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6 juillet 2009

Drôle d'Epok

Dans mon dernier billet, j'ai mentionné le célèbre entretien du Chef de l'État avec Denis Olivennes, l'ancien PDG de la Fnac, reconverti, paraît-il, dans le journalisme. Les confrères blogueurs n'ont pas apprécié que ce même Olivennes considère que "internet" est le "tout-à-l'égout de la démocratie". Après avoir détruit l'art et la culture, l'internet vise donc la démocratie elle-même, donc. On peut s'interroger sur cet usage du mot même d'"internet" dans ce contexte, comme si c'était une simple chose, ou un produit unique, comme l'iPod par exemple, vendu à la Fnac. Monsieur Olivennes, l'ancien "agitateur depuis...", devrait savoir, pourtant, que l'internet n'est plus vraiment une chose, mais est devenu l'air que respire une certaine société moderne et occidentale. C'est cette même attitude qui a produit des abérrations comme Hadopi, les subventions pour la presse écrite payées par les fournisseurs d'accès, et fnac.com.

Denis Olivennes publie donc dans Epok, pardon, dans le Nouvel'Obs cet entretien qui a déjà reçu, quand même, un certain nombre d'attaques bien mérités, en commençant par les rédacteurs eux-mêmes du Nouvel'Obs, mais aussi (et surtout!) les blogueurs : Juan, Dagrouik, entre autres, et surtout Vogelsong qui nous livre un réquisitoire méchant juste comme il faut, auquel je n'ai pas grand'chose à ajouter.

Qu'est-ce qu'il y de si insidieux dans cet entretien, hormis le fait qu'il n'est pas paru dans Figaro Magazine ? Là où Olivennes passe véritablement les plats, c'est dans le détournement permanent du politique vers la "personnalité" du TGH. Souvenez-vous de ce "je ne suis pas narcissique" ou de cette magnifique explication du bling-bling :

Ces critiques avaient commencé bien avant le Fouquet’s. Cela correspondait à une époque de ma vie personnelle qui n’était pas facile et où j’avais à me battre sur plusieurs fronts.

Bon à savoir. Si j'ai des difficultés côté perso, je n'hésiterai pas à compenser par la multiplication des signes extérieurs de richesse. Se battre sur plusieurs fronts. Le pauvre.

Et pendant que nous nous appitoyons sur le pauvre petit Très Grand Homme, nous nous détournons du politique. Et c'est peut-être là où est le secret de l'alchimie Olivennes-Sarkozy : tout peut se réduire à du personnel, à des facettes de cette personalité insondable. Karachigate ? La question du journaliste ne me plaisait pas. Conception monarchique de la présidence ? Euh, j'ai grandi.

Eh bien, ici à la Pire Racaille, on s'en fout de la personalité du Président de la R., on s'en fout s'il grandit ou au contraire se rapetisse. Mais on n'est pas pour autant indifférent devant la compromission de la presse. Pourtant, cela ne devrait pas nous surprendre. (À ce propos, David Desgouilles fournit des intuitions importantes sur les liens entre Sarkozy et les « libéraux de gauche » comme Minc et Olivennes.)

Pendant les dernières semaines de la campagne présidentielle, j'entendais sans cesse : « il ne faut pas diaboliser Sarkozy ». Je ne me souviens pas de l'origine de ce thème, mais il est évident qu'aujourd'hui, déjà, après deux ans seulement, tout ce qu'on pouvait craindre est déjà en place. Sans parler des libertés individuelles, du Ministère de la Haine et de l'Identité Raciale, nous sommes effectivement arrivés à ce bloc de pouvoir médiatico-politique qu'il était déjà logique, en 2007, de redouter. L'« ouverture » est une bide politique qui ne sert qu'à maintenir la pression sur les cadres UMP. L'« ouverture » idéologique qui permet à cet homme de réseaux à peser sur presque tous les médias traditionnels est bien plus dangereuse.

24 février 2008

Vie privée politique

(Aujourd'hui je blogue en déconnecté, alors pas de liens...)

Dans Libé, on interroge des blogueurs français et des journalistes étrangers : s'ils avaient la certitude que le célèbre SMS ("Si tu reviens..." -- bientôt le nom d'un nouveau parfum chez Dior, sûrement) était authentique, auraient-ils publié l'information. Tandis que les journalistes (étrangers) l'auraient publié, il semblerait que la plupart des "blogueurs" (on se demande de qui il s'agit) ne l'auraient pas fait.

Bien. Peu importe.

Ce qui commence à me porter sur les nerfs, c'est que le seul argument en faveur de la publication du SMS, la seule justification qui revient encore et encore, c'est que Sarkozy lui-même a enlevé la distinction entre vie privée et vie publique, en instrumentalisant celle-ci pour arranger ses affaires en celle-là. Disons que je n'ai rien contre cet argument, il est parfaitement valable, je n'en veux pas à ceux qui le reprennent.

