18 février 2009

Blague sarkozyste de la semaine

Il paraît que Nicolas Sarkozy est tellement trop hypercompétent que quand il dit des bêtises, c'est mieux montrer qu'il est encore plus trop compétent que tout ce qu'on aurait pu croire.

Voici donc la blague de la semaine. Je l'ai vue d'abord dans Les Échos : "Partage des profits : l'Etat actionnaire invité à montrer l'exemple". J'étais mort de rire. Pas bêtes, du coup, les syndicats. Chiche, Monsieur TGH : nous sommes venus chercher notre tiers des bénéfices, puisque ça ne dépend que de vous. Air France-KLM, la SNCF, La Poste, Aéroports de Paris, peut-être même Renault... la liste est assez longue. Seule la RATP pratiquerait déjà, à peu près, les trois tiers sarkozystes.

Marianne2 l'a relevé aussi. Selon l'hébdomadaire, si la SNCF pratiquait cette politique emblématique du sarkozysme pur-jus, il faudrait donner un chèque de 2700 € à chaque cheminot, en plus des 200 € qu'ils ont déjà perçus :

Seulement voilà : 158000x207€ = un peu moins de 33 millions, soit 1/14e des bénéfices. On est loin du tiers promis, en vertu duquel la prime que la SNCF aurait dû verser se serait élevée à… plus de 2700€ par agent ! Détail important : en 2008, les cheminots avaient déjà touché 200€ pour des bénéfices annuels de plus d’un milliard d'euros...

A côté d'une telle prime, le régime spécial c'était de l'argent de poche.

Cette histoire des trois tiers a toujours été hautement ridicule. Sarkozy pensait pouvoir le proposer sans risque de le voir appliqué, tellement cela constituerait un handicap groupes français qui pourraient être amenés à s'y mettre. Dans ce cas, le Manager de la République n'aurait que l'embarras du choix pour botter en touche : il faut que ce soit appliqué au niveau européen, international ; c'est la fautes aux Tchèques, aux Américains, aux Coréens... etc.

Notre trop-compétent-pour-son-propre-bien chef de rayon avait pourtant oublié le statut ambigu des entreprises publiques, qui, si si, ont parfois elles aussi des bénéfices à partager.

Edit : lire aussi kamizole sur le sujet.

17 février 2009

L'argent pourri des banques est à nous, donc on doit payer pour eux

Dans mon dernier billet, j'insistais sur la gravité de la crise financière (et du coup économique), et sur l'obligation qu'avaient les États de l'absorber. Pourquoi ? Parce qu'on a laissé, pendant des décennies, les acteurs de la finance construire une bulle dont les proportions dépassent largement notre imagination. Les dettes des un justifiant celles des autres, le monde a produit un château de cartes qui est en train de s'effondrer. Les dettes cessent d'être des valeurs, mais continuent à être des dettes pour les créditeurs qui réclament ce qui est à eux mais qui n'existe plus. Car c'est ça : avec l'éclatement de la bulle, des énormes sommes d'argent qui devraient exister, ne sont aujourd'hui qu'un souvenir, surtout pour tous les créditeurs qui voudraient les retrouver.

On ne parle plus beaucoup des subprimes, tellement la situation actuelle dépasse la petite crise qui a lancé la grosse. Il paraît que les banques américaines s'acharnent encore sur les petits emprunteurs, pour récupérer quelques kopeks de plus, quitte les pousser à la faillite, récupérer des maisons qui ne valent plus rien, et à enfoncer leur économie un peu plus. Autrement dit, ces banques, même aujourd'hui, n'ont pas compris que leur intérêt (sans jeu de mots) était dans un apaisement de la situation. Mais la crise pousse chacun à agir de la sorte pour récupérer ses derniers sous et à participer à la détérioration collective. Tant pis pour les banques.

Mon billet donc a suscité au moins deux réactions assez semblable. Tout d'abord, l'excellent Monsieur Poireau a commenté ici même, pour dire :

Par extension, on peut considérer me semble-t-il que les actionnaires floués l'ont été de la même manière, se laissant bercer de douces illusions sur une rentabilité éternelle à au moins deux chiffres et retombant violemment sur le cul en découvrant la réalité.

Même question : pourquoi est-ce à l'État d'intervenir comme rembourser de tout cela ?

