28 juillet 2007

L'amour du pouvoir

Non, l'amour du pouvoir n'est pas celui que porte Sarkozy à la fonction qu'il habite, c'est la fascination, le coup de foudre permanent qu'exerce le Très Grand Homme (TGH) sur les journalistes.

Voici un exemple tristement banal, un papier dans Le Monde signé Jean-Baptiste de Montvalon : "RSS" ("Rien sinon Sarkozy"), ou la semaine - presque - ordinaire d'un "hyper-président".

Je préviens : il n'y a rien d'explosivement pro-Sarkozy, pas de capitulation particulièrement visible devant le pouvoir. Il y a même quelques signes d'esprit critique, comme la mention de l'« hyperprésident » dans le titre, ou encore l'accent mis sur l'habilité médiatique « Les images (hautes en couleur) de l'accueil que lui réserve le colonel Kadhafi viennent à point nommé pour nourrir les journaux télévisés. ». Mais ce ne sont là que les signes d'un esprit critique, dont la fonction est d'apaiser la colère naturelle du lecteur devant ce qui est par ailleurs, sous ses airs vaguement journalistiques, une longue reprise des différents points forts de la représentation narcisso-mythologique du président : énergique, partout, bosseur, etc.

Quelques exemples. Je cite:

  • LE "TSS" ("Tout sauf Sarkozy") qui se répandait sur la Toile pendant la campagne présidentielle n'est plus qu'un lointain souvenir. Depuis l'élection du nouveau chef de l'Etat, il a de facto cédé la place au "RSS" ("Rien sinon Sarkozy").
  • Chassé-croisé dans le (vrai) couple exécutif : Cécilia Sarkozy rentre de Libye - via Sofia, où l'avion de la République française a déposé les infirmières bulgares ; son mari annonce qu'il s'y rendra le lendemain.
  • Tandis qu'à la "une" du Monde le premier secrétaire du PS, François Hollande, dénonce - à défaut de pouvoir la contrer - la stratégie du "coup d'éclat permanent", l'après-midi se poursuit au même rythme.

La blague tout simplement nulle du RSS à la place du TSS, censé paraître encore plus moderne - et donc approprié pour le TGH - par confusion avec les fils d'information (Really Simple Syndication), concrétise cette fascination pour la manipulation médiatique qui ne révolte que superficiellement le sage journaliste du Monde, qui très évidemment admire cet exercice du pouvoir de communication. La communication sarkozyenne se résume finalement à un style, et avoir du style, c'est bien. On admire. Le fait que ce « style » est une manière de détourner tous les obstacles démocratiques (y compris la presse).

Que le vrai « couple exécutif » soit désormais Nico et Cécilia n'est qu'un problème mineur largement compensé par « l'éclat » que dénonce le pauvre François Hollande, forcément représenté comme un frustré qui ne peut que parler dans son coin, « faute de pouvoir [...] contrer » la force médiatique du TGH.

Est-ce parce que les journalistes comprennent si bien qu'ils sont manipulés qu'ils sont si admiratifs?

4 commentaires:

filaplomb a dit…

Je pense que les journalistes ne sont que des suiveurs. Ils travaillent à présent pour vendre du papier et donc, écrivent suivant l'humeur des sondages.
Evidemment pisser dans le sens du courant ça augmente le courant !
Le problème est donc : comment retourner l'opinion AVNT la presse ?
:-)

[C'est une question pas mal pour un samedi soir, non ? :-)]

omelette16oeufs a dit…

Pisser dans le courant : c'est exactement ça! On se sent léger, c'est agréable, on ne se soucie de rien...

Comment retourner l'opinion avant la presse? Peut-être en montrant qu'il y a un autre courant... (Pas mal pour une réponse de samedi soir?!?)

o16o

filaplomb a dit…

C'est mort les blogs, partout il n'y a que moi qui commente ! :-)

omelette16oeufs a dit…

Oui, on s'est croisé chez radical-chic!

C'est à croire que les 5 semaines de congés payés, c'était un complôt pour faire taire les blogs.