Si ça finit par m'agacer, c'est que l'argument s'arrête toujours là. La plupart du temps on ajoute que Ségolène Royal en faisait autant pendant la campagne, comme si elle s'était affichée partout avec le trop désirable François Hollande. Et ensuite on lui reproche d'avoir trop dissimulé les problèmes dans sa relation avec son compagnon. Bref, c'était exactement pareil qu'entre Sarkozy et Cécilia et entre Sarkozy et Carla.

Ça finit par m'agacer, finalement, parce que ça reste sur la surface et n'engage pas la dimension proprement politique de la chose. Afficher ou non sa vie de couple pourrait ne pas avoir de conséquences ; ces questions pourraient très bien rester le domaine de la presse people. L'instrumentalisation de la vie privée pour des besoins d'image est en effet devenue courante, en France et ailleurs, et de ce fait elle constitue une invitation à la presse, et à une certaine presse... Toutefois, le cas Sarkozy est différent, profondément différent. Sa poursuite permanente de la popularité personnelle est indissociable d'une démarche politique consistant à réinterpréter les relations entre le Président de la R., le gouvernement, le Parlément, la Justice. La présidentialisation du pouvoir s'est accompagnée d'une personnalisation du pouvoir.

Nous sommes bien loin des conclusions purement théoriques et totalement enterrées de la commission Balladur. D'ailleurs, qui, à droite, parle encore de ces "réformes" ? A l'automne dernier, la présidentialisation du régime semblait s'imposer ; Sarkozy était la preuve vivante que de toute façon nous étions entrés dans un univers présidentiel. Modifier la Constitution se justifiait comme une manière de rendre plus "transparente" une réalité déjà en place. Avec la chute de la popularité du Très Grand Homme (TGH), ces perspectives ont disparu. La nouvelle sagesse veut que le Président soit calme et distant. C'est la preuve que la déformation des institutions que Sarkozy justifiait par la "légitimité du suffrage universel" et surtout par sa puissance de feu médiatique était directement liée à sa personnalité. Et cette personnalité était elle-même le produit d'une manipulation des images du bonhomme : Sarkozy qui fait ses footings, Sarkozy en Ray-Ban, Sarkozy qui envoie sa femme chez Kadhaffi, et ainsi de suite.

Donc, non seulement le TGH a-t-il gommé la distinction entre vie privée et vie publique, mais sa vie privée est devenue politique. La droite s'indigne de l'impitoyable "lynchage" dont le TGH est devenu l'objet ; mais ce "lynchage" -- plutôt timide à mon goût : les "lyncheurs" ont attendu, pour la plupart, la baisse du TGH dans les sondages avant d'accrocher leur corde à l'arbre -- concerne non pas un type qui fait des voyages avec sa copine, mais une façon de faire de la politique, une façon de concevoir les relations entre les institutions. Faut-il s'étonner qu'une politique fondée sur la personnalisation suscite une opposition tout aussi personnelle ?

20 février 2008

Vous avez dit "lynchage"?

L'UMPétosphère sait désormais s'organiser, tant bien que mal, pour répandre des mots qui sont répétés à volonté par tous les fidèles. C'est de bonne guerre, même si parfois les ficelles sont un peu grosse. J'en parlais l'autre jour à propos du statut de victime que revendique Nicolas Sarkozy, qui, ne voulant pas faire dans la demi-mesure, cherche à s'imposer comme une victime hors norme, hyper-victime peut-être, se permettant donc la comparaison (indirecte, bien sûr) avec les juifs sous l'Occupation. Mais revenons à l'idée de lynchage, ou plutôt à ce mot, que l'on voit désormais partout, mais surtout dans ce très bon, très utile et très amusant billet de Juan.

Les protestations de Roger Karoutchi continuent et sont toujours aussi incroyables. Dagrouik nous rappelle, à propos de la première série d'élucubrations, que ce Karoutchi n'est pas censé ignorer l'histoire, ce qui rend son discours encore plus tragique et comique :

Ce pénible second couté rouillé de l'UMP doit être nul en histoire me direz vous. Détrompez-vous, il est agrégé en Histoire. Quand un homme cultivé comme lui commet une saloperie de ce genre, c'est clair: Il agit sur ordre. La cellule de spin doctors de L'Élysée a du se torturer le neurone et pondre un projet innovant: il fallait victimiser Sarkozy.

