17 juillet 2007

Un peu de ce que je pense de Ségolène Royal

Depuis une semaine ou deux, j'ai envie de refaire le point sur ma position vis-à-vis de Ségolène Royal. Aujourd'hui elle est revenue sur le devant de la scène, alors je me lance.

Certains de mes amis considèrent que je suis un inconditionnel de Ségolène Royal, un ségoléniste pur jus, peut-être même amoureux. Ils se trompent, bien sûr, même si je continue à soutenir l'ex- et future candidate. Pourquoi ? La réponse courte, c'est que, dans l'écurie PS, elle est la seule à avoir repensé la communication politique de gauche. Ce n'est pas pour moi une question de positionnement plus ou moins près du centre, ou même de sociale-démocratie. Les guerres politiques, à l'ère des inondations médiatiques permanentes, de l'image tout puissante, de la peoplisation universelle, les guerres politiques ne sont plus des guerres de position, mais de mouvement, si je puis me permettre la métaphore. Il ne suffit pas de trouver une position d'équilibre entre la gauche et le centre pour voir affluer les électeurs, qui sont, et on ne le dit pas assez, politiquement déboussolés, et qui ont perdu, pour la plupart, toute conscience de classe.

Sarkozy a battu Royal grâce à un programme finalement très flou. Les ambiguïtés de son programme lui permettait justement d'occuper plusieurs positions contradictoires dans la gamme politique, notamment en récupérant les voix du FN et même temps que la moitié des électeurs de Bayrou. Depuis, le Très Grand Homme (TGH) a fait la démonstration de sa capacité à être partout: «médiatiquement», politiquement, idéologiquement.

Le jeu politique est désormais ainsi fait. La nostalgie ne sert à rien. Et c'est mon avis que Ségolène Royal est, pour l'instant, l'unique personne, à gauche, à comprendre les nouvelles règles de la lutte médiatico-politique. Certes, de ce point de vue, elle est moins bonne que Sarkozy, qui est lancé dans une échappée de cinq ou dix ans, tel un coureur carburant à l'EPO tandis que ses rivaux sont restés encore avec des stimulants homéopathiques et des remèdes de grand'mère.

Pourtant, me direz-vous, nous n'avons pas retenu l'image d'une Ségolène Royal maîtresse de sa représentation dans les médias, mais plutôt celle de Ségo-la-gaffe. Effectivement, trouver de nouvelles bases à un discours politique de gauche n'est pas quelque chose qui s'invente en l'espace de quelques mois. Cinq ans suffiront-ils ? Je n'en sais rien. Le plus souvent, les problèmes de communication étaient liés à ses relations difficiles avec le parti, et, plus profondément, avec la tradition idéologique du parti. Il est déjà difficile d'inventer une nouvelle approche de la politique censée plaire un public plus large que les 29% du PS, puis de la vendre aux électeurs, sans avoir en plus à la justifier contre son propre parti. On peut comprendre, d'ailleurs, le désarroi des cadres du PS qui devaient soutenir un Pacte Présidentiel qui tranchait beaucoup avec les traditions, et dans lesquels ils avaient du mal à se reconnaître. Il me semble, cependant, que la cause de ce décalage n'était pas que la position de la candidate était trop à droite, trop proche du centre. Le texte même du Pacte est, dans l'ensemble, très à gauche. Je me souviens de l'avoir défendu contre des amis qui le trouvaient trop à gauche, alors que plus tard ils trouvaient que Ségolène Royal était trop à droite...

