droite xénophobe, de toute façon, serait alors juste le prolongement du premier tour. Dans l'hypothèse d'un affrontement droite-gauche, en revanche, le calcul de Sarkozy doit être à peu près le suivant : à force de parler sécurité, paranoïa, prières dans la rue, burqa, niqab, « on est plus chez nous même chez nous »,

Sarkozy va déplacer le coeur du débat vers ces questions là. Le PS sera réduit à dire « on trouve qu'on se sent chez nous, mais ce serait mieux de sentir encore plus chez nous que maintenant », se décrédibilisant aussi bien auprès des électeurs tentés par la xénophobie qui ne seront pas convaincus de toute façon, qu'auprès des électeurs de gauche qui seront dégoûtés par leur parti.

On a souvent dit que les « débats » sur l'identité Nationale et l'Islam font le jeu du Front National. Finalement, je pense que la stratégie est beaucoup plus insidieuse : il s'agit de réduire, aux yeux, l'ensemble du débat politique (retraites, économie, justice, sécurité… oui, même la sécurité) à des questions d'immigration, de religion et de race. Les téléspectateurs n'arrivent pas à gérer beaucoup de sujets et même temps. Quelques faits divers bien placés, en février et mars 2012, bien relayés par les télévisions publiques et privées, qui obéissent à Sarkozy, feront amplement l'affaire. Le but de l'opération est de convaincre l'opinion qu'il n'y a pas d'autre sujet.

9 avril 2011

S'engager, ou pas

À l'heure actuelle, je n'ai plus de préférence pour le candidat du Parti socialiste. Moins par lâcheté que par lassitude avec le système et les pratiques du Parti, dont le but semble être avant tout de maintenir un statu quo de personnes et d'idées. Et même quand des bonnes idées s'infiltrent dans le programme, on dirait qu'elles sont devenues ternes.

C'est peut-être sur moi que le programme produit cet effet. Je l'espère.

Bref, devant la perspective de 2012, la plupart des considérations s'effacent. Le PS ne deviendra pas subitement celui dont j'ai toujours rêvé. Je m'y fais. C'est pendant les périodes un peu creuses de la vie politique, avec une opposition réduite à la simple figuration, qu'on peut se permettre de vouloir telle ou telle gauche. Maintenant, il faut essayer de gagner.

Cela ne va pas être simple. L'élection présidentielle de 2012 sera « imperdable », bien sûr, mais très facile à perdre. Les sondages voudraient que ce soit DSK le candidat le plus dangereux pour Sarkozy. Ils ont peut-être raison, après tout. Du moins, ils auraient raison si les choses se passaient normalement ; si le second tour devait être l'affrontement entre le candidat le plus fort de la droite et le candidat le plus fort de la gauche. Or, avec la menace d'un Front National qui est toujours aussi National, mais devenu plus "social", plus Socialiste… (National et Socialiste ?)… devant cette menace, la clé du jeu risque d'être la capacité des ténors d'éviter le fractionnement dans leurs camps. C'est dans cette perspective qu'une candidature de Dominique Strauss-Kahn me semble risquée, car elle aurait sans doute tendance à en encourager d'autres dans le camp de gauche. Il sera difficile pour le Front de Gauche de ralier DSK ; quant à EELV, il faudrait savoir un peu plus sur la crédibilité écologique de Strauss-Kahn, qui, à priori, semble un peu trop dans la lignée du socialisme ami des grandes entreprises, du nucléaire, etc.

Je n'ai pas de certitude là-dessus. C'est juste une inquiétude. Les choses vont devenir plus clairs petit à petit. Ou pas. Mais au-delà de ces interrogations, il y a une chose qui me semble essentielle, dans une perspective DSKïste : s'il veut vraiment être Président de la R., il faut qu'il quitte le FMI, et le plus tôt serait le mieux (pour lui). Traîner des pieds, donner l'impression d'attendre la dernière minute pour se jeter à l'eau, cela pourrait devenir son talon d'Achille. D'abord, il y aurait un très fort risque qu'il soit mal préparé à l'élection. La France parâit sans doute comme un tout petit pays vue des hauteurs du FMI, mais une élection est très dure. Et ensuite, il serait très facile, pour le candidat de la droite, de reprocher à DSK son manque d'engagement.

8 avril 2011

Malheureusement, ça se prépare

Souvenez-vous d'Emmanuelle Mignon et les Conventions thématiques de l'UMP? C'est drôle aujourd'hui de relire cet entretien où elle relate la préparation de la campagne 2007, préparation qui a commencé en 2004. Tiens, ce serait comme si, pour 2012, quelqu'un avait commencé à préparer sa campagne en… 2009. C'est Mademoiselle Mignon qui raconte :

Notre chance a été de commencer en novembre 2004. Nous avons commencé très tôt à bâtir notre programme, et j’ai senti une immense attente d’un débat d’idées. Beaucoup de choses s’écrivaient déjà sur la situation du pays. Nicolas Sarkozy, de son côté, pense que ce ne sont pas les Français qui se désintéressent de la politique mais que c’est la politique qui n’offre rien aux Français. Pour Sarkozy, il faut faire du débat d’idées, la politique, c’est des idées. Il pense qu’il faut avancer des idées et que les gens seront alors attirés par la politique, et c’est ce qu’il a merveilleusement bien réussi en imposant des débats sur les sujets sur lesquels on n’avait plus le droit de parler. Notre chance, c’est ce calendrier très précoce. (C'est moi qui souligne, o16o.)