Maintenant, n'étant pas allé assez loin dans l'énorme et le ridicule, ce grand "cultivé" nous sort un argument qui, par ses exaggérations, en dit long sur l'état du sarkozysme. Sans hésiter, Karoutchi commence par reprendre à son compte tout simplement l'argument de l'appel Républicain qui a dû faire beaucoup de mal à Sarkozy. En somme, contester le Très Grand Homme (TGH), c'est un danger pour la République et pour la démocratie :

Parce que la République et la démocratie doivent être constamment confortées et ne sont pas naturellement éternelles ;

Voilà : il faut sauver la démocratie.

Parce qu'il est dangereux pour la démocratie d'utiliser et de multiplier les attaques personnelles contre le chef de l'Etat pour essayer de déstabiliser son action politique ;

C'était judicieux de mettre cet alinéa en deuxième position : le lecteur le voit moins que le premier, et a hâte de lire les suivants, donc ne prend pas le temps de réfléchir à son sens. Pourquoi serait-ce dangereux pour la démocratie, en fait ? En réalité, c'est ce qu'il veut démontrer par dessus tout, que les "attaques", le "lynchage", sont nuisibles à la démocratie ; mais plutôt de le démontrer, il le cite en raison : "parce que..." Tout le monde est censé le savoir, de le penser déjà, à condition de ne pas trop s'arrêter sur la phrase.

En gros, Sarkozy, c'est la démocratie elle-même. Être contre Sarkozy, c'est être contre la démocratie, contre la stabilité de nos sacro-sanctes institutions. Car, parce que...

Parce qu'il faut respecter l'expression récente du suffrage universel, source et origine des pouvoirs du Président de la République, du Parlement et du Gouvernement ;

C'est un peu le clou du pestacle : le suffrage universel contre toutes les objections possibles, contre les institutions, la Constitution s'il le faut, contre le gouvernement si jamais il devait se rebiffer, contre la liberté de presse, contre les libertés individuelles, contre l'idée même d'une opposition.

Souvenez-vous de ces paroles de Rachida Dati (que j'avais commenté ici) :

La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy NDLR) pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême.

Même la Justice, que je croyais juste parce qu'elle était la Justice, justement, est l'extension des urnes. La légitimité du suffrage universel est bonne à toutes les sauces. C'est à penser que les UMPistes à tendance sarkozaïque ont fini par croire à l'institutionalisation de leur propre adulation pour le TGH, et maintenant ne savent plus quoi penser quand leur superhéros en talonettes se heurte à une vraie résistance populaire.

Parce qu'il y a urgence à revenir à la confrontation des idées, des propositions et des projets, seule capable de faire prospérer la démocratie et seule à même de provoquer une mobilisation citoyenne quelle qu'en soit la sensibilité ;

La "confrontation des idées" ? Eh bien, là, vous l'avez, votre confrontation des idées sur ce que doit être une démocratie. Une bonne partie de la population semble avoir comme idée que la personnalisation extrême de la présidence et donc du pouvoir présidentiel n'est pas bénéfique, n'est pas démocratique, ne va pas dans le sens des valeurs républicaines. Quelle idée!

Les attaques contre Sarkozy ne sont pas personnelles. Qu'un quidam aille en Égypte avec un ex-mannequin n'a aucune espèce d'importance. Mais Sarkozy cherche à gouverner en faisant constamment appel à sa propre personne, et du coup institue un mode de pouvoir beaucoup plus personnel, individuel que ce qui est prévu dans l'équilibre des institutions. C'est la concentration du pouvoir sur lui, sur sa petite personne, qui est l'origine du problème. Carla Bruni n'est qu'une conséquence de cette transgression initiale. La réaction contre le comportement "privé" du TGH n'est que la cristallisation dans l'imaginaire public de la réaction à cette concentration du pouvoir.

Et donc, pour revenir au lynchage, il faut dire qu'il est normal que la réaction contre la personnalisation du pouvoir soit dirigée essentiellement sur la personne qui en est responsable et qui en est l'unique bénéficiaire.

(Voir aussi le billet de Julien Tolédano sur la réaction des sarkozystes sur Facebook.

16 février 2008

Le style présidentiel

Au tout début du règne de notre Monarque Elu, en juin 2007, il y avait eu cet écho à l'issue de ce qui devait être l'un des premiers Conseils des Ministres.

Ce matin au conseil des ministres Nicolas Sarkozy a mis en garde les plus jeunes des ministres, leur recommandant de ne pas trop s'exposer médiatiquement : "Un ministre ne perd pas son job parce qu'il a refusé une interview. L'inverse en revanche..."

Dans le tout petit billet que j'en avais fait au moment, je réagissais surtout à cette nouvelle preuve du désir du Président de garder le contrôle sur la communication de son "entreprise". Je concluais ainsi :

La comm', c'est Sarkozy, et Sarkozy, c'est la comm'.