De même, chez Avec nos gueules, on repose à peu près la même question :

En clair, dans ce merveilleux processus de crise qui est le nôtre aujourd’hui, crise que beaucoup voyaient venir d’ailleurs, non seulement les prix montent (ce qui frappe les pauvres en premier, mais touchera vite les classes moyennes), le crédit est paralysé, les salaires stagnent, le chômage augmente, et en plus, il va falloir que l’on paie les conneries des banques avec nos revenus, puisque c’est sur eux que portent les deux impôts les plus importants, l’impôt sur le revenu et la TVA. [...] Personnellement, si je le pouvais, je laisserais crever les banques et leurs actionnaires, je te nationaliserais tout cela et je ne paierais pas ces dettes : les banquiers ont prêté n’importe comment, tant pis pour eux, qu’ils tombent, et les capitalistes qui ont passé l’argent avec. Malheureusement, c’est de l’utopie...

Eh oui, malheureusement... Mais la question est bien politique, et peut se penser en termes d'une lutte des classes (ou presque) : pourquoi faut-il que nous on paie pour eux tandis ce sont eux qui ont fait des énormes erreurs et ont triché, joué avec le feu, etc. etc. ?

Un peu plus et ma position n'aurait même plus l'air d'être de gauche.

Tout d'abord, le vrai scandale est ce qui a déjà eu lieu. Le scandale, c'était la bulle elle-même. Ceux qui se plaignaient de la "finance" passaient à l'époque pour des [utopistes][sego, "Ségolène"]. La finance a créé cette situation qui désormais la dépasse. Nous sommes aujourd'hui confrontés à la gestion des dégâts.

La véritable question droite/gauche en ce moment est entre des politiques de l'offre et de la demande. La droite propose une solution qui protège essentiellement les (grosses) entreprises qui pourront au moins survivre jusqu'à la fin de la crise. C'est inefficace, ne prend pas en compte la souffrance des gens de plus en plus exposés. Je reviendrai là dessus plus tard.

Et l'autre aspect droite/gauche dans cette histoire, c'est qu'elle montre bien que, même dans la sphère de la thune, le collectif est toujours aussi important.

Pour l'instant, je voudrais parler un peu plus du côté inévitable de l'intervention étatique. Aujourd'hui, il est accepté à peu près partout qu'il y a des ressources communes. L'air et l'eau, par exemple. Pendant des longues années, personne ne voyait pourquoi telle usine ne devait pas polluer l'air si, ce faisant, elle pouvait produire de la valeur. On a fini par comprendre, difficilement, que l'intérêt immédiat et individuel (produire en polluant) ne pouvait pas toujours primer sur l'intérêt collectif (respirer). Et seuls les États peuvent gérer de telles ressources, puisqu'il sera toujours plus rentable de ne penser qu'à soi sans penser aux autres. "Les autres" ont besoin d'une représentation quelconque pour protéger les intérêts communs.

Le "monde de la finance" a, à travers des pratiques irresponsables, gonflé artificiellement la quantité de l'argent dans le monde. Faire un mauvais prêt, c'est en quelque sorte fabriquer de l'argent puisque vous (le banquier) en donnez à quelqu'un (un pauvre, ou une banque devenue insolvable...) de l'argent là où il n'y a pas de valeur. Le système n'a fait que ça, pendant longtemps. Et on se rend compte aujourd'hui que cet argent est, malgré tout, à nous. La finance a pollué l'argent, a pollué la plupart des économies du monde. Et maintenant c'est aux États de tout nettoyer, non pas vraiment pour sauver les banques et les banquiers (enfin, si, mais c'est une autre histoire), mais parce qu'il n'y a plus d'autre choix.

Les banquiers ont bousillé notre argent, alors même que il n'était pas à nous. Mais on ne peut pas s'en passer. C'est comme ça.

15 février 2009

The Iceland Effect

Vous vous souvenez : c'était en octobre dernier. L'Islande était menacée de faillite nationale par ses deux grandes banques, sa monnaie était en chute libre. Le pays a demandé un emprunt à la Russie pour éviter la catastrophe. Je n'ai rien contre la pays qui nous a donné Björk, mais j'avoue qu'au moment l'histoire m'avait fait sourire. En essayant de sauver ses banques de leurs dettes, c'est le pays tout entier qui se retrouve menacé.

C'est le problème des petits pays :

La taille du pays, seulement 300000 habitants, limite les solutions. "Ce que nous avons appris (...) est qu'il n'est pas sage pour un petit pays d'essayer de jouer un rôle de leader dans le domaine de la banque internationale" a déclaré le Premier ministre Geir Haarde. (JDD)

Tiens donc.

Cela me rappelle une fable, mais je n'arrive pas à retrouver laquelle. Ce n'est pas Le boeuf et la grenouille ; je vois vaguement un animal qui essaie d'en manger un autre qui s'avère trop grand pour lui, avec des conséquences désastreuses. Ça vous dit quelque chose ?

L'Islande était trop petite pour avaler sa part de la bulle financière internationale. Dur d'être un petit pays avec des grosses banques, n'est-ce pas ?

Sauf que... sauf que... il devient de plus en plus évident que nous sommes tous des Islandais. Choquant, non ? J'explique.