Hormis les rivalités de personne, qui ont bien sûr fait leurs dégâts, la cause du malaise idéologique est plus dans le style de la candidate et de ses propositions que dans leur contenu. (A quelques exceptions près, sur lesquels je reviendrai.) Pourtant, cette question du style est tout sauf superficielle, elle est au coeur du problème. Le style, c'est la femme... Quand j'entends Laurent Fabius parler encore du rôle du capital dans la société, je me prends la tête des deux mains : ce vocabulaire ne convainc plus que ceux qui sont déjà convaincus, qui ont déjà une vision du monde dans lequel "le capital" signifie quelque chose. Ce qui ne veut pas dire que Fabius a tort dans son analyse. A la rigueur, je suis d'accord, sauf qu'il faut aussi prendre en compte l'internationalisation de l'économie, ce que Marx n'avait pas eu besoin d'aborder. Sarkozy est en train de remettre au goût du jour la lutte des travailleurs contre le capital. Mais est-ce qu'il dit «nous allons prendre de l'argent chez les pauvres, en les précarisant, pour le donner aux riches» ? Non, il ne le dit pas. Ce ne serait pas efficace.

Pour en venir aux points forts et faibles de la campagne, je pense que le plus gros échec était sans doute possible la démocratie parcipitative. Et pourtant, ce thème aurait dû être porteur : après 12 ans du cynisme politique de Chirac, adepte du dos rond en toute circonstance, ignorant défaite électorale sur défaite électorale, n'infléchissant jamais sa politique, bousillant le TCE, et ainsi de suite, après tout cela l'idée d'impliquer davantage les gens dans les décisions, d'être davantage à leur écoute, cela aurait dû créer de la demande pour la démocratie parcipitative. Et pourtant c'était un flop, et même pire qu'un flop, puisque l'idée même d'une écoute à fini par nuire à l'image autoritaire qu'il est nécessaire pour être vu comme présidentiel. L'élection a montré, encore une fois, que les raisons d'un vote sont le plus le fruit des différentes psychoses collectives. Être à l'écoute, gouverner en réponse aux volontés du peuple, toutes ces bonnes idées ont été retournées contre Royal, ont diminué sa crédibilité et rendues floues bon nombre de ces propositions.

Personnellement, je suis assez séduit par l'idée de la démocratie parcipitative. Le problème, c'est de «vendre» l'idée.

Et la deuxième mauvaise idée de la campagne, c'était les tentatives de ratrapper les thèmes identitaires. Non seulement les dérives chevénementistes ont décrédibilisé la candidate auprès des électeurs de gauche, mais, plus grave encore, en ayant l'air de suivre Sarkozy sur ce terrain, mais en plus «soft», Ségolène Royal a permis à Sarkozy d'aller pêcher les voix de l'extrême droite. Il faut adresser le thème sécuritaire, car c'est une question qui concerne en premier lieu l'électorat populaire, bien entendu. Cela devrait être une question de gauche. Mais il faut trouver le moyen de l'aborder sans avoir l'air d'imiter le discours autoritaire (et inefficace en réalité, mais efficace en politique) de Sarkozy.

Bon, j'arrête ce billet-fleuve qui va devenir un discours de politique générale si je ne m'arrête pas. Il y aura des occasions de revenir sur ces questions, je crois...

2 commentaires:

filaplomb a dit…

Sur l'ensemble je suis plutôt d'accord avec toi bien qu'il faille ajouter combien Ségolène est mauvaise communicante par rapport à Sarkozy. Elle a besoin toujours d'un peu de temps pour se chauffer et après quelques minutes, tout va bien !
Pour la démocratie participative, je trouve ça très nécessaire actuellement. Le soucis est que cela s'oppose à la volonté de pas mal de gens de "se faire diriger". Entre s'occuper soi-même des affaires du pays et déléguer le pouvoir, les électeurs semblent choisir la facilité et le minimum de boulot ! Fainéants, va !
:-)

Eric a dit…

"Sarkozy a battu Royal grâce à un programme finalement très flou. Les ambiguïtés de son programme lui permettait justement d'occuper plusieurs positions contradictoires dans la gamme politique, notamment en récupérant les voix du FN et même temps que la moitié des électeurs de Bayrou."


Oui, c'est exactement ça. La gauche est en lambeau, mais la droite prospère sur un vide d'idée ou des idées réactionnaires. C'est triste.