A l'époque, et avec mes souvenirs brouillés pour seul guide, il me semble que j'y voyais surtout l'inquiétude du Très Grand Homme (TGH) devant la possibilité que ses ministres gaffent, genre Christine Lagarde. La maîtrise de la com' dans le camp sarkozyste pendant la campagne en était la force, et il paraissait logique que Sarkozy entende continuer sur la même lancée. Sans doute que je ne mesurais pas le degré auquel le narcissisme du TGH allait influer sur cette stratégie. On était loin encore de penser que son divorce servirait à détourner l'attention des grèves, ou son marriage à la détourner de l'Europe, ou toutes ces choses qui sont devenues presque plus mémorables malheureusement que les imbécilités politiques qui sont la véritable marque de fabrique du bonhomme.

Retour à notre actualité : aujourd'hui Sarkozy estime que ses ministres au contraire ne l'ont "pas assez défendu". Difficile de le défendre quand on est ministre et qu'on a appris qu'il vaut mieux la fermer pour ne pas perdre son "job". Difficile pour les ministres rivaliser en visibilité avec les Conseillers de l'Elysée quand, au tout début de leur "job", la méfiance du patron était déjà si évidente.

Tout cela n'est peut-être qu'une question de style, style managérial, comme on dit. Serrer les vis à tout le monde, précariser tout le monde pour avoir un meilleur rendement. S'étonner ensuite que les autres ne soient pas prêts à tomber sur leurs sabres pour la bonne bouille du chef. En adoptant le style qui était le sien au début de son mandat, le Président n'avait pas prévu, ne pouvait pas imaginer le jour où il aurait besoin de ces mêmes ministres. Un grand moment karmique dans la carrière du TGH.

Le style, c'est l'homme peut-être. Faut-il qu'on se concentre autant sur l'homme. En l'occurence, le style est aussi un ensemble politique, un système de relations entre des personnes qui déterminent, en fait, les relations entre des institutions constitutionnellement définies. Malheureusement, le style est politique.

J'ai l'impression que Sarkozy croyait au début de son mandat qu'il le sérieux, la solennité et la gravité de la Présidence lui étaient acquis définitivement, irrévocablement, et que sur cette base solide, il pouvait faire ses propres conneries en guise de "transparence", "modernité" et pour affirmer sa propre personnalité contre ce qu'il apercevait comme les raideurs de son office. Raphaël Anglade avait raison de dire, le 17 mai, que Sarkozy n'est pas un homme d'état. Il a fallu plusieurs mois pour que cette évidence s'impose d'abord dans le public et enfin dans les médias. Sarkozy a perdu le socle de la personnalité présidentielle, cette respectabilité qui paraissait si naturelle chez Mitterrand ou même chez Chirac, mais qui ne dure que si le locataire de l'Elysée joue le jeu de la grandeur. Le TGH est un pur produit des contradictions de la Ve République, mais il a réussi à casser son jouet.

7 février 2008

Jouer perso : Sarkozy, le Tchad et la pipolisation

Nicolas J. a raison d'insister sur le fait que la dégringolade de Sarkozy dans les sondages n'est pas due à sa liaison avec Carla Bruni, mais qu'elle est bien politique. Tout expliquer par l'effet de la pipolisation revient, finalement, à excuser la politique en minimisant son importance, pour, encore une fois, concentrer toute notre attention sur la vie privée du Très Grand Homme (TGH) et, peut-être plus encore, sur sa capacité à communiquer, voire à manipuler l'information. Pour dire, en somme : Sarkozy fait tout bien, mais il s'est planté avec son marriage. Merci, donc, à Nicolas (J., pas S.) de mettre les points sur les i : la chute, elle est politique. Point.

Ce qui ne veut pas dire que l'énervement suscité par la surexposition de la vie privée n'ait pas eu l'effet de cristalliser l'opinion contre lui. Une grande partie du succès électoral de Nicolas Sarkozy était due à sa capacité d'incarner pour chacun de ses électeurs (je suppose, ou presque) Celui qui pourrait tout remettre comme il faut dans ce beau pays. Sa personnalité politique a donc beaucoup joué, voilà qu'elle est abîmée, bousillée après huit mois. La bulle spéculative sarkozyste vient de se dégonfler.

Mais concrètement, pourquoi la peoplisation à la sauce sarkozyste est-elle néfaste? Les récents événements au Tchad fournissent une démonstration que je trouve assez spectaculaire. Hier, Juan a publié un billet très fort sur le rôle de la France au Tchad, avec cette perle:

"Chacun doit bien y réfléchir, il faut laisser le gouvernement légitime faire son travail" a-t-il [le TGH] déclaré en condamnant l'attaque rebelle.