Depuis le début de ce qui était alors la "crise des subprimes", il ne passe guère une semaine sans qu'on se rende compte que la surextension du monde de la finance était pire, encore pire, que ce qu'on imaginait. Et si vous lisez un peu la presse étrangère, cette impression est multipliée par dix. La France reste dans une bulle d'une autre sorte, une bulle de protection psychologique qui empêche de voir la profondeur du trou. Cette fois-ci, c'est Dagrouik qui m'a montré ce billet (en anglais) où est raconté une réunion avec des hommes d'affaires autrichiens persuadés que leur pays allait devoir demander l'aide de l'Allemagne pour éviter la faillite.

the German part of the contingent was amused at the Austrians' confidence that Germany would rush to their aid

Le billet en question cite ce papier du Telegraph qui cite à son tour un memo européen censé être confidentiel et qui souligne le danger de faillite qui menace les plus faibles États européens. Pas seulement l'Islande.

Pire encore :

The IMF says European and British banks have 75 % as much exposure to US toxic debt as American banks themselves, yet they have been much slower to take their punishment. Write-downs have been $738bn in the US: just $294bn in Europe.

En Europe, le pire, donc, est encore plus loin, encore à venir. Qu'est-ce qui nous dit que même les grands pays sont assez solides, assez riches pour absorber toute cette dette toxique ?

J'essaie de résumer : la grande bulle des dernières années peut être vue comme une multiplication démesurée des valeurs en circulation dans le monde, à travers une sorte de pyramide d'endettement (les métaphores pyramidales reviennent sans cesse en ce moment). Tant que tout va bien, les dettes s'équilibrent entre elles et l'expansion peut continuer. Mais à partir de la première inquiétude, la mécanique s'enraye ; chacun commence à chercher à récupérer ce qu'on lui doit. Il faudrait alors que tout l'argent fictif deviennent réel, ce qui est impossible. Alors c'est l'effondrement : l'argent fictif disparaît, les dettes remontent de créditeur en créditeur.

Nous sommes aujourd'hui dans l'effondrement. La question essentielle est celle de sa vitesse. Si demain il fallait que toutes les dettes soient remboursées, ce serait l'effondrement total et immédiat. Seule la possibilité de différer dans le temps cet effondrement permettra d'échapper aux conséquences les plus graves. C'est pour ça qu'il ne faut pas faire des billets de blog pessimistes : ça accelère le processus.

En nationalisant leurs banques, les islandais n'avait pas le choix. Tout était déjà joué. L'Islande s'endette pour gagner du temps. C'est ce que le reste du monde est en train de faire, plus lentement.

Hier je me demandais si Sarkozy avait vraiment une idée de comment organiser la sortie de la crise, outre les gesticulations et manoeuvres habituelles ("c'est pour ça qu'il faut aller plus vite dans les réformes"...[rires]). Son plan de relance est timide, n'est pas à la hauteur de la situation. On dit le plus souvent qu'il ne faut pas trop s'endetter, que la France est déjà bien suffisamment endettée. Malheureusement, il va falloir s'endetter beaucoup plus, car seule la dette publique peut effectivement différer dans le temps l'effondrement. La timidité n'aura d'effet que d'acceler l'effondrement.

Vous avez toujours rêvé d'habiter une île dans l'Atlantique du Nord ? Mettez vos bottes et vos gants, car il va faire froid.

14 février 2009

Y a-t-il un plan quelque part ?

La même semaine où les Américains annoncent un plan de relance de presque 800 milliards de dollars, l'Elysée a subi le fiasco, communicationnel et fiasco tout court, de ses aides aux constructeurs automobiles, suivi le lendemain par l'annonce, chez PSA, de suppressions d'emploi. "Maladroit" dit Éric Woerth.

Bien sûr, ce n'est qu'un prêt ; comme les cadeaux faits aux banques, on nous promet que tout cela ne coûtera pas une centime au contribuable. J'ai compris. On a quand même risqué de fâcher, une fois de plus, les partenaires européens (car PSA a eu le bon goût d'annoncer également qu'il y aura des licenciements ailleurs qu'en France) et de lancer un cycle protectionniste où chacun cherchera à protéger son bout de gras, rendant de plus en plus difficile le genre de coopération international qui, je l'entends de plus en plus, sera l'une des clés d'une issue de la crise.

Et qu'a-t-on gagné, avec ça ? Du côté de PSA et de Renault, il n'y aura pas de licenciement en France en 2009. Il y aura tout de même 3000 suppressions de poste. En termes de relance, donc, l'effet sur l'économie sera minimal. Des postes en moins, ce sont des postes en moins. Mais avec moins d'ouvriers en colère dans la rue et dans le poste, ce qui fait du bien quand on est Président de la R.

