22 mai 2007

Tout l'UMP court

Dans mon souvenir, c'est à Jimmy Carter que l'on doit l'image du président-joggeur:

Les présidents Clinton (qui a même fait un tour à Paris lors de sa visite en 1997) et Bush Jr. ont confirmé la tendance. Mais chez nous, pouvoir et jogging sont devenus des enjeux politiques depuis l'inoubliable séquence 100% UMP à la Baule en 2005:

On se souvient de la dernière université d’été de l’UMP à La Baule, où le duo Villepin-Sarkozy a tenu la vedette, fomentant plus d’un climax. L’épisode dit du jogging est de ce point vue éloquent dans le processus iconologique. Villepin invite Sarkozy à un jogging au petit matin sur la plage. Ce dernier y répond d’abord favorablement, puis se rétracte sous les conseils de ses proches, lui suggérant que l’image présentant un athlétique Villepin à ses côtés irait à son désavantage.

Le président de l’UMP invoque alors une maladie diplomatique, mais accepte de prendre le petit déjeuner avec le Premier ministre au terme de ses exercices matinaux. L’« événement » filmé par une kyrielle de caméras montre alors un Nicolas Sarkozy visiblement affecté devant le spectacle d’un Dominique de Villepin sortant de l’onde, courant sur la plage entouré d’une nué de journalistes. Avantage : Villepin.

Beaucoup de commentaires sur notre joggeur national (ici et ici pour commencer).

C'est bien sûr, comme beaucoup l'ont déjà dit, une manière d'envahir l'espace médiatique, d'exister chaque jour.

En s'affichant ainsi en jogging avec son nouveau premier ministre, Sarkozy insiste, je trouve, un peu lourdement sur la chose. (Il fallait sans doute réparer l'insulte de La Baule.) Normalement, pour être efficaces en termes d'image, les entraînements des chefs d'états doivent apparaître comme très spontanés, sans arrière pensée.

Courir avec son premier ministre est certes très Ve République, et cette nécessité de montrer les numéros un et deux de l'Etat en train de faire du sport ensemble est une bonne démonstration de l'invasion de l'image dans le fonctionnement même du gouvernement. Je veux dire : désormais, les relations politiques, relations très sérieuses, doivent trouver une expression en image. Je suis sûr que l'exercice du pouvoir sarkozien suivra fidèlement le principe de ce mélange permanent d'un Sarkozy "people" et un Sarkozy qui « habite sa fonction ».

Toujours entre le yacht et le monastère...

Je n'ai pas le temps de poursuivre la réflexion aujourd'hui, mais il y a aussi quelque chose à explorer du côté de cette culture du corps. On y reviendra.

3 commentaires:

Edith Agnes a dit…

In Jimmy's darkest hours in office, when the public had lost confidence, and inflation was soaring, Jimmy collapsed during a 10K run, further crippling -- so to speak -- his public image. Now he just looked weak and old. So, jogging can go both ways...

Edith Agnes a dit…

Also, there's been a lot written about physical prowess -- particularly masculinity and sportiiveness -- as a prerequisite for presidential potential -- in the US, anyway. My article, coming out soon in the journal Critical Studies in Media Communication, reviews the literature on the subject and also delves into attitudes about France and Frenchness as "feminized" in US political rhetoric. Maybe Sarkosy represents the new "francais sportif" -- bringing an anti-intellectual, macho era to French politics as well. Too bad.

omelette16oeufs a dit…

Je ne savais pas que Carter était tombé. C'est vrai que c'est un accident riche en symboles.

Je pense qu'effectivement, l'un des aspects importants de ces footings présidentiels, c'est bien la virilité, la jeunesse, l'énergie: des valeurs que Sarkozy a beaucoup mises en avant.

en même temps, je pense qu'il y a autre chose, aussi. voir un président en habits de sport, en train de souffrir à courir, c'est le voir dans une position de faiblesse, d'homme simple. Avec Carter, apparamment, c'était le cas. Avec Sarkozy, on voit le petit homme entouré de son équipe de garde-de-corps, faible mais protégé par l'appareil de l'Etat...

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