On dirait même que c'est un gouvernement qui se lève tôt pour faire son boulot. Pas de fainéants dans le gouvernement de Deby!

Les rebelles accusent la France d'être intervenu militairement et de façon offensive:

Le principal chef de la rébellion tchadienne, le général Mahamat Nouri, a affirmé mardi que l'aviation française avait "bombardé" les positions des rebelles pour protéger le régime du président Idriss Deby Itno.

"L'aviation nous a bombardés depuis hier matin jusqu'à ce matin une heure du matin", a affirmé le général Nouri sur Europe 1.

Je n'ai aucune idée s'il faut croire les rebelles. Admettons, pour l'instant en tout cas, que ce qu'ils affirment est faux et que l'aviation française n'est pas intervenue de la sorte. Il s'agirait alors de simple propagande.

Le problème créé par Sarkozy, c'est que son intervention éclair pour sauver les hôtesses de l'air et les journalistes arrêtés en même temps que les Arche de Zoé, qui laissait supposer un arrangement quelconque entre les deux chefs d'état, rend beaucoup plus crédible le récit des rebelles.

En voulant agir directement, prendre les choses en main, Sarkozy a sûrement renforcer son image et peut-être sa popularité dans l'immédiat. Le prix de cette envie d'être à la fois Président, Roi, sex-symbol et super-héros, ce sont des situations comme celle-ci. Au long terme, sa crédibilité s'évapore, on encore il crée des situations diplomatiques inextricables et beaucoup plus graves.

Finalement, la personnalisation de la politique se heurte à un problème : être Président de la R., c'est malgré tout représenter un collectif. Jouer perso est une stratégie qui a des limites de toutes sortes.

UPDATE: Je suis un peu en retard sur l'info. Le fait que Deby maintenant cherche à grâcier les Arche de Zoé devrait nous dire quelque chose sur le contenu de sa discussion avec Sarkozy au mois de novembre.

12 janvier 2008

Carla dans les pattes

Dans les commentaires à mon billet de l'autre jour, Carla Bruni toute nue, Flo Py posait la question essentielle sur la réaction de la gauche en général, et de la blogosphère gauche en particulier, à la pipolisation à tout va entreprise par notre Très Grand Homme (TGH). Pour donner un peu de contexte et vous éviter de revenir à ce billet qui, grâce à (ou à cause de) son titre racolleur, a fait explosé mes statistiques (enfin, un peu : rien à voir avec les prouesses de PMA, qui restera la référence absolue dans le domaine), voici le point culminant de mon argument :

S'il fallait, pour établir une sorte de contre-pouvoir médiatique, que nous autres blogueurs passent le reste du mandat de Sarkozy à discuter de la marque des petites culottes de Carla Bruni, eh bien, je serais partant, même si le sujet est, malgré tout, extrêmemnt lassant, surtout au bout d'une année ou deux.

Et voici donc la réponse de Flo Py :

d'un point de vue collectif, je suis d'accord avec tout.

Sauf que... Sauf que, d'un point de vue individuel, non pas du tout.

Je me refuse à utiliser les mêmes armes que mon adversaire politique (en l'occurence, on parle de la vulgarité, voire carrément l'obscénité, la pipolisation). Pas parce que je veux me démarquer à tout prix ; mais parce que ces armes-là, je les exècre. Je ne sais plus qui a dit grosso modo que ce n'est pas l'arrivée qui importe, mais le chemin que l'on parcourt pour arriver (ou pas). On peut aussi dire que la fin ne justifie jamais les moyens. Je veux pouvoir me regarder dans une glace en tant qu'individu, quoi que soit le devenir collectif de notre pays. Lutter certes, résister, évidemment, mais sans compromis ni concession. Sinon, comment être sûr que l'on est vraiment différent de celui que l'on prétend combattre ?

En fait, je suis d'accord avec cette position : la gauche doit continuer à se distinguer de la droite en ne pas tombant dans cette dérive ; la gauche doit être le camp de ceux qui se préoccupent des vrais problèmes, pas seulement des histoires d'alcove à l'Elysée. Pendant la campagne, il était devenu courant de dire que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy mettaient en scène leurs vies privées à peu près au même degré. Je pense qu'aujourd'hui, on commence à voir la différence d'approche : si Ségolène Royal cherche à exister en tant que personnage, ou personnalité, public, sa démarche n'a rien du narcissisme officiel, enragé et dérapant du TGH. (Même François Bayrou joue le jeu, grâce à son tracteur.)

Où est donc la ligne entre ce qui est une occupation justifiée d'une partie frivole mais, malheureusement, de plus en plus central de l'espace médiatique, et l'abus sarkozyste?