Le 1er janvier 2010 tombe un vendredi. C'est donc férié, après il y a le week-end, et le travail reprend le lundi 4. Croyez-vous sérieusement que PSA et Renault vont attendre le mardi 5 pour annoncer tous les licenciements qu'ils ne pouvaient pas faire en 2009 ?

A côté de cela, il y a la "timidité" du plan de relance français. C'est Marc Vasseur qui a trouvé les statistiques : le plan français pèse 0,7 % du PIB, celui de l'Allemagne 1,5 % de son PIB, celui des USA 1,9 % etc. La France se retrouve avec l'Inde et le Brésil, mais loin devant l'Italie (0,2 %). On se demande comment Sarkozy (1m68) va faire pour les photos lorsqu'il rencontrera Obama (1m87). Si les tailles des présidents reflétaient celles de leurs plans de relance respectifs, Nicolas Sarkozy ne mesurerait, si j'ai bien calculé, que 70 centimètres... J'essaie d'imaginer les talonnettes qu'il faudrait.

Tout cela est assez étrange et assez déconcertant. Quel est véritablement le plan Sarkozy pour la crise ? Il l'a dit : pas question de toucher à la TVA, cela pourrait relancer la consommation. Son "volontarisme" légendaire va-t-il se réduire au soutien de quelques grands groupes qui verront leurs cours s'effondrer un peu moins ? A-t-il compris l'envergure de la crise ? Pense-t-il qu'elle sera terminée à la fin de l'année ? S'agit-il de tenter de bénéficier des plans des voisins (Allemagne à 2,0 %, Royaume-Uni à 1,4 %) sans en faire un soi-même ?

Dans le prochain numéro : pourquoi il faut que ce soit l'État qui investisseconstruise vraiment.

12 février 2009

Profit

Il ne faut pas se réjouir du malheur des autres. Ce n'est pas gentil. Ou comme dirait notre Monocrate : c'est pas gentil. (Voilà, ça fait plus vrai, moins sachant, donc plus moderne. Ouf.)

Enfin, si. C'est moi qui décide. Quand il s'agit d'un Président de la R. dont on désapprouve à peu près chaque fait et chaque geste, c'est une exception, on a le droit de se réjouir. Ça fait du bien, c'est bon pour la morale des ménages.

Enfin, voilà : Sarkozy est au plus bas. Pire qu'après pov'con. C'est Le Point qui le dit :

avec seulement 36 % d'opinions positives dans le baromètre Ipsos, il atteint son score le plus bas depuis qu'il est testé par *Le Point* comme président de la République. Malgré tous ses efforts d'action et de communication, l'hôte de l'Elysée ne parvient pas à créer un climat de confiance autour de lui.

Pauvre petit... (Non, je ne faisais pas référence à sa taille, je promets.) Pas de "climat de confiance" ? C'est trop dommage. Trop dommage de voir que tous les efforts pour surfer sur la crise financière, se transformer en pourfendeur des banquiers à peu près dans le seul but de priver la gauche d'un discours qui, oui, lui appartient aboutissent à ce triste 36 %. En termes de rentabilité et d'efficacité, tous les contribuables peuvent être déçus : pourquoi payer autant pour s'offrir un TGH et un budget élyséen et des communiquants un peu partout si on n'est même pas médusés ?

Profitez donc de ces mauvais chiffres pour ce qu'ils ont de mauvais. Car, malgré tout, ils n'ont pas grand-chose de bon, non plus. Évidemment, je préfère voir Sarkozy à 36 % plutôt qu'à 37 %. Mais malheureusement ce n'est pas une défaite. Oui, une image se brise un peu plus; oui les "gens" se méfieront un peu plus. Mais la gauche, je veux dire le PS, reste toujours aussi inaudible, ne tire aucun profit de la situation. J'ai bien l'impression qu'à l'heure actuelle, 36 %, ce n'est pas beaucoup, mais c'est suffisant.

Alors, dans les instants de bloggage qui me tombent entre les mains en ce moment, je vais reprendre les gauchitudes que j'avais commencées l'été dernier. Promis juré. Car, si la déconfiture de Sarkozy et du sarkozysme peut servir à quelque chose, c'est sûrement en tant que contre-exemple magistral. Si, si : l'antisarkozysme primaire peut aboutir à quelque chose d'intéressant, j'en suis persuadé. En tout cas, il me paraît encore plus urgent que jamais d'inventer autre chose que du productivisme 2.0. Voilà : dites-moi "chiche".

Edit: Etrange problème de mise en page corrigé, sévèrement.