D'accord, pour 2009, c'est loupé déjà. Je note surtout cette idée de Sarkozy, que je partage entièrement (comme quoi…), qu'il faut d'abord développer des idées, et attirer les électeurs avec des idées, plutôt que d'essayer de trouver les idées que les électeurs ont déjà.

Le programme du PS est arrivé. C'est très bien, je suppose. À peu près ce à quoi on pourrait s'attendre, mais je ne vais pas parler du fond pour l'instant. Mais quand même, est-ce en disant

7.) Pour réduire l'endettement de la France: réaffecter la moitié de nos marges financières

qu'ils éspèrent susciter l'enthousiasme des foules ? Comme je ne comprends pas bien de quoi il s'agit, je clique sur le lien, où l'on trouve l'explication détaillée, que je cite in extenso :

Pour réduire l’endettement de la France, nous affecterons à la réduction de la dette la moitié des marges financières que nous dégagerons.

Ah!

25 avril 2010

niqab2012

Depuis que je ne fais plus de billets, il y a des sujets qui me filent entre les doigts. Je n'ai même pas remercié Éric Besson d'avoir poussé les paradoxes du sarkozysme jusqu'à la veste électorale. Mais remontons encore plus loin.

Voici un bout de billet qui date de mars 2008 :

Sarkozy ne pourra pas garder longtemps ses électeurs Front National. Les manoeuvres de campagne qui ont permis à Sarkozy de s'emparer d'une grosse part du vote Front National à l'élection présidentielle avaient en fait deux ressorts : d'une part la xénophobie impénitente désormais symbolisée par l'ignoble Brice Hortefeux, et d'autre part la rhétorique de rupture, plus rien ne sera comme avant, "tout devient possible" (y compris le pire...). C'était essentiel d'avoir ces deux éléments, car le Front National n'est pas seulement un parti raciste, xénophobe et antisémite, mais c'est un parti dont l'un des principaux attraits (pour ses électeurs) est justement son côté contestataire. Pendant des décennies, Jean-Marie Le Pen a su tirer profit de sa diabolisation pour se rendre désirable pour cette frange de la population. Ainsi, pour prendre les voix qui auraient dû aller à Jean-Marie Le Pen, il fallait être xénophobe et promettre la "rupture".

Ensuite, Sarkozy devient président, incarne le pouvoir de l'Etat, et épuise largement son crédit personnel. Quelques gestes xénophobes, fût-ce à Toulon, ou même de Villiers au gouvernement, ne suffiront plus à ramener ces électeurs qui exigent avant tout un programme politique destructeur et vengeur. Et je parierais que pour certains de ces électeurs, la xénophobie n'est que le prétexte pour l'expression d'une haine plus générale et diffuse, une violence envers la société qui ne peut que se focaliser sur l'exercice ostentatoire du pouvoir sarkozyën.

Tout cela paraît encore plus évident aujourd'hui. Le « débat » sur « l'identité nationale », n'étant qu'un « débat » et non pas des propositions réelles, avait pour but (je continue avec les évidences) de brasser de l'air raciste et xénophobe, pour maintenir la perception d'être raciste et xénophobe sans pour autant aller jusqu'à réaliser les rêves impossibles des nostalgiques d'une France coloniale et blanche. Car, et là c'est quelque chose que j'ai dit et redit, même la politique détestable des expulsions, pourtant bien réelle pour ses victimes, n'est pour Sarkozy, Hortefeux et Besson, que du symbolisme : expulser quelques milliers de pauvres migrants pour faire semblant d'expulser toute cette population « issue de l'immigration », mais plutôt « issue du colonialisme ». Bien sûr cette population-là est inexpulsable, elle est même française depuis maintenant plusieurs générations. Pas facile d'assouvir sa xénophobie dans ces conditions...

Pourtant, la stratégie électorale de l'UMP ne peut pas faire l'impasse sur cette frange de l'électorat. Les purs et durs resteront au Front National. Soit. En revanche l'UMP doit récupérer les électeurs « petits-blancs », incarner un racisme populaire, un peu « light » par comparaison avec l'Original (ou sa fille), mais toujours aussi fixé sur la défense d'une vision périmée d'une France chrétienne et d'une intolérance paranoïaque devant un monde qui change.

Tout le bruit autour de la burqa permet finalement de faire ce à quoi Besson avait échoué : un « Grand Débat National » où l'UMP a le rôle du défenseur des clochers, de l'ordre public et du combat contre les gens différents, au nom précisément des valeurs « de gauche » (République, laïcité, défense de la femme). Du bruit, du bruit et du bruit, avec en prime des divisions et des hésitations à gauche.

Préparons-nous à un très long débat, car celui-ci doit continuer jusqu'en 2012. Il ne reste plus grand'chose du sarkozysme : le Très Grand Homme (TGH) n'a que cette aura de pourfendeur de l'Islam pour espérer un succès populaire. Ils ne sont pas près de la lâcher.