En fait, je ne suis pas certain qu'il faille théoriser cette distinction. Sarkozy est en train de payer cash ses excès médiatiques. S'il faut, pour nuire aux politiques de Sarkozy, d'Hortefeux, de Dati, de Lagarde, enfoncer le clou médiatique et tenter d'aliéner un peu plus les électeurs rétraités choqués par cette extravagance et cette vulgarité, soit.

Pourtant, la stratégie consistant à ne plus parler que des culottes de Madame Bruni mène également vers une impasse, vers un discrédit certain. En somme, du point de vue cette fois des blogueurs de gauche, des blogueurs Vigilants par exemple, le fait d'insister sur la vulgarité et la frivolité du TGH, ce n'est pas tant se salir en utilisant les armes de l'adversaire, qu'utiliser contre l'adversaire ses propres armes. C'est comme le ju-jitsu : ne pas contrer la force de l'attaquant, mais transformer son aggression en chute, retourner sa force contre lui.

Et la meilleure démonstration d'une telle transformation, c'est la manière dont Juan, au fil des billets, effectue ce glissement qui va des dérives de la vie privée du Président de la R. jusqu'à la question essentielle : Sarkozy est-il apte à gouverner? Nous revoilà de retour dans la politique, en train de bousiller l'aura d'invicibilité du Président-Sauteur.

8 janvier 2008

Carla Bruni nue (la modernité politique)

La polémique qui déchire la blogosphère gauche en ce moment, c'est : "faut-il, ou pas, que Juan publie systématiquement des photos de Carla Bruni toute nue, ou au moins les seins à l'air?" Juan n'est pas le seul à instrumentaliser le passé de notre Première Maîtresse à des fins politiques : Nicolas avait fait assez fort aussi.

C'est Wildo qui balance un pavé dans la mare dans un commentaire chez Sarkofrance:

Sinon, une remarque qui n'engage que moi, c'est obligé d'avoir Carla Bruni toujours nue en vignette ?

Juan répond:

je comprends ta remarque - ça fait un peu macho pervers d'afficher Bruni à poil dans nombre de billets. En fait, j'ai hésité. Puis je me suis tenu le raisonnement suivant : (1) l'affichage médiatique de cette liaison est vulgaire; (2) soyons aussi vulgaire que lui. je cherche des photos de Sarkozy nu mais c'est plus difficile à trouver...

Ne t'inquiète pas, je vais bientôt arrêter faute de photos.

Est-ce un cas de machisme pervers collectif, ou bien y a-t-il la possibilité que la surexposition de la vulgarité présidentielle puisse, à la longue, nuire à notre Très Grand Homme (TGH)? Les récents sondages (Libé via Juan) indiquent que la France globalement désapprouve ce comportement (63%), et même les experts en comm', normalement pleins d'admiration pour le génie communicationnel du TGH, préviennent:

si son crédit politique s'atténuait», ju ge Miquet-Marty. «Si les impatiences sociales devenaient plus fortes, la mise en scène de sa vie privée, et le contraste avec le quotidien des Français, pourraient lui être préjudiciables.»

Surexposer Carla Bruni (y compris ses parties féminines) serait donc une manière de nuire, plus efficace que tout ce que peut faire une entité comme un parti politique d'opposition?

Il y a quelques jours, Mathieu Lindon, apparamment journaliste et très certainement imbécile, a publié une chronique inepte chez Libération sous la rubrique Vox populi dont la thèse est, en somme, que... enfin, je n'arrive pas à le résumer, j'en laisse le soin à l'auteur:

La diabolisation un peu loupée de Nicolas Sarkozy a pour effet une dédiabolisation endiablée. Avant la présidentielle, on prétendait que son élection provoquerait quelque chose comme la suspension des libertés individuelles et le pays à feu et à sang, et maintenant on lui reproche de se montrer avec sa nouvelle copine dans un parc d'attractions ou d'emmener un humoriste pas assez raffiné à notre goût visiter le Vatican. Si on n'avait trouvé que ça contre Hitler, on s'en souviendrait moins aujourd'hui.

Vous avez bien compris : la pire chose qu'on puisse reprocher à Sarkozy, c'est sa liaison avec Carla B. Avant l'élection, les anti-sarkozystes primaires prévoyaient des choses horribles, et maintenant, comble de ridicule, ils ne trouvent rien de mieux à lui reprocher que le fait de se faire photographier avec sa copine. Je ne crois pas que Mathieu Lindon lise régulièrement Sarkofrance; il a dû s'endormir pendant que la législature approuvaient les tests génétiques pour les étrangers; il doit éteindre sa radio quand on commence à parler des expulsions sauvages des clandestins; il n'a pas dû comprendre tout à fait la signification du paquet fiscal; la suppression de la durée légale du travail ne lui fait pas peur; pour lui, Kadhafi a vraiment changé depuis qu'il a libéré les infirmières bulgaures qu'il emprisonnait et faisait torturer. Non, Mathieu Lindon s'est endormi le 6 mai et a rouvert les yeux quand Sarkozy et son amante embarquaient pour Louxor.