6 février 2009

Éloge de la bourde

Les trolls sarkozystes, comme celui-ci qui sévit depuis longtemps chez Dagrouik, aiment parler de compétence et de resultats, comme si le fait d'avoir une Rolex, ou encore, pardon, un Philippe Patek, prouvait quelque part l'efficacité des gesticulations. C'est vrai qu'avec une grosse montre, les gesticulations sont plus lourdes ou plus chères. Les résultats de Sarkozy sont loin d'être évidents, cependant, sauf à parler en termes de reconduites à la frontière, ce qu'un vrai troll sarkozyste n'hésiterait pas à signaler. Le vrai troll sarkozyste croit aussi, bien sûr, que la crise financière serait bien plus grave si la belle France n'était pas préalablement protégée par son magnifique bouclier fiscal et son tout aussi magnifique Paquet.

Alors, il faut, chers trolls, comprendre que les gauchistes inefficaces que nous sommes ont du mal à ne pas rigoler un peu quand on voit que le Super-Héros qui a généreusement accepté d'être Président de la R. ne peut pas parler de sa propre politique économique sans créer un incident diplomatique. Voici ce que nous dit notre Monde :

"Dans un entretien de 90 minutes diffusé simultanément sur trois chaînes de télévision hier soir, rapporte vendredi le quotidien britannique, le président français a déclaré qu'il ne répéterait pas les 'erreurs' économiques de la Grande-Bretagne, avant d'ajouter que la baisse de la TVA du premier ministre n'avait pas marché du tout." L'Elysée aurait aussitôt tenté d'éteindre le début d'incendie diplomatique en s'entretenant au téléphone avec le 10 Downing Street, mais les services de Gordon Brown cachent mal leur irritation : "l'Elysée nous a assurés [vendredi] matin que ces remarques ne constituaient pas des critiques de la politique économique britannique – c'est sympathique", a lâché un porte-parole du gouvernement à Londres.

Reuteurs est un peu plus clair :

French President Nicolas Sarkozy angered the Czech Republic, which holds the EU presidency, and drew a frosty response from Britain on Friday over disparaging comments about two key European partners.

[...]
And his jibe about British tax measures to combat the financial crisis achieving "absolutely nothing" struck a nerve that has had British officials privately fuming.

Un manager hyper-compétent qui maîtrise tous ses dossiers ainsi que sa propre parole sait ce qu'il fait. Quand on tape sur les Anglais, il faut mesurer ce que l'on gagne et ce que l'on perd. Côté passif, il y a le fait d'attiser l'euroscepticisme dans un pays qui aurait surtout besoin d'être rassuré que les Continentals ne vont pas venir chez eux leur dire comment conduire leur politique économique. Et pour l'actif ? Eh bien... notre Très Grand Homme (TGH) a réussi à s'en sortir à la télé avec une pirouette de plus. Il faut dire que ça vaut son pesant de Patek Philippe. Tant pis pour les British.

C'est à croire que la réalité télévisuelle prime sur toutes les autres. Devant la caméra, le TGH devient cette créature en empathie avec ces Français qu'il imagine "moyens" et dont il suppose qu'ils se fichent royalement des Anglais et de Gordon Brown, qui n'est même pas Tony Blair. La téléréalité prime sur les autres réalités. Peu importe les conséquences. Quand on est président de la R., on a bien mérité le droit de dire n'importe quoi pour sauver la figure.

S'il était permis de douter, même un tant soit peu, de la compétence de notre Hypermonarque, certains n'hésiteraient pas à qualifier la petite phrase de Sarkozy de bourde, à inscrire dans une longue liste de bourdes.

5 février 2009

Aplatir, dit-il

Depuis quelques semaines nous voyons fleurir des excellents textes écrits par des chercheurs pour défendre la recherche et l'enseignement en France. A tel point que l'humble blogueur ne voit pas toujours ce qu'il pourrait rajouter. La volonté de casser les institutions, de précariser les chercheurs et les enseignants, de prendre le dessus sur toute cette intelligence finit par ne pas sembler rationnel du tout. L'humble blogueur s'interroge sur les motivations profondes et obscures.

J'avais parlais de la pyramide dans mon dernier billet (il y a... presque un mois...) sarkozyste, et du fait que pour le sarkozyzme, il est insupportable qu'il existe des domaines qui échappent à une hiérarchie sociale et économique faite uniquement de relations de domination (surtout économique) et de rapports de force. D'où une suspicion permanente à l'égard de la justice et de l'éducation, notamment. Il faut les dominer, les mettre sous tutelle ! Il est insupportable que des juges puissent mettre en danger nos grandes entreprises. Il est insupportable que des "profs" forment notre jeunesse sans être guidés par les lois et l'esprit du marché. Il est insupportable que des chercheurs puissent chercher n'importe quoi sans que ce soit le Prince l'ait expressément voulu. A quoi ça rime ?

En somme, il n'y a qu'un seul langage. S'il y a une pyramide avec au sommet une caste de dirigeants rich and powerful, il y a aussi un aplatissement. Rien en dehors du discours dominant, pas d'intelligence ni de justice indépendants.

Pour la culture, on sait que Sarkozy affectionne la culture télévisuelle à succès. J'entendais sur France Info hier, en passant, quelqu'un dire que ce qui intéresse Sarkozy dans les médias, c'était la réussite. C'était pour expliquer son choix de RTL pour son entretien radiophonique, RTL étant la radio la plus populaire. Voilà de l'intelligence que l'on peut mesurer. L'intelligence qui se convertit instantanément, ou presque, en fric. Intelligent comme la Star Ac'.

De temps en temps, il m'arrive de me retrouver dans l'une de ces conversations où, soudain, mon interlocuteur prend pour acquis que c'est quand même un peu ridicule que l'État paie pour, par exemple et au choix, soutenir l'étude des langues anciennes, proposer des diplômes d'art plastique, étudier La Princesse de Clèves, bref toutes sortes de choses qui ne servent à rien, qui n'intéressent à peu près personne, etc. etc. etc.

Pour défendre ces politiques, on ne peut plus s'appuyer sur l'humanisme comme valeur. Évidemment. L'humanisme n'est plus tellement vendeur, il va falloir s'y faire. J'essaie de dire, dans ce genre de conversation, que la recherche, même celle qui concerne les "choses inutiles dont tout le monde s'en fout", maintient le niveau d'un pays, en essayant d'invoquer l'esprit patriotique : "tu as envie, toi, de vivre dans un pays où la plus haute culture est celle de TF1 ?" Ce genre d'argument ne prend pas en général, mais je l'aime bien quand même.

La question n'est pas celle du patriotisme, d'ailleurs, mais celle de l'uniformité de la pensée, du savoir. En cassant les institutions, en affichant un mépris profond pour les chercheurs, en espérant que le bon peuple le rejoindra dans ce mépris pour des fonctionnaires évidemment fainéants, Sarkozy et les siens cherchent, même s'ils ne se l'avouent pas, à nettoyer, avec un Kärcher d'un autre type, les esprits et les discours. Le but de l'opération est bien sûr de venger une certaine droite des blessures que l'intelligence lui a infligées depuis des décennies, et surtout d'en finir avec autre forme d'altérité, une autre sorte de contre-pouvoir qui échappait encore à l'Axe argent-pouvoir.

11 janvier 2009

La pyramide

Trois actualités sans rapport évident entre elles, sauf, bien sûr, le lien avec le Président de la République.

  • La suppression du juge d'instruction.
  • La soumission de la recherche au pouvoir politique et à l'économie.
  • L'idée de faire de Jean Sarkozy (fils de...) l'adjoint du chef de l'UMP.

On sait que Nicolas Sarkozy n'aime pas les sachants. Il n'aime pas non plus le fait qu'il existe quelque chose qui s'appelle La Princesse de Clèves quelque chose qui lui échappe totalement, et qui lui a fait "tant souffir".

Que le même Nicolas Sarkozy n'apprécie pas non plus les juges est une autre histoire, plus complexe et ambiguë comme l'affaire Clearstream. On sent que là, c'est plutôt sa caste qui est menacé par ces gêneurs.

Et puis, il y a Jean S. (Juan nous rappelle qu'il faut signer la pétition) dont le bel avenir ne fait plus aucun doute, qui, en refusant ce poste d'adjoint a fait un grand pas vers un rôle national de premier plan dans le dispositif sarkozyën.

Sur la recherche, le TGH a dit récemment, (c'est ici, dans France Soir!) :

« qu'il faut en finir avec cette distinction entre recherche fondamentale et appliquée. Il n'y a pas de barrière entre les deux ».

Oui, d'accord : c'est la même science. Mais supprimer la distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée, c'est tout simplement supprimer la recherche fondamentale qui n'existe que grâce à cette terrible "barrière". Pourquoi la supprimer, d'ailleurs? C'est une barrière contre la pression du marché, contre la pression politique. Le principe de la recherche fondamentale est qu'on laisse faire la science, on laisse les scientifiques poursuivre leurs propres interrogations.

Qu'est-ce qui gêne, dans l'indépendance des chercheurs ? Bien sûr, comme le rappelle fidèlement Les Echos, les chercheurs français sont des fonctionnaires fainéants ("la léthargie des chercheurs hexagonaux anesthésiés par le doux oreiller du fonctionnariat") qui ont besoin du marché, de la pression et même de la précarisation pour se mettre en marche.