Alors, comment est-ce possible de mettre en balance Carla Bruni et le reste de la politique de Sarkozy, l'infiniment léger et le terriblement lourd? Faut-il engueuler les Français parce qu'ils réagissent à Carla là où ils laissent passer tant d'autres choses tellement plus importantes?

J'écrivais, dans les jours qui ont précédé l'annonce de l'hyperdivorce :

Mais dans l'hypothèse d'un divorce, il est clair que beaucoup de l'avenir politique de Sarkozy se jouera sur les pages des revues de Prisma Presse, surtout Gala et VSD.

J'aurais dû ajouter Voici, je l'avoue. Mais pour le reste je n'étais pas si loin de la vérité, même si je pensais que Sarkozy allait passer beaucoup plus de temps à nous expliquer son divorce. Il a trouvé plus juste de sauter cette étape, et... (j'arrête).

Tout cela pour dire que la vie politique marche davantage par des symboles, des images, des perceptions de la personnalité intime de nos hommes et femmes politiques, que par les chiffres, mêmes truqués, du chômage. S'il fallait, pour établir une sorte de contre-pouvoir médiatique, que nous autres blogueurs passent le reste du mandat de Sarkozy à discuter de la marque des petites culottes de Carla Bruni, eh bien, je serais partant, même si le sujet est, malgré tout, extrêmemnt lassant, surtout au bout d'une année ou deux.

Le mélange des plans personnel et politique est désormais un fait de la vie politique. Il faudra faire avec. C'est désolant, mais il y a de l'espoir lorsqu'on constate que la pipolisation est à double tranchant, et qu'elle peut devenir une arme de communication contre celui qui était censé si bien la maîtriser.

18 décembre 2007

Hyper-, omni-

Depuis les premières semaines de ce glorieux quinquennat, la presse mais aussi l'opposition, et, dans une certaine mesure la blogosphère de gauche, nous ont habitués à ces appellations pour notre Très Grand Homme (TGH) : hyperprésident, omniprésidence, et même hyperactivité. Quand on les considère sérieusement, on voit bien qu'ils renvoient au débordement de la fonction présidentielle et à l'usurpation de la plupart des rôles traditionnellement réservés au gouvernement. Dans un univers "normal", ces termes auraient été des critiques, autant de rappels d'une dérive potentiellement dangereux et sûrement anti-démocratique de notre chef d'état.

Ces termes évoquent aussi l'appétit médiatique du TGH, sa capacité à occuper en permanence le devant de la scène, d'éclipser quiconque qui oserait rivaliser avec sa Sainte Grandeur. (Il reste des choses à dire sur la religiosité de Sarkozy.) Dans un univers normal, le fait d'ainsi caractériser le comportement du président constituerait aussi une critique.

Le problème, évidemment, c'est que nous ne sommes plus dans un univers normal. Nous vivons désormais dans un cirque médiatique où l'image a pris définitivement le dessus sur la réalité, où Bruni peut, incroyablement, servir de contrepoids à Kadhafi. Quand on le dit avec des mots, c'est complètement ridicule, mais dans l'enchaînement des images cela passe très bien, cela fonctionne même à merveille.

Et dans cet univers, dire que le président est un "hyperprésident" ou qu'il instaure "l'omniprésidence", ou même, dans un rare instant de perspicacité hollandienne, dénoncer "le coup d'éclat permanent", ce ne sont plus des critiques, mais des hommages. Quand nous disons hyperprésident, nous rendons hommage à la puissance du Lider, nous réaffirmons sa toute-puissance médiatique, nous confirmons la perception populaire que "Sarkozy, il bosse". Car, comme dans la grande distribution, il vaut mieux, désormais, être hyper- que bêtement super-.

La résistance en images doit se concentrer sur des significations anti-médiatiques, qui brisent les superlatifs. Dire que Kadhafi a "humilié" Sarkozy, ça fait mal. Du coup il sort Carla. A ce titre, il faut saluer Libé pour leur papier sur les techniques sarkozyënnes pour manipuler l'actualité en ramenant le débat sur la personne du président, sur sa vie privée. Ce type d'analyse peut, aussi, faire mal, car elle nous sort des expressions permanentes d'un étonnement devant Sarkozy qui, pour finir, renforce son pouvoir. Mais quand lirons-nous dans la presse que Sarkozy est un beauf?

13 octobre 2007

Cécilia et le XV de France

Comme disait Dagrouik tout à l'heure dans un commentaire, le seul intérêt véritable dans cette histoire de couple est de savoir comment Sarkozy va réinventer son personnage dans un avenir sans Cécilia. Il y a aussi une certaine fascination à observer comment l'Elysée va essayer de créer du spin pour cette histoire. Car là, quand même, Sarkozy n'a pas pu établir son propre agenda. Pour une fois, tout le monde, et surtout la Suisse, sait ce qu'il va dire, et il ne l'a pas encore dit. Comment alors créer l'évenement, comment créer l'émotion quand, d'une certaine façon, l'événement et l'émotion sont déjà là?

C'est en tout cas une démonstration intéressante du pouvoir de l'Internet, car il y a 15 ans, la mainmise sarkozyste sur les médias français aurait suffit à étouffer l'affaire jusqu'au moment que Guéant et Guaino auraient jugé opportun pour une annonce solonelle. Raté.

A propos du moment, il est évident que le résultat du match de ce soir va être déterminant dans la stratégie médiatique de Sarkozy et des siens. A supposer, en tout cas, que tout n'est pas bloqué par des ultimes tractations entre les époux présidentiels... (Ou peut-être que tout cela n'est que du bruit. Libération semble faire marche arrière.)

Mais dans l'hypothèse d'un divorce, il est clair que beaucoup de l'avenir politique de Sarkozy se jouera sur les pages des revues de Prisma Presse, surtout Gala et VSD. On imagine déjà les titres : Sarkozy meurtri!, Sarkozy : j'aime encore Cécilia!, puis Sarkozy : je suis apaisé, "Avec Cécilia, nous avons su rester amis, et enfin, mais c'est peut-être Voici cette fois: Sarkozy se console avec.... Je parie que Sarkozy et ses spin doctors sont en train de prévoir cette ligne narrative.

L'appétit national pour ce roman à l'eau de rose va dépendre, cependant, de ce que font les Bleus ce soir. Donc prudence.

22 mai 2007

Tout l'UMP court

Dans mon souvenir, c'est à Jimmy Carter que l'on doit l'image du président-joggeur:

Les présidents Clinton (qui a même fait un tour à Paris lors de sa visite en 1997) et Bush Jr. ont confirmé la tendance. Mais chez nous, pouvoir et jogging sont devenus des enjeux politiques depuis l'inoubliable séquence 100% UMP à la Baule en 2005:

On se souvient de la dernière université d’été de l’UMP à La Baule, où le duo Villepin-Sarkozy a tenu la vedette, fomentant plus d’un climax. L’épisode dit du jogging est de ce point vue éloquent dans le processus iconologique. Villepin invite Sarkozy à un jogging au petit matin sur la plage. Ce dernier y répond d’abord favorablement, puis se rétracte sous les conseils de ses proches, lui suggérant que l’image présentant un athlétique Villepin à ses côtés irait à son désavantage.

Le président de l’UMP invoque alors une maladie diplomatique, mais accepte de prendre le petit déjeuner avec le Premier ministre au terme de ses exercices matinaux. L’« événement » filmé par une kyrielle de caméras montre alors un Nicolas Sarkozy visiblement affecté devant le spectacle d’un Dominique de Villepin sortant de l’onde, courant sur la plage entouré d’une nué de journalistes. Avantage : Villepin.

Beaucoup de commentaires sur notre joggeur national (ici et ici pour commencer).

C'est bien sûr, comme beaucoup l'ont déjà dit, une manière d'envahir l'espace médiatique, d'exister chaque jour.

En s'affichant ainsi en jogging avec son nouveau premier ministre, Sarkozy insiste, je trouve, un peu lourdement sur la chose. (Il fallait sans doute réparer l'insulte de La Baule.) Normalement, pour être efficaces en termes d'image, les entraînements des chefs d'états doivent apparaître comme très spontanés, sans arrière pensée.

Courir avec son premier ministre est certes très Ve République, et cette nécessité de montrer les numéros un et deux de l'Etat en train de faire du sport ensemble est une bonne démonstration de l'invasion de l'image dans le fonctionnement même du gouvernement. Je veux dire : désormais, les relations politiques, relations très sérieuses, doivent trouver une expression en image. Je suis sûr que l'exercice du pouvoir sarkozien suivra fidèlement le principe de ce mélange permanent d'un Sarkozy "people" et un Sarkozy qui « habite sa fonction ».

Toujours entre le yacht et le monastère...

Je n'ai pas le temps de poursuivre la réflexion aujourd'hui, mais il y a aussi quelque chose à explorer du côté de cette culture du corps. On y reviendra.