J'ai quand même le sentiment que ça va plus loin, du moins dans l'inconscient politique du Président de la R. De même que les juges d'instruction seraient bien plus "efficaces" (disons) s'ils dépendaient plus directement de la Garde des Sceaux, les chercheurs, gêneurs d'une autre espèce, seraient plus rentables si l'on pouvait les soumettre à des instances extérieures.

Ce qui est indépendant gène. Je pense que l'on peut inclure ce principe dans le bréviaire de la pensée sarkozyste. Que ce soit des médias, des juges, des chercheurs, les blogueurs (Marc Vasseur se demandait se matin pour combien de temps encore on va nous laisser sévir impunément), les différentes poches de résistance sont les ennemis du sarkozysme.

"Ensemble tout devient possible". Je n'avais pas pensé jusqu'à présent que ce "ensemble" n'était pas dit dans le vide : "ensemble", dans le sarkozysme, veut dire : tous dans le même réseau de pouvoir et d'influences, tous dans la même pyramide. Mais pas tous à la même place. Car une pyramide n'a qu'un sommet et je n'ai pas besoin d'indiquer l'identité de celui qui l'occupe. Des considérations vieux-jeu et abstraites comme "justice", "vérité", "le Bien" (oui, on peut rigoler un petit peu) n'ont pas de place dans la pyramide et sont donc éliminées petit à petit. De telles considérations sont, oui, gênantes, car elles n'ont rien à voir avec l'ordre pyramidal et la question essentielle de "qui est au-dessus de qui ?"

Et c'est là qu'intervient dans le scénario le jeune et tellement prometteur Jean Sarkozy, celui qui "n'intégrera pas la direction de l'UMP" (pensez: un mois sans citer le Figaro, c'était long). Jean Sarkozy est le contraire d'un juge d'instruction ou d'un chercheur qui ferait de la recherche fondamentale. Jean Sarkozy, sorte d'ombre blonde qui plane désormais au-dessus des destins des Xavier Bertrand, Jean-François Copé et Patrick Devedjian, représente l'essence même de la logique pyramidale : un garçon qui n'a rien pour lui sauf un père ultra-puissant. Autrement dit, son seul mérite est sa capacité à occuper une place dans la pyramide. C'est déjà beaucoup. Un jour, ce sera tout.

Un billet

Un mois sans billets, sans même laisser un mot. Normalement, il faudrait laisser un mot pour dire que l'on fait une pause, mais en général, moi, je sais que j'ai fait une pause seulement à la fin de la pause. Le reste du temps je me dis sans cesse, "il faudrait faire un billet sur ça". Ou ça. Ou ça.

Il faut dire que le PS m'a déçu. Déjà que nous avons une Ve République qui vérouille le pouvoir, on constate qu'au PS c'est à peu près pareil. Une alternative crédible à l'UMP sera nécessaire en 2012. Pire, seule une altérnative crédible rendra utiles nos résistances au Pouvoir. On a beau taper sur Sarkozy, il a raison en ce moment de n'avoir peur de rien. De son point de vue, évidemment.

Pourtant, je tiens à ce principe qu'il ne faut pas être déçu en politique, que la politique se fait dans le présent avec les forces disponibles, et qu'attendre une meilleure configuration, ou une configuration idéale, c'est laisser faire les autres. La configuration actuelle ne me plaît pas, et je cherche encore un angle pour écrire. On s'en fiche pas mal, sans doute. Moustique parmi les moustiques, j'ai quand même besoin de me créer au moins l'illusion d'agir ou de servir à quelque chose.

Le temps passe et je n'ai pas particulièrement envie de me taire. Bref...

7 décembre 2008

L'empereur nu dans ses vêtements trop grands, ou l'art d'agacer

"Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda".

Dans le contexte, il s'agit d'être "libre" vis-à-vis de la Chine. Laissons l'essentiel de côté, pour se focaliser sur la petite bête. C'est ainsi que l'on reconnaît l'anti-sarkozysme primaire.

"Je suis libre [...] de mon agenda." Je fais ce que je veux. Pas si libre que cela, puisque le Très Grand Homme (TGH) a mis assez longtemps à se décider s'entretenir avec le Dalaï Lama autrement que par Bruni-Sarkozy interposée. Mais non, oublions tout cela : "je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". Le petit garçon qui ne cesse d'affirmer qu'il est "grand", qu'il fait ce qu'il veut, que t'as pas le droit de dire qu'il ne peut pas avoir encore un bon bon, etc.

"... en tant que président de la République française..." On l'aurait oublié, ça ? Si seulement c'était quelque chose qu'on pouvait oublier de temps en temps. Le TGH doit constamment nous le rappeler, explicitement, en mettant les points sur les "i" : République française, et non République populaire de Chine par exemple, malgré son admiration pour les politiques salariales de cette autre république.

Pourtant, il y a autre chose qui cloche dans cette phrase. "Je suis libre en tant que président de la République française de mon agenda". C'est peut-être lui. Il a eu tort, il semblerait, d'avoir fait l'impasse sur le monastère Corse où il devait apprendre à habiter la fonction. Il "l'habite" comme un garçon (petit garçon) porte un vêtement trop grand. J'étais comme ça, moi, petit : soucieux d'être plus grand, voulant toujours la taille au-dessus comme si ça me rendrait plus grand. J'avais 8 ans. J'ai changé depuis.

Ce qui cloche, donc, c'est ce "je" qui est accessoirement Président de la R. Accessoirement, comme le Philippe Patek est un accessoire. Il n'a pas compris qu'être Président n'est pas une liberté mais une responsabilité, une contrainte. Pas parce qu'il y a beaucoup de boulot, mais parce que, en tant que monarque élu, il est censé incarner cette République. Ce n'est pas malin de laisser supposer sans cesse qu'il ne serait pas à la hauteur.

Sarkozy, s'il avait compris cette distinction, aurait pu éviter certaines erreurs qui lui avaient, à l'époque, coûté assez cher en termes de popularité : le yacht, les escapades un peu trop voyantes avec une ex-top model. Il pensait qu'être Président était simplement un boulot où l'on pouvait décider de son propre salaire, mais qu'il pouvait exister, en tant que personnalité publique, à côté de ce métier. Cette phrase que cloche montre qu'il n'a pas vraiment changé. Sauf qu'aujourd'hui, le système a un peu évolué. Le "personnage" sert à distraire. Vous n'êtes plus obligé d'aimer Sarkozy. Car pendant que ses manières vous énervent, vous ne regardez pas l'essentiel, c'est-à-dire les actions réelles qu'il entreprend. Hortefeux sévit discrètement ; Darcos et Pécresse cassent, pour toujours, l'enseignement et la recherche, et ainsi de suite. Les aiguilles dans la poupée ne changeront rien. C'est jouissif, mais cela distrait du politique.

Sarkozy sait profiter du fait qu'il nous agace. S'il n'hésite pas à se rendre ridicule, en faisant appel contre la poupée par exemple, c'est que même ce ridicule lui sert de bouclier communicationnel, pour nous faire parler de lui plutôt que de ce qu'il fait.

2 décembre 2008

C'est pourtant pour ton bien

Lefebvre :

"Cela a été dans beaucoup de rapports. On dit qu'il faut le faire dès l'âge de 3 ans pour être efficace", a déclaré M. Lefebvre sur Europe 1. "Je ne suis pas un spécialiste, donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire", mais "quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile que de mettre en place une politique de prévention tout de suite", a-t-il ajouté.

Je vais tenter de ne pas trop me moquer de Lefebvre, parce que c'est trop grave et trop triste. Mais quand même. "Cela a été dans beaucoup de rapports" : c'est donc vrai. "Je ne suis pas spécialiste" : on s'en doute. "...donc je ne déterminerai pas à quel âge il faut le faire" : ah ? ce n'est donc pas le porte-parole de l'UMP qui décide comment il faut élever les enfants ?

Et surtout : "...il faut le faire..." Faire quoi ? "...mettre en place une politique de prévention..." Une "politique de prévention" ? Le gamin turbulent à la garderie va donc se retrouver nez-à-nez avec une "politique de prévention", concocté par l'UMP en plus, une politique rien que pour lui. Oui, une politique : du grec Polis, "la cité".

Avec pour but d'exclure le môme de la Cité, en le mettant en tôle dès 12 ans. (C'est pour son bien, il remerciera Lefebvre à sa sortie de prison.) Ou encore de garder les "enfants difficiles" pour toujours dans leurs cités.

Donc une politique de prévention, sur mesure, pour l'enfant de trois ans. Et qu'on ne se trompe pas, c'est beaucoup plus bâton que carrotte, aimer bien en châtiant bien. Eh, gamin, c'est pour ton bien. La souffrance de l'enfant ne sera pas pris en compte, son comportement ne sera pas vu comme un symptôme. Non, à trois ans, le gamin va être déjà responsable. A trois ans. Une bonne paire de claques et puis mange ta soupe.

Finalement, trois ans, ce n'est pas grand'chose. Lefebvre veut aller déjà plus loin.

"Moi je souhaite qu'on aille même sans doute un peu plus loin", sur "la question de la détection précoce des comportements", a-t-il ajouté.

Se rapprocher encore plus de la naissance. Faut-il y voir une quête de la mère ? L'UMP qui cherche à retourner dans l'utérus, avec une compagnie de CRS cette fois ? Avec des tazers ? Avec une politique de